Le psychothérapeute de l'armée qui avait examiné Bradley Manning avant son arrestation a insisté mercredi sur les troubles sexuels que connaissait alors le soldat accusé de la plus importante fuite de documents secrets américains.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Être dans l'armée et avoir un problème d'identité sexuelle ne sont pas exactement compatibles», a déclaré le docteur Michael Worsley, expert psychothérapeute que la taupe de WikiLeaks avait consulté de décembre 2009 à la veille de son arrestation en mai 2010. «À l'époque, l'armée n'était pas vraiment bienveillante à l'égard de la communauté homosexuelle», a-t-il dit, lors d'une audience sur la base de Fort Meade, au nord de Washington, destinée à déterminer la peine de prison que devra purger le jeune homme reconnu coupable d'espionnage.

L'expert, appelé par la défense, a ajouté avoir évoqué la possibilité de le «faire sortir» de l'armée. «La pression était incroyable, particulièrement pour quelqu'un comme lui dans un environnement ouvertement hostile (...) super masculin», a-t-il ajouté. «Il se demandait qui il était (...) Manning était préoccupé par son travail et la manière dont il était perçu (...) il était super critique envers lui-même, il pensait qu'il n'était jamais assez performant», a ajouté le capitaine Worsley, qui avait diagnostiqué d'abord un «trouble de la personnalité» puis «un trouble d'identité sexuelle».

L'avocat de Bradley Manning, David Coombs, s'est efforcé de montrer les manquements de la hiérarchie qui, bien qu'informée des troubles d'identité du jeune homme, n'a jamais consulté le psychothérapeute. Assis à côté de son avocat, l'ancien soldat, au visage d'adolescent est apparu comme à son habitude frêle et menu dans son uniforme bleu marine.

Il devait s'exprimer mercredi après-midi, sous la forme d'une déclaration lue ou en tant que témoin soumis à un contre-interrogatoire du gouvernement. Pour avoir transmis plus de 700 000 documents à Wikileaks, notamment des rapports d'activités militaires en Irak et en Afghanistan ainsi que des câbles diplomatiques, l'ex-agent du renseignement en Irak encourt 90 ans de réclusion.

L'audition des derniers témoins devrait se terminer cette semaine, avant que la juge Denise Lind ne se retire pour délibérer. La peine devrait être annoncée au plus tôt la semaine prochaine, au plus tard celle d'après, a indiqué un expert.