Les moins de 30 ans du Kazakhstan n'avaient connu jusqu'à mardi qu'un seul dirigeant: Noursoultan Nazarbaïev, qui a annoncé sa démission après avoir dirigé le pays depuis l'époque soviétique. Ils aspirent désormais au changement.

CHRISTOPHER RICKLETON AGENCE FRANCE-PRESSE

La démission de l'autocrate de 78 ans, qui ne signifie pas son retrait de la politique puisqu'il gardera plusieurs fonctions clé, laisse songeurs les jeunes de ce vaste État d'Asie centrale.

« Le mot "Nazarbaïev" sonne pour nous comme le mot "parents" », résume un étudiant en cinéma de 18 ans, Madi Makanov, habitant dans la plus grande ville du pays, Almaty. « Pas parce qu'il nous a élevés, mais parce qu'on ne l'a pas choisi ».

Le Kazakhstan, fort de 18 millions d'habitants, est un pays jeune : plus de 40 % des Kazakhs ont moins de 24 ans, selon les données des Nations unies.

Noursoultan Nazarbaïev, premier secrétaire du Parti communiste à l'époque du Kazakhstan soviétique, a remporté la première élection présidentielle du pays nouvellement indépendant en 1991, où il était le seul candidat. Il a été réélu en 1999, 2005, 2011 et une dernière fois en 2015 avec plus de 97 % des suffrages.

M. Nazarbaïev a longtemps pu profiter des riches ressources naturelles du Kazakhstan pour assurer un niveau de vie décent à sa population, mais les violations des droits humains commis par son régime ont été largement documentées par les ONG.

Les élections n'ont jamais été libres ou justes et l'opposition, comme la presse indépendante, étaient sévèrement réprimées. Cette répression s'est accrue au cours de son dernier mandat, sur fond de grogne sociale provoquée par le ralentissement économique du pays.

« Certains sont tristes, parce que c'est la fin d'une époque. D'autres sont contents car la lassitude est montée au cours de ces dernières années », explique un consultant en relations publiques de 32 ans, Rinat Balgabaïev.

« Dans la capitale, personne ne dort », ajoute mercredi matin à l'AFP le jeune homme résidant à Astana, évoquant l'agitation dans les esprits suscitée par l'annonce surprise de Noursoultan Nazarbaïev. Utilisateur régulier des réseaux sociaux, Rinat Balgabaïev se moque souvent des soubresauts politiques du Kazakhstan et n'a pas hésité à publier des remarques ironiques après la démission de Noursoultan Nazarbaïev.

Un nom synonyme de « dictature »

D'autres sont simplement soulagés de voir la fin de l'ère Nazarbaïev, même s'ils assurent avoir peu d'espoir d'un réel changement de régime avec Kassym-Jomart Tokaïev, nommé président par intérim jusqu'à l'élection d'avril 2020.

Maria Melnikova, qui travaille pour un des derniers journaux indépendants du pays, Ouralskaïa Nedelia, a été interpellée trois fois au cours de l'année précédente en faisant son travail. A 32 ans, elle estime que le nom du premier président du Kazakhstan sera toujours synonyme de « pression, dictature et harcèlement ».

« Et la pression n'a cessé de devenir de plus en plus dure avec le temps », ajoute-t-elle auprès de l'AFP.

Les Kazakhs de l'étranger, à l'image de Sergio Marinine, 29 ans, qui étudie à Washington, suivaient eux aussi les informations de près. Il raconte à l'AFP qu'il a discuté avec ses amis pendant des heures après l'annonce surprise de Nazarbaïev.

« C'était inattendu mais pas surprenant », déclare-t-il, minimisant les possibilités de changement politique après ce départ. « Le changement ne risque pas d'être aussi soudain que cette annonce de démission », estime-t-il.