Un «accord politique» est intervenu jeudi entre les 28 membres de l'OTAN pour que l'Alliance commande d'ici quelques jours toute l'opération militaire en Libye, et pas seulement la zone d'exclusion aérienne, a affirmé un haut responsable américain.

Mis à jour le 25 mars 2011
AGENCE FRANCE-PRESSE

«L'OTAN est parvenue à un accord politique pour inclure dans sa mission et son commandement tous les autres aspects» de la résolution 1973 de l'ONU, a assuré cette source très haut placée dans l'administration américaine, sous le couvert de l'anonymat.

«Nous allons devoir approuver le plan opérationnel final, ce qui va se passer pendant le week-end, et puis nous l'exécuterons», a poursuivi cette source. Mais «la question-clé, dans cette affaire, est l'accord politique».

Ces déclarations contredisent les propos d'Anders Fogh Rasmussen, le secrétaire général de l'OTAN, qui avait évoqué plus tôt «deux opérations» à ce stade.«Nous avons décidé de mettre en oeuvre la zone d'interdiction de survol au-dessus de la Libye», avait déclaré le secrétaire général de l'OTAN Anders Fogh Rasmussen à l'issue d'une réunion des représentants des 28 pays membres à Bruxelles.

Les pays de l'alliance s'occuperont de faire respecter cet espace d'exclusion de vol et pourront faire usage de leurs armes «en situation d'auto-défense», avait-il expliqué à la presse.

Toutefois, un accord n'avait pu être trouvé à ce stade pour que l'Alliance atlantique prenne sous sa responsabilité l'intégralité de la mission actuelle des forces de la coalition internationale, emmenée par la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis depuis le début des hostilités le 19 mars.

Pour l'heure, en effet, la coalition continue à s'occuper d'éventuelles frappes au sol contre des cibles libyennes menaçant les populations civiles, telles que des blindés ou des équipements militaires.

«En l'état actuel, vont subsister une opération de la coalition et une opération de l'OTAN», a dit M. Rasmussen.

«La coalition n'est pas dissoute et continuera jusqu'à ce que l'OTAN prenne sa place» pleinement, a souligné un diplomate.

M. Rasmussen avait néanmoins indiqué que les discussions entre pays de l'OTAN se poursuivaient pour «élargir» le mandat de l'alliance aux missions encore dévolues à la coalition, telles que les frappes au sol. Des travaux techniques ont été initiés en ce sens, avec l'objectif d'avoir une décision lundi prochain.

Il avait émis l'espoir qu'un accord sur ce point puisse être trouvé «dans les prochains jours», dans une interview accordée à la chaîne de télévision américaine CNN.

«Les Américains ont fait comprendre qu'ils souhaitaient que l'OTAN prenne le relais» pleinement, avait souligné un diplomate.

Le compromis trouvé jeudi soir à Bruxelles était donc en deçà de ce qu'avait annoncé le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu un peu plus tôt dans la journée, affirmant que l'OTAN allait prendre le relais de la coalition.

«La coalition constituée après la réunion de Paris va abandonner sa mission au plus vite et confier l'opération dans son ensemble à l'OTAN avec un système de commandement unique», avait déclaré M. Davutoglu.

«De ce fait, les demandes et les inquiétudes de la Turquie ont été entendues», avait-il ajouté.

Sitôt cet accord de principe annoncé, les discussions entre représentants de l'OTAN à Bruxelles avaient repris en raison de points de blocage persistants, la Turquie continuant à refuser que l'alliance prenne la responsabilité de frappes aériennes sur le sol libyen, selon des diplomates.

Le compromis annoncé par M. Rasmussen repoussait la résolution de ce point sensible, en laissant provisoirement à la coalition le soin de s'en charger.

«Il y a (finalement) eu aujourd'hui un accord de tous les 28 alliés pour que l'OTAN effectue cette mission (...) sous le commandement de l'OTAN et en travaillant avec autant de partenaires que nous pouvons en trouver», a insisté le responsable américain: «Voilà le grand changement politique».

Alors que d'âpres négociations ont lieu depuis plusieurs jours à l'OTAN, le responsable américain a affirmé que l'avancée décisive s'était produite lors de l'entretien téléphonique, jeudi, entre la secrétaire d'État Hillary Clinton et trois de ses homologues, le Français Alain Juppé, le Turc Ahmet Davutoglu et le Britannique William Hague.