Les manigances du camp démocrate pour voler l’élection présidentielle, les machines manipulées dans les bureaux de vote, toutes ces histoires, c’était du grand n’importe quoi. Des « trucs cinglés », selon l’ancien procureur général des États-Unis William Barr.

Publié le 16 juin

Des trucs cinglés. Crazy stuff, dans le texte. Pour décrire les allégations de Donald Trump, William Barr a aussi utilisé les mots bullshit, absolute rubbish, idiotic, bogus et complete nonsense.

Pas besoin de traduction pour comprendre à quel point le procureur général n’embarquait pas dans le délire de son patron.

Donald Trump, lui, semblait y croire dur comme fer. « J’étais un peu démoralisé, parce que je me disais, bon sang, s’il croit vraiment à tout ça, il a, vous savez, perdu le contact avec… il s’est détaché de la réalité », a confié M. Barr, lundi, devant la commission du 6-Janvier chargée d’enquêter sur l’assaut contre le Capitole.

photo archives Associated Press

William Barr, ancien procureur général des États-Unis, dans une vidéo livrée aux audiences de la commission du 6-Janvier, lundi

De deux choses l’une : soit Donald Trump ne croyait pas vraiment que l’élection lui avait été volée et mentait aux Américains, soit il avait perdu le contact avec le monde réel et s’accrochait au pouvoir parce qu’il se croyait sincèrement victime d’une terrible injustice.

Mais peu importe qu’il soit menteur ou malade : Donald Trump ne doit pas retourner à la Maison-Blanche en 2024.

Depuis longtemps, c’est l’éléphant dans la pièce : la santé mentale du 45président des États-Unis.

Les médias évitent de conjecturer à ce sujet puisqu’ils ne savent pas. Ça ne pourrait être que ça : des conjectures. Les psychiatres évitent d’émettre des diagnostics à distance. Aux États-Unis, ils n’en ont carrément pas le droit.

Généralement, ça ne sert à rien – sinon à insulter ceux qui souffrent de maladie mentale. Quand il a maladroitement comparé les traits de François Legault à ceux d’un « manipulateur narcissique », il y a quelques jours, le candidat libéral Mathieu Gratton a davantage nui à son image qu’à celle du premier ministre.

Et pourtant, la question se pose : Donald Trump souffre-t-il d’un trouble de la personnalité narcissique ?

Si c’est le cas, cela expliquerait qu’il soit incapable d’accepter toute vérité qui aurait pour effet de miner la (très haute) estime qu’il se porte à lui-même. Le soir de sa défaite, son esprit se serait ainsi automatiquement raccroché à tout ce qui lui évitait de voir la réalité en face. Même si c’était du crazy stuff.

Plus la soirée électorale avançait, plus la victoire lui échappait. Le président était furieux. Son entourage le suppliait de ne pas revendiquer la victoire dans son discours. Ses conseillers politiques. Son directeur de campagne. Même sa propre fille Ivanka.

Mais Donald Trump a choisi d’écouter celui qu’il voulait entendre : Rudy Giuliani. « Ils nous volent », fulminait l’ancien maire de New York, visiblement éméché. « D’où viennent tous ces votes ? Nous devons dire que nous avons gagné ! »

À 2 h 21 du matin, Donald Trump s’est présenté devant les caméras. « Franchement, nous avons gagné cette élection », a-t-il laissé tomber avec amertume.

Des millions d’Américains l’ont cru.

Vrai, les psychiatres américains n’ont pas le droit d’émettre des diagnostics à distance.

Et pourtant, 35 psychiatres ont fait à peu près cela, en février 2017, dans une tribune au New York Times. Sans nommer explicitement le trouble de la personnalité narcissique, ils ont évoqué la vision grandiose que Donald Trump avait de lui-même, ainsi que son incapacité à tolérer la critique et à distinguer clairement la réalité.

« Les individus affectés de tels traits déforment la réalité pour qu’elle se conforme à leur état mental, s’en prenant aux faits et à ceux qui les rapportent », ont-ils écrit.

Nous croyons que la grande instabilité dont témoignent le discours de M. Trump et ses actions le rend incapable d’agir comme président de manière sécuritaire.

Les psychiatres de la tribune du New York Times, en février 2017

À l’époque, Donald Trump avait emménagé à la Maison-Blanche depuis à peine un mois. Aujourd’hui, on constate combien ces psychiatres avaient raison – peut-être pas sur le diagnostic implicite, mais du moins sur le danger que faisait courir cet homme à la démocratie américaine.

Le trouble de la personnalité narcissique n’est évidemment pas la thèse de la commission du 6-Janvier.

La thèse, c’est que Donald Trump était bien au fait que cette histoire de fraude était de la foutaise.

Selon la Commission, le président sortant savait exactement ce qu’il faisait. En toute conscience, il a décidé de répandre ce mensonge toxique.

Les vidéos et témoignages-chocs livrés aux audiences de la commission prouvent que Donald Trump a allumé la flamme. Il était prêt à tout pour renverser la démocratie. Même à ce que son vice-président, Mike Pence, soit mené à l’échafaud par les émeutiers aux portes du Capitole.

Ce réquisitoire dévastateur mènera-t-il à des poursuites criminelles ?

Le procureur général des États-Unis, Merrick Garland, fait face à un dilemme : s’il dépose des accusations contre l’ex-président républicain, il risque d’enflammer une nation déjà terriblement divisée.

Mais on parle ici de sédition. D’une tentative absolument terrifiante pour faire dérailler le transfert pacifique du pouvoir aux États-Unis. Le pays ne peut pas se permettre, au nom de la paix sociale, de laisser passer un crime aussi grave.

Qu’il soit malade ou pas ne change rien au fait que Donald Trump doit être jugé pour ses gestes.