(Pyeongtaek) Le président américain Joe Biden a atterri vendredi en Corée du Sud pour son premier déplacement en Asie en tant que président, une tournée sur laquelle plane l’ombre d’un possible essai nucléaire nord-coréen.

Publié le 20 mai
Sebastian Smith Agence France-Presse

L’avion Air Force One du président a atterri dans l’après-midi sur la base aérienne d’Osan, près de Séoul. Le dirigeant démocrate de 79 ans s’est immédiatement rendu dans une usine de semiconducteurs du géant sud-coréen Samsung à Pyeongtaek, au sud de la capitale, qu’il a visitée avec son nouvel homologue sud-coréen Yoon Suk-Yeol, arrivé au pouvoir début mai.

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Joe Biden a rencontré son homologue sud-coréen Yoon Suk Yeol

L’alliance américano-sud-coréenne constitue « un pilier de la paix, de la stabilité et de la prospérité » dans le monde, a affirmé M. Biden dans ses premières remarques après son arrivée.

Le choix de l’usine Samsung comme première étape de son voyage n’est pas anodin : les semiconducteurs – les micropuces essentielles à la plupart des appareils modernes, des téléphones aux voitures et aux armes de haute technologie – sont au cœur d’un ralentissement de la chaîne d’approvisionnement mondiale qui menace de perturber la reprise économique après la pandémie.

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Joe Biden a rencontré des employés de Samsung lors de sa visite à l’usine de Pyeongtaek.

La Corée du Sud et les États-Unis doivent travailler pour « maintenir nos chaînes d’approvisionnement résilientes, fiables et sûres », a affirmé M. Biden.

La Corée du Sud représente environ 70 % de la production mondiale de ces composants, a rappelé de son côté M. Yoon. Selon lui, la visite de M. Biden pourrait aider les deux alliés à forger une nouvelle « alliance économique et sécuritaire basée sur une technologie de pointe et une coopération en matière de chaîne d’approvisionnement ».

« Les semiconducteurs s’apparentent désormais à des marchandises stratégiques », a expliqué à l’AFP Vladimir Tikhonov, professeur d’études coréennes à l’Université d’Oslo, et les États-Unis tentent de reconstruire leur industrie nationale. Biden « a besoin de la collaboration de Samsung à cet égard », a-t-il ajouté.

Après Séoul, M. Biden se rendra dimanche à Tokyo où il participera à une réunion du Quad, ce format diplomatique qu’il se fait fort de relancer et qui rassemble les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Australie.

Taïwan et Corée du Nord

Avec cette tournée chez leurs deux grands alliés en Asie de l’Est, les États-Unis veulent « affirmer l’image de ce que le monde pourra être si les démocraties et les sociétés ouvertes du monde se rassemblent pour dicter les règles du jeu », autour du « leadership » américain, a affirmé le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan, pendant le vol à bord d’Air Force One.

« Nous pensons que ce message sera entendu à Pékin. Mais ce n’est pas un message négatif et ce n’est pas destiné à un seul pays », a assuré M. Sullivan.

La Chine, et Taïwan, seront néanmoins dans toutes les têtes.

Les questions de sécurité n’étaient cependant pas en tête de l’ordre du jour de vendredi. La Maison-Blanche a précisé que le président américain n’irait pas dans la zone démilitarisée entre les deux Corées – là où Donald Trump avait rencontré en 2019 le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, pour une réunion spectaculaire mais qui n’avait pas changé la trajectoire du régime.

Menace d’essai nucléaire

Le gouvernement Biden a plusieurs fois, en vain, dit qu’il était prêt à discuter avec la Corée du Nord, bien que cette dernière ait multiplié les tirs de missiles depuis le début de l’année.

Séoul et Washington s’attendent à ce que Pyongyang reprenne de façon imminente ses essais nucléaires, après en avoir conduit six entre 2006 et 2017.

Selon les services de renseignement américains, il existe une « réelle possibilité » que la Corée du Nord choisisse d’organiser une « provocation » pendant le séjour de M. Biden au Sud, a déclaré son administration avant son départ de Washington.

Cela pourrait signifier « de nouveaux essais de missiles, des essais de missiles à longue portée ou un essai nucléaire, ou carrément les deux », avant, pendant ou après la tournée de M. Biden dans la région, a indiqué Jake Sullivan.

Et ce alors que le pays fait face à une épidémie de coronavirus qui s’aggrave, le nombre de cas dépassant désormais 1,7 million selon la presse officielle.

Un essai nucléaire nord-coréen entraînerait « des ajustements à la posture de nos forces armées dans la région », a également déclaré Jake Sullivan.

Mais il a nié qu’un tel évènement serait vu comme un revers à la diplomatie de Joe Biden. « Cela soulignerait l’un des principaux messages que nous envoyons lors de ce voyage, qui est que les États-Unis répondent présents pour nos alliés et partenaires ».

Un membre de la sécurité de Biden accusé d’agression

Un membre de l’équipe de sécurité du président américain Joe Biden, actuellement en déplacement en Asie, fait l’objet d’une enquête à Séoul pour avoir « agressé sous l’emprise de l’alcool » un citoyen sud-coréen, a indiqué vendredi la police.

Le suspect, membre du département américain de la Sécurité intérieure, est accusé de s’en être pris physiquement à un Sud-Coréen alors qu’il était ivre, la veille de l’arrivée de Joe Biden dans le pays, a affirmé à l’AFP un officier de la police du district de Yongsan, à Séoul.

L’Américain, trentenaire, et la victime présumée en sont venus aux mains à propos d’un taxi devant l’hôtel Grand Hyatt, où le président américain doit séjourner lors de sa visite.

« L’incident a eu lieu très tôt jeudi et l’enquête a formellement débuté aujourd’hui », a dit l’officier.

La victime présumée ne souffre pas d’importantes blessures, a-t-il précisé.