Un mouvement Tamarrod (rébellion) a lancé une collecte de signatures pour dissoudre la Constituante en Tunisie sur le modèle de la campagne qui en Égypte a conduit à un coup d'État militaire, a indiqué jeudi un des organisateurs, Mohamed Bennour.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Nous ne voulons aucun soutien des partis politiques pour protéger notre crédibilité, d'ailleurs nous avons des problèmes de financement», a-t-il indiqué à l'AFP.

Le jeune homme, qui se décrit comme un «rebelle» et un «employé dans une entreprise», a assuré que quelque 180 000 signatures ont été récoltées en trois jours «essentiellement en faisant du porte-à-porte à travers toute la Tunisie».

Ces données étaient invérifiables de source indépendante, alors que leur groupe Facebook comptait moins de 4500 membres et la pétition mise en ligne sur internet moins de 10 000 signatures jeudi vers 11 h GMT (7 h au Québec).

L'assemblée constituante tunisienne, élue en octobre 2011 dans la foulée de la première révolution du Printemps arabe, n'a toujours pas adoptée de Constitution faute de consensus.

La Tunisie est conduite par un gouvernement dirigé par les islamistes d'Ennahda. Ceux-ci se sont alliés à deux partis laïcs de centre-gauche mais ils doivent trouver une majorité beaucoup plus large pour faire adopter une nouvelle loi fondamentale.

Le gouvernement en Tunisie doit tirer les leçons du coup d'État en Égypte

La presse tunisienne voyait dans la destitution par l'armée égyptienne du président islamiste Mohamed Morsi, une victoire de la volonté du peuple et estimait que la coalition au pouvoir en Tunisie devait «en tirer les leçons».

«Le régime des Frères musulmans tombe et l'Égypte explose de joie», titre en une le journal arabophone Achourouk».

«Morsi déposé, la Constitution suspendue, coup d'État militaire en finesse? La volonté du peuple et de l'armée a triomphé», titrait le quotidien  francophone Le Temps.

Ce journal résolument anti-Ennahda, les islamistes tunisiens qui dirigent le gouvernement, estime, dans une métaphore footballistique, que l'Égypte a volé la vedette à la Tunisie, premier pays du Printemps arabe.

«Les Pharaons surclassent les Aigles de Carthage», relève le journal en référence aux surnoms des équipes de foot des deux pays.

«Le deuxième round profite entièrement aux Pharaons du Nil qui sont en train de surclasser les Aigles de Carthage! Là-bas, la deuxième révolution n'est plus un slogan tapageur ni un voeu pieux», estime Le Temps.

Pour le quotidien La Presse, «l'armée change la donne politique» en Égypte avant de se demander si «la Tunisie échappera à la contagion?»

«La vague de contestations sans précédent contre le président égyptien Mohamed Morsi risque-t-elle d'atteindre la Tunisie surtout si l'on considère que les erreurs commises par les Frères musulmans égyptiens rejoignent celles dans lesquelles est tombé le gouvernement?, se demande ce journal.

«Ce qui se passe en Égypte inquiète les dirigeants d'Ennahda et suscite même diront les mauvaises langues, leur crainte. Crainte de l'effet contagion sur la Tunisie», écrit aussi Le Quotidien.

Selon ce journal, «si les pouvoirs islamistes se portent aussi mal ce n'est point en raison des magouilles et des complots fomentés par les forces contre-révolutionnaires comme ils le prétendent, mais bel et bien parce qu'ils ont commis un nombre incalculable d'erreurs et de travers».

Contrairement à l'Égypte, la Tunisie est dirigée par une coalition de laïcs et d'islamistes. Celle-ci peine depuis plus d'un an et demi à bâtir le consensus nécessaire pour la nouvelle Constitution du pays et installer des institutions pérennes.

Ghannouchi écarte un scénario à l'égyptienne

Le président tunisien Moncef Marzouki a estimé que les autorités élues de Tunisie ne risquaient pas d'être renversées comme en Égypte, tout en jugeant qu'elles devaient faire «attention» aux attentes du peuple.

«Est-ce que la Tunisie pourrait avoir le scénario (égyptien) ? je ne pense pas parce qu'il manque des ingrédients fondamentaux. Ici nous avons une armée républicaine professionnelle qui ne s'est jamais mêlée de politique», a-t-il relevé M. Marzouki a néanmoins reconnu l'existence d'un «fossé idéologique» entre «deux Tunisie», islamistes d'un côté et modernistes de l'autre, mais contrairement à l'Égypte les deux camps ne se combattent pas.

«Ceci étant, nous devons bien comprendre ce signal (le coup d'État en Égypte sur fond de contestation populaire, ndlr), faire attention, comprendre qu'il y a de grosses demandes sur le plan social et économique», a souligné cet allié laïc des islamistes lors d'une conférence de presse en compagnie du président français François Hollande à Tunis.

Pour M. Marzouki, «le consensus (...) est le meilleur vaccin contre des dérapages que l'on voit ailleurs».

Le président français a de son côté prononcé des mots d'encouragement pour la Tunisie, berceau de la révolution arabe où la coalition au pouvoir, dirigée par les islamistes, n'a toujours pas réussi à dégager de consensus sur la future Constitution du pays.

«Ce qui est clair, c'est qu'il y a aussi pour vous une obligation de réussir, car vous êtes un exemple, une référence pour beaucoup de peuples arabes», a relevé M. Hollande qui juge «maîtrisée» la transition en Tunisie.

Depuis la révolution de janvier 2011, la Tunisie peine à se stabiliser en raison d'une multitude de crises politiques et sociales ainsi qu'à cause d'un essor certain de la mouvance salafiste.