L'ancien envoyé spécial des États-Unis pour la coalition internationale antidjihadiste Brett McGurk, qui a démissionné après l'annonce du retrait américain de Syrie, est sorti vendredi de sa réserve pour accuser Donald Trump de donner un second souffle au groupe État islamique (EI).

Mis à jour le 18 janv. 2019
AGENCE FRANCE-PRESSE

« La décision du président de quitter la Syrie a été prise sans débat, consultation avec nos alliés ou le Congrès, évaluation des risques ou analyse des faits », a-t-il écrit dans une tribune publiée par le Washington Post.

« L'ironie de l'histoire c'est que le président a dit depuis le début que son objectif était de vaincre l'État islamique », mais « ses choix récents, malheureusement, sont déjà en train de redonner vie à l'État islamique et à d'autres adversaires des États-Unis », a-t-il ajouté.

Le diplomate, resté silencieux depuis sa démission le 22 décembre, raconte dans les détails comment Donald Trump a pris sa décision, qu'il critique point par point.

Il dit avoir reçu le 17 décembre, alors qu'il se trouvait en Irak, un appel du chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo lui annonçant « un changement soudain » dans la stratégie de Washington: « Le président Trump, après une conversation téléphonique avec son homologue turc » Recep Tayyip Erdogan, « entendait déclarer victoire sur l'État islamique et ordonner le retrait de nos forces de Syrie ».

Cette décision est intervenue selon lui alors qu'il venait, « à la demande de la Maison-Blanche », d'assurer aux partenaires de la coalition qui intervient depuis 2014 en Irak et en Syrie que les États-Unis « n'avaient pas l'intention de quitter la Syrie avant un bon moment ».

Des alliés « ébranlés »

De fait, lors d'une réunion de la coalition antidjihadiste début décembre à Ottawa, « le ministre de la Défense Jim Mattis et moi-même avions juste rencontré les partenaires de la coalition pour confirmer notre engagement jusqu'en 2020 », précise-t-il.

À l'annonce du revirement américain, les alliés de Washington « étaient ébranlés », rapporte Brett McGurk, qui dit être rapidement arrivé à la conclusion qu'il ne pouvait pas être celui qui mettrait en oeuvre cette décision.

Il remet en cause les principales raisons avancées par Donald Trump pour justifier le retrait. À savoir que l'EI avait été vaincu et que l'Arabie saoudite prendrait en charge financièrement la reconstruction de la Syrie. « Ce n'était pas vrai », assure-t-il.

Il estime également que le locataire de la Maison-Blanche a « avalé la proposition d'Erdogan selon laquelle la Turquie prendrait le relais du combat contre l'État islamique à l'intérieur de la Syrie », ce dont elle n'a, selon lui, pas les moyens militaires à elle seule.

« En Syrie, la Turquie n'est pas un partenaire fiable », ajoute l'ancien émissaire, affirmant que « les zones de Syrie que la Turquie affirme contrôler, comme la province d'Idlib et le Nord-Ouest, sont de plus en plus dominées par Al-Qaïda ».

Questionné sur ces commentaires, un porte-parole du Pentagone a répondu que M. McGurk avait « le droit de dire ce qu'il » voulait. « Notre détermination à vaincre le terrorisme n'a pas changé », a-t-il ajouté.

« Nous continuerons à frapper durement les derniers vestiges de l'État islamique pour détruire ses derniers réseaux et nous assurer de sa défaite durable », a-t-il ajouté.