Les manifestations d'hostilité envers les musulmans en France ont atteint un «sommet» depuis les attentats de Paris il y a deux semaines, selon l'Observatoire spécialisé qui en a recensé presque autant qu'au cours de l'année 2014.

Mis à jour le 23 janv. 2015
Benoît FAUCHET AGENCE FRANCE-PRESSE

Depuis le 7 janvier, date de l'attaque contre le journal satirique Charlie Hebdo, 128 actes, insultes et menaces antimusulmans ont été enregistrés sur le territoire français à l'exception de Paris et sa proche banlieue, qui abritent 250 mosquées et lieux de culte sur les quelque 2300 à 3000 de France, et doivent faire l'objet d'un comptage séparé, selon l'Observatoire national contre l'islamophobie.

Selon cette instance, qui dépend du Conseil français du culte musulman (CFCM), il s'agit d'actes (33) visant généralement des mosquées, ou d'insultes et de menaces (95).

En 2014, 133 actes antimusulmans au total avaient été comptabilisés, contre 226 en 2013 selon la même source.

«Les actes islamophobes ont atteint un sommet dans la haine à l'égard des Français de confession musulmane jamais enregistré», affirme le président de l'observatoire, Abdallah Zekri.

«C'est la première fois qu'il a été enregistré des jets de grenade ou des tirs par arme à feu», souligne M. Zekri, délégué de la Grande Mosquée de Paris.

Et pour l'observatoire, «ces chiffres toutefois ne reflètent pas la réalité, car nombreux sont les musulmans qui ne souhaitent pas porter plainte systématiquement lorsqu'ils sont victimes d'actes xénophobes, convaincus qu'il n'y aura aucune suite, ce qui est très souvent hélas la réalité».

Les attentats parisiens des 7 au 9 janvier, perpétrés par des djihadistes français, et qui ont fait 17 morts, avaient été aussitôt condamnés fermement par les instances musulmanes.

Dans les heures qui suivirent l'attentat contre le journal satirique, une mosquée de l'ouest et une salle de prière dans le sud de la France avaient été visées par un jet de grenade non offensive et plusieurs tirs de «pistolet à grenaille».

Vendredi, un ex-légionnaire a été interpellé après avoir menacé de «faire exploser» la mosquée de Carcassonne, dans le sud.

«Des paroles aux actes»

Le président de l'Observatoire contre l'islamophobie a jugé «désolant» qu'«en dehors des condamnations» émises par le gouvernement, la «classe politique n'ait pas dénoncé ces actes ignobles ni apporté un soutien rassurant à l'égard des citoyens, musulmans certes, mais membres de la communauté nationale».

Le chef de l'État François Hollande et le premier ministre Manuel Valls ont appelé à refuser les «amalgames» associant l'islam au djihadisme et au terrorisme.

Pour le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), une association distincte du CFCM, qui a une conception plus large des actes antimusulmans et prend en compte des faits n'ayant pas débouché sur des plaintes, ces mises en garde sont insuffisantes.

«Il faut passer des paroles aux actes et prendre des mesures pour éviter les représailles contre les citoyens de confession musulmane», a déclaré à l'AFP sa porte-parole Elsa Ray.

«Ce qui se passe depuis les attentats est le miroir de ce qui se produisait avant, mais multiplié par quatre ou cinq», poursuit la jeune femme qui cite le cas d'étudiantes voilées à l'université «prises à partie par une enseignante», sur le thème «vous voyez où ça nous mène vos conneries».