L'état d'urgence en vigueur à Bangkok et ses environs depuis les manifestations antigouvernementales du printemps sera levé mercredi, alors que les «chemises rouges» qui réclament toujours des élections immédiates ont repris leur campagne contre le premier ministre.

Boonradom Chitradon AGENCE FRANCE-PRESSE

«L'état d'urgence sera levé demain (mercredi) pour revenir à la loi habituelle», a déclaré le premier ministre Abhisit Vejjajiva à l'issue du conseil des ministres ayant adopté cette décision.

L'état d'urgence sera donc levé dans la capitale et les provinces de Nonthaburi, Pathum Thani et Samut Prakan, sept mois après la fin de la crise qui a fait plus de 90 morts et 1900 blessés entre le 14 mars et le 19 mai.

La mesure controversée, qui donne des pouvoirs accrus aux forces de sécurité, avait été décrétée dans la capitale le 7 avril puis progressivement étendue à un tiers des provinces du pays avant d'être levée par étapes.

Alors que ce mouvement de protestation avait mis en lumière les profondes divisions entre les élites de Bangkok gravitant autour du palais royal et les masses rurales et urbaines défavorisées qui s'estiment exclues du pouvoir, la fin de l'état d'urgence n'est en aucun cas synonyme de réconciliation.

Après quelques mois de pause, les «chemises rouges», dont la plupart des leaders sont en prison ou en fuite, ont repris leur combat.

Bravant l'interdiction de rassemblement de plus de cinq personnes sous l'état d'urgence, des milliers d'entre elles manifestent régulièrement pour réclamer la démission d'Abhisit et des élections immédiates.

Thida Thavornseth, la nouvelle présidente du Front uni pour la démocratie contre la dictature (UDD), a même appelé la semaine dernière les militants à se rassembler tous les 10 et 19 du mois, pour commémorer les dates de deux assauts de l'armée contre le mouvement du printemps qui avait vu jusqu'à 100 000 personnes occuper les rues du centre de Bangkok.

Le 10 avril, un assaut de l'armée pour forcer les rouges à sortir de la vieille ville s'était soldé par un échec et avait fait 25 morts et plus de 800 blessés.

Le 19 mai, les militaires avaient brisé les barricades du camp retranché des manifestants, cette fois dressé en plein centre-ville, mettant fin à la crise la plus grave qu'ait connue la Thaïlande moderne.

Malgré l'intensification annoncée du mouvement des «rouges», le gouvernement ne semble pas craindre de nouvelles violences dans l'immédiat.

«Les rassemblements politiques récents étaient plus symboliques et les 'chemises rouges' ont également appris leur leçon après s'être appuyées sur la violence», a estimé Suphachai Jaismut, un porte-parole du gouvernement, ne prévoyant pas de violences pendant les fêtes de fin d'année.

Malgré tout, le gouvernement se tient prêt à réinstaurer l'état d'urgence «si nécessaire», a précisé Panitan Wattanayagorn, autre porte-parole du gouvernement.

Bangkok était sous pression de plusieurs pays occidentaux, de groupes de défense des droits de l'Homme et de l'opposition pour lever l'état d'urgence, qui permettait notamment de détenir un suspect pendant trente jours sans inculpation.

Il a également permis aux autorités d'arrêter des centaines de personnes et de faire taire des médias anti-gouvernementaux.

«Quand on regarde les conséquences de l'état d'urgence, de tels dommages ont été faits aux droits de l'Homme en Thaïlande, à l'état de droit», a regretté mardi Sunai Phasuk, de l'ONG Human Rights Watch, qui a malgré tout salué une décision «attendue depuis longtemps».