(Séoul) L’ex-dictateur sud-coréen Chun Doo-hwan, mort mardi à 90 ans, a dirigé le pays d’une main de fer entre 1980 et 1988 jusqu’à ce que des manifestations de masse le contraignent à démissionner, et restait l’une des personnalités les plus honnies de Corée du Sud.  

Kang Jin-kyu Agence France-Presse

Chun Doo-hwan est surnommé le « Boucher de Gwangju » pour avoir ordonné la sanglante répression d’un soulèvement contre son régime dans cette ville du sud-ouest du pays, en 1980. Le bilan officiel est de 200 morts, mais certaines organisations affirment que ce nombre pourrait être trois fois plus élevé.

Son régime militaire a également supervisé la forte croissance économique de la Corée du Sud et obtenu que Séoul organise les Jeux olympiques en 1988.

Il a été condamné à mort pour trahison en 1996, notamment pour la répression de Gwangju, mais son exécution a été commuée en appel, et il a été libéré à la suite d’une grâce présidentielle.

Né en 1931, Chun Doo-hwan entre à l’académie militaire pour suivre une formation d’officier au plus fort de la guerre de Corée.

Il gravit les échelons sous les ordres du militaire Park Chung-hee, son protecteur, qui prend le pouvoir lors d’un coup d’État en 1961.

Lorsque Park Chung-hee est assassiné en 1979, Chun Doo-hwan prend le contrôle de l’enquête sur ce meurtre avant de lancer deux mois plus tard son propre coup d’État militaire, prenant ainsi le contrôle de la Corée du Sud.

Soulèvement de Gwangju

Pendant quelques mois, des milliers d’habitants et d’étudiants descendent dans les rues de Gwangju contre le pouvoir de Chun Doo-hwan, qui déclare la loi martiale et réprime les manifestations dans un bain de sang.  

Cet épisode sombre, devenu le symbole de la lutte pour la démocratie en Corée du Sud, est dénoncé par Chun Doo-hwan et des personnalités d’extrême droite comme une « émeute », fomentée par des sympathisants de la Corée du Nord.

Dirigeant le pays d’une main de fer entre 1980 et 1988, son règne est marqué par l’usage généralisé de la torture contre les dissidents et la répression de la liberté d’expression.  

Lors d’une visite en Birmanie en 1983, des agents nord-coréens ont tenté de le tuer en faisant exploser une bombe durant une cérémonie à la mémoire d’Aung San, héros de l’indépendance birmane assassiné et père d’Aung San Suu Kyi.

Le ministre des Affaires étrangères et le principal conseiller économique de Chun Doo-hwan sont morts dans l’explosion, mais ce dernier en a réchappé ; retardé par la circulation, il n’était pas présent à la cérémonie.  

Démission

En 1987, les manifestations massives contre son régime le forcent à accepter le rétablissement de la démocratie. Il se retire l’année suivante après que son allié de longue date Roh Tae-woo ait remporté les élections.  

Il est alors le premier dirigeant sud-coréen à transmettre le pouvoir de manière pacifique.  

Après l’élection du chef de l’opposition Kim Young-sam à la présidence en 1993, Chun Doo-hwan  est accusé de trahison et de corruption.

Au cours de son procès, il soutient que l’affaire était « politiquement motivée » et défend son coup d’État et son mandat. « J’ai fait de mon mieux pour sauver le pays alors qu’il était confronté à un danger imminent », déclare-t-il alors.  

Chun Doo-hwan a nié toute implication directe dans la répression du soulèvement de Gwangju.