(Erevan) Le premier ministre arménien Nikol Pachinian a annoncé dimanche qu’il démissionnera en avril, tout en continuant d’exercer ses fonctions par intérim jusqu’aux législatives anticipées de juin, nouvel effort pour juguler la crise politique qui secoue ce pays du Caucase.

Mariam HARUTYUNYAN
Agence France-Presse

L’Arménie est dans une impasse politique depuis sa défaite cinglante dans le conflit qui l’a opposée à l’Azerbaïdjan à l’automne 2020 pour le contrôle de l’enclave du Nagorny Karabakh. L’opposition a réclamé pendant des mois le départ de M. Pachinian, qu’elle dénonce comme un « traître ».

Après de multiples manifestations des deux camps, pouvoir et opposition se sont accordés pour organiser des élections législatives anticipées le 20 juin. C’est en prévision de celles-ci qu’intervient l’annonce de Nikol Pachinian, qui est au pouvoir depuis 2018.

« Je démissionnerai en avril. Je démissionnerai non pas pour démissionner, mais pour que des élections anticipées aient lieu. Mais je continuerai à exercer les fonctions de premier ministre par intérim », a-t-il déclaré lors d’une rencontre avec les habitants d’une région du pays.

« Si vous confirmez (notre mandat), nous continuerons à vous servir mieux qu’auparavant, sinon, nous transférerons le pouvoir à qui vous voudrez », a-t-il promis.

Selon la loi arménienne, des élections anticipées seront déclenchées si le Parlement échoue à deux reprises à nommer un nouveau premier ministre après la démission de l’actuel chef du gouvernement. Dans ce cas, Nikol Pachinian continuera à exercer les fonctions de premier ministre et c’est sur ce scénario qu’il compte.

Défaite amère

Pendant des semaines, Nikol Pachinian a résisté aux protestations et aux appels à sa démission. Il est très critiqué pour avoir signé en novembre un accord de cessation des hostilités très défavorable à son pays.

Ce cessez-le-feu avait été négocié alors que la situation était catastrophique pour l’Arménie, acculée et poussée à la retraite sur plusieurs fronts tandis que l’armée azerbaïdjanaise menaçait la capitale du Nagorny Karabakh.

La débâcle de l’armée arménienne lors de ce conflit a profondément marqué les Arméniens, victorieux d’un premier conflit peu après la chute de l’URSS. La Russie, qui a parrainé l’accord de cessation des hostilités, a déployé des troupes de maintien de la paix au Nagorny Karabakh.

Les combats ont fait près de 6000 morts dans les deux camps.

Porté au pouvoir en 2018 par une révolution populaire dénonçant la corruption des élites postsoviétiques, M. Pachinian a accentué la colère fin février en décidant de limoger plusieurs hauts responsables militaires, les accusant d’avoir voulu fomenter un coup d’État.

Cet épisode avait provoqué de nouveaux blocages, le président Armen Sarkissian ayant refusé à deux reprises le limogeage du chef d’état-major, Onik Gasparian, voulu par M. Pachinian. Ce dernier a aussi défié la justice qui ordonnait de réintégrer temporairement M. Gasparian.

Les opposants au premier ministre avaient même campé un temps devant le Parlement, en assurant qu’ils ne quitteraient les lieux qu’après le départ de M. Pachinian.

Nikol Pachinian a cependant pu compter sur la mobilisation de milliers de ses partisans dans la rue, beaucoup voyant dans les manœuvres de l’opposition une tentative de l’ancienne classe dirigeante pour revenir au pouvoir.

Les élections législatives anticipées de juin doivent permettre de résoudre cette impasse politique en assurant la légitimité de M. Pachinian si son parti, qui reste favori selon les observateurs, les remportent.

Depuis l’accord sur les élections anticipées, la loi martiale décrétée à cause de la guerre a été levée et la Cour constitutionnelle arménienne a ordonné l’abandon des poursuites contre l’ex-président Robert Kotcharian, un détracteur de M. Pachinian accusé de coup d’État.