(Séoul) Kim Jong-un a fustigé lundi les autorités sanitaires de Corée du Nord pour leur gestion de l’épidémie de COVID-19, qui a fait 50 morts depuis son apparition officielle dans le pays, et a ordonné à l’armée de se mobiliser.

Mis à jour le 16 mai
Sunghee Hwang Agence France-Presse

Signe de la gravité de la situation, le dirigeant nord-coréen a « fortement critiqué le gouvernement et le secteur de la santé publique pour leur attitude irresponsable », a rapporté l’agence d’État KCNA.

Lors d’une réunion du Politburo, il s’est notamment plaint du fait que les pharmacies n’étaient pas ouvertes 24h/24. Les fonctionnaires chargés de l’approvisionnement en médicaments « n’ont pas retroussé leurs manches et n’ont pas évalué correctement la crise actuelle », a-t-il déploré, selon KCNA.

Il a ordonné à l’armée de se mettre au travail « pour stabiliser immédiatement l’approvisionnement en médicaments à Pyongyang », où les premiers cas de COVID-19 en Corée du Nord ont été officiellement détectés la semaine dernière.

Kim Jong-un a pris personnellement en main la lutte contre l’épidémie, qui, selon lui, provoque « de grands bouleversements » dans le pays, dont la population n’est pas vaccinée.

Le dirigeant supervise des réunions d’urgence quasi quotidiennes du Politburo, et les médias nord-coréens ont diffusé des photos de lui visitant une pharmacie à Pyongyang dimanche.

« Fièvre »

Malgré des confinements à grande échelle, 1 213 550 personnes ont été contaminées, 50 sont mortes et 564 860 sont sous traitement médical, selon KCNA, qui ne cite pas expressément la COVID-19, mais parle de « fièvre ».

Le système de santé nord-coréen a été classé 193e sur 195 pays par une étude de l’université américaine Johns Hopkins l’an dernier. Les hôpitaux du pays sont pauvrement équipés, avec peu d’unités de soins intensifs. Selon les experts, le pays ne dispose d’aucun traitement contre la COVID-19 et n’a pas les capacités pour tester massivement sa population.

« En visitant une pharmacie, Kim Jong-un a pu voir de ses yeux la pénurie de médicaments en Corée du Nord », explique à l’AFP Cheong Seong-jang, chercheur à l’Institut Sejong. « La situation était peut-être plus grave que ce qu’il pensait », ajoute-t-il.

« Sentiment de crise »

La Corée du Nord s’est totalement coupée du monde depuis plus de deux ans pour se préserver de la pandémie. Mais les experts jugeaient inévitable que le virus finisse par s’infiltrer dans le pays, vu les flambées épidémiques dues au variant Omicron dans les pays voisins.

Le fait que Kim Jong-un vilipende en public sa propre administration traduit le « sentiment de crise » qui s’est emparé du régime, estime Yang Moo-jin, professeur à l’Université des études nord-coréennes à Séoul.

« Il met le doigt sur l’inadéquation générale du système de quarantaine », affirme cet analyste.

Le dirigeant nord-coréen a exprimé son intention de s’inspirer de la stratégie chinoise, consistant à confiner des villes entières dès l’apparition du moindre cas et à tracer et isoler systématiquement les malades.

La Corée du Nord a refusé les offres de vaccins COVID-19 de la Chine et du programme Covax de l’Organisation mondiale de la santé.

Lundi, le nouveau président sud-coréen Yoon Suk-yeol a affirmé devant l’Assemblée nationale qu’il « n’hésiterait pas à fournir l’aide nécessaire au peuple nord-coréen ».

« Si les autorités nord-coréennes acceptent, nous fournirons tout le soutien nécessaire, comme des médicaments, des vaccins contre la COVID-19, des équipements médicaux et du personnel de santé », a-t-il ajouté.

Selon M. Yang, Pyongyang n’aura probablement d’autre choix que d’accepter une aide extérieure pour surmonter l’épidémie.

« Le timing sera déterminant. Je pense que les résultats du sommet Corée du Sud-États-Unis du 21 mai sera un critère important pour la Corée du Nord pour décider si elle accepte ou non l’offre d’aide du Sud », estime ce professeur.

Le président américain Joe Biden est attendu à Séoul en fin de semaine pour rencontrer M. Yoon. Les programmes d’armement de Pyongyang et l’épidémie de COVID-19 figureront probablement en tête de l’ordre du jour de ce sommet.

Malgré la crise sanitaire, de nouvelles images satellites indiquent que la Corée du Nord a repris la construction d’un réacteur nucléaire depuis longtemps interrompue.

Washington et Séoul soupçonnent Pyongyang de préparer un essai nucléaire, qui serait le septième de son histoire et le premier depuis 2017, afin de détourner l’attention de la population nord-coréenne de la crise sanitaire.

Dans ce contexte, accepter l’aide de la Corée du Sud contre la COVID-19 heurterait l’égo du régime nord-coréen et le forcerait à s’abstenir de réaliser cet essai nucléaire, explique Cheong Seong-jang, chercheur à l’Insitut Sejong.

« Si Kim Jong-un est déterminé à effectuer un essai, il n’acceptera pas l’aide de la Corée du Sud », pronostique-t-il.