(Pékin) Des centaines de milliers d’habitants confinés et une souche Delta qui se propage au mépris de la vaccination : la Chine est confrontée à un rebond épidémique qui menace sa politique du zéro cas de COVID-19.

Patrick BAERT Agence France-Presse

Le regain de contamination – encore très limité – touchait vendredi cinq provinces et la ville de Pékin. Ces cas ont leur épicentre dans la ville de Nankin (est).  

Certes, la métropole n’a fait état que de 184 malades depuis la découverte courant juillet à l’aéroport international de neuf agents d’entretien déclarés positifs. Mais ce foyer est en termes d’étendue géographique le plus important de ces derniers mois en Chine.

Au niveau national, au moins 206 infections, dues au contagieux variant Delta, sont liées à ce foyer.

Si le nombre de cas est évidemment très limité par rapport aux chiffres enregistrés dans d’autres pays, il préoccupe les autorités pour qui l’objectif est « zéro infection ».  

Des centaines de milliers de personnes sont désormais confinées dans la province du Jiangsu, dont Nankin est la capitale, tandis que la ville a soumis ses 9,2 millions d’habitants à deux dépistages.

PHOTO LI BO, XINHUA VIA AP

Des gens subissent un test de dépistage de la COVID-19 dans un centre de Nanjing, dans la province du Jiangsu.

En banlieue de Pékin, dans le district de Changping où deux malades où été découverts, 41 000 personnes dans neuf quartiers d’habitation ont été placées en confinement jeudi.

Il s’agit des premiers cas locaux enregistrés à Pékin, qui compte plus de 20 millions d’habitants, depuis six mois.

Des malades vaccinés

Si le coronavirus a été détecté pour la première fois à Wuhan (centre) fin 2019, la Chine a depuis largement maîtrisé l’épidémie grâce à des confinements, des applications mobiles de suivi des déplacements ou encore des quarantaines obligatoires à l’arrivée sur le territoire.

La vie est quasi-normale depuis le printemps 2020 et le pays n’a rapporté que deux morts de la COVID-19 depuis avril l’an passé.

Les autorités ont reproché aux responsables de l’aéroport de Nankin une « gestion non professionnelle », notamment pour avoir permis le passage d’agents d’entretien depuis les vols internationaux vers les vols intérieurs.

« Il a été établi que ces agents d’entretien ont participé au nettoyage de la cabine du vol CA910 » en provenance de Russie le 10 juillet, a indiqué un responsable des autorités sanitaires de Nankin.

La plupart des patients initialement détectés avaient été vaccinés, a indiqué un médecin de Nankin cité par des médias locaux la semaine dernière, ce qui soulève des questions quant à l’efficacité des vaccins chinois, les seuls disponibles dans le pays.

PHOTO AGENCE FRANCE-PRESSE

Une élève reçoit le vaccin Sinopharm dans une école secondaire de Shenyang, dans le nord-est de la Chine.

« Si l’objectif est de ralentir la propagation et de réduire le taux de mortalité, [le vaccin chinois] peut offrir un certain degré de protection », a déclaré jeudi Zhang Wenhong, médiatique expert en maladies infectieuses de Shanghai.  

« Mais il se peut que le vaccin actuel ne puisse pas atteindre l’objectif d’éradiquer le virus. »

Même si tous les Chinois étaient vaccinés, le virus circulerait toujours tout en étant moins dangereux, a-t-il ajouté, suggérant de « vivre en harmonie avec le virus » – une proposition éloignée de la politique de tolérance zéro suivie par les autorités.