(Tokyo) Le gouvernement japonais a déclaré vendredi un nouvel état d’urgence à Tokyo et dans trois autres départements, à trois mois du début des Jeux olympiques prévus dans la capitale japonaise, face à une vive recrudescence locale du coronavirus, selon les autorités.

Natsuko FUKUE Agence France-Presse

« Aujourd’hui, nous avons décidé de déclarer un état d’urgence dans les départements de Tokyo, Kyoto, Osaka et Hyogo », a annoncé le premier ministre Yoshihide Suga.

« Le système hospitalier est confronté à une situation d’une ampleur sans précédent. Les contaminations aux variants hautement contagieux représentent aujourd’hui 80 % des infections à Osaka et 30 % à Tokyo », a-t-il ajouté.

« Nous avons des armes appelées les vaccins. Je suis certain que cette difficile bataille prendra fin », a-t-il encore déclaré.

Contrairement au précédent état d’urgence, qui ne demandait qu’une réduction des horaires d’ouverture, les bars et restaurants devront fermer à 20 h s’ils ne servent pas d’alcool, ou totalement dans le cas contraire, ainsi que les grands magasins et certains centres commerciaux.

« Nous avons un fort sentiment de crise », avait déclaré plus tôt dans la journée le ministre japonais responsable de la lutte contre le virus, Yasutoshi Nishimura.  

« Nous ne serons pas en mesure de contenir les variants qui ont de puissantes capacités infectieuses, à moins de prendre des mesures plus fortes que jusqu’à présent », avait-il ajouté.  

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Le premier ministre Yoshihide Suga

L’état d’urgence doit prendre effet dimanche et durer au moins jusqu’au 11 mai.  

Tout en étant plus strictes que lors du précédent état d’urgence imposé dans certaines parties du pays en janvier, les mesures restent bien plus légères que les confinements décrétés dans d’autres parties du monde depuis plus d’un an.

Ces mesures, qui coïncideront avec les congés de la « Golden Week » début mai, une période durant laquelle les Japonais voyagent beaucoup habituellement, pourraient s’accompagner de la suspension de certaines lignes de train et d’autocar pour limiter les déplacements.

Les autorités des départements concernés sont également susceptibles d’interdire l’accès des spectateurs à des manifestations sportives, mais des responsables ont affirmé que les mesures d’urgence n’auraient aucune incidence sur l’organisation des Jeux olympiques de Tokyo.  

« Nous ne pensons pas à l’annulation » des JO

« Nous ne pensons pas à l’annulation », a répété vendredi Seiko Hashimoto, la présidente de Tokyo 2020, devant la presse.

« Nous réfléchissons à la manière de préparer [les Jeux] en donnant la priorité à la sécurité, en faisant sentir aux gens qu’ils peuvent avoir lieu de manière sûre et en leur donnant envie » que l’évènement ait lieu, a-t-elle ajouté.

Mais la poussée des infections perturbe déjà les épreuves tests et de qualification et le relais de la flamme olympique, forcé de se dérouler à huis clos dans plusieurs départements.

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Des organisateurs tiennent des affiches indiquant aux spectateurs de porter des masques et d'éviter la foule lors du relais de la flamme olympique à Tobe, dans la préfecture d'Ehime, le 22 avril.

Vendredi, Tokyo 2020 a annoncé qu’un tronçon supplémentaire du relais, sur l’île de Miyakojima à Okinawa, ne pourrait pas avoir lieu sur la voie publique.

Bien que l’état d’urgence ne doive entrer en vigueur que dimanche, la gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, a appelé les résidants à commencer immédiatement à prendre des précautions, en évitant notamment de consommer de l’alcool dehors après la fermeture des bars et restaurants.

Elle a également appelé les établissements à éteindre leurs enseignes le soir après 20 h pour dissuader les gens de sortir.

« Il fera sombre le soir, avec le seul éclairage des lampadaires » afin de « réduire les flux de personnes », a-t-elle ajouté.

Une partie de la population japonaise semblait applaudir le durcissement des mesures. « Il faut être bien plus ferme et forcer les gens à ne pas sortir de chez eux », a déclaré à l’AFP Koji Yokoi, un vendeur d’appareils photo à Tokyo.

L’archipel nippon a connu une crise sanitaire relativement limitée, avec moins de 10 000 décès officiellement recensés depuis janvier 2020.

Mais les infections ont augmenté au cours de l’hiver, malgré un deuxième état d’urgence dans une grande partie du pays, et ont de nouveau rebondi après la levée de ce dispositif en mars.

Tokyo a recensé 759 nouveaux cas de COVID-19 vendredi, tandis que le département d’Osaka, actuellement le plus touché, en déplorait 1162, en légère baisse cependant par rapport aux nombres records observés en début de semaine.

La vaccination au Japon avance quant à elle à un rythme d’escargot, entre prudence médicale, freins réglementaires et lourdeurs bureaucratiques : moins de 0,7 % de la population a été vaccinée pour l’heure.