(Bangkok) L’opposition a appelé lundi pour la première fois depuis le début du mouvement de contestation en Thaïlande à la démission du premier ministre, tandis que des milliers de protestataires marchaient vers l’ambassade d’Allemagne, dans un nouveau geste de défi au roi qui séjourne fréquemment dans ce pays.

Agence France-Presse

« J’appelle le général Prayut Chan-o-Cha à démissionner de son poste de chef du gouvernement. Cette solution résoudra tous les problèmes et permettra de ne pas détruire davantage le pays », a lancé devant les parlementaires Prasert Jantararuangthong, le secrétaire général du Pheu Thai, le plus grand parti d’opposition.

Le Parlement est réuni lundi et mardi pour une session extraordinaire consacrée à la crise engendrée par les manifestations pour la démocratie.

Le gouvernement avait demandé aux députés et aux sénateurs de se pencher au cours de ces deux journées sur certains rassemblements « illégaux », selon lui, car ils auraient porté atteinte à la monarchie.

Mais le débat s’est déplacé sur un autre terrain et plusieurs appels à la démission sont venus de différents partis d’opposition.  

La contestation, dans la rue depuis plus de trois mois, exige le départ de Prayut Chan-O-Cha, au pouvoir depuis le coup d’État de 2014 et légitimé par des élections controversées l’année dernière.  

Elle réclame aussi une révision de la Constitution et une réforme de la puissante et richissime monarchie, une question taboue il y a encore peu.

« Je suis au courant de ces revendications […] et plusieurs sujets sont en cours de travail », a relevé Prayut Chan-O-Cha devant les parlementaires, sans apporter de précisions ni de calendrier.

Défi inédit à la monarchie

La session du parlement porte uniquement sur le fait que « des comportements inappropriés » à l’encontre de la monarchie ont eu lieu en marge de plusieurs rassemblements, a insisté le chef du gouvernement qui a assuré à plusieurs reprises qu’il ne démissionnerait pas.

Le 14 octobre, des dizaines de manifestants avaient levé trois doigts, signe de ralliement des protestataires, devant la voiture de la reine Suthida et du prince héritier Dipangkorn, un geste de défi inédit. Trois militants sont poursuivis pour « violence contre la reine » et risquent la prison à vie à la suite de cet incident.  

Prayuth Chan-O-Cha a convoqué le Parlement après avoir imposé un état d’urgence « renforcé », levé quelques jours plus tard face à des contestataires en nombre dans la rue malgré l’interdiction de rassemblement.  

84 personnes ont été mises en examen depuis le 13 octobre sur des fondements « la plupart du temps vagues et de nature politique », a déploré Amnistie internationale dans un communiqué.  

Plusieurs milliers de personnes réclamant la démocratie marchaient lundi en fin d’après-midi vers l’ambassade d’Allemagne, dernier geste de défi au roi Maha Vajiralongkorn qui séjourne très fréquemment dans ce pays.

Elles vont déposer une pétition pour demander à Berlin d’enquêter pour savoir si le monarque s’est occupé depuis l’Allemagne des affaires du royaume, ce qui est illégal, assurent les protestataires.

« Nous suivons de près les évènements en Thaïlande, » a réagi le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, au cours d’un point presse, disant examiner soigneusement les actes accomplis par le souverain depuis l’Allemagne.  

« S’il y a des choses que nous estimons illégales, il y aura des conséquences immédiates », a-t-il averti, sans plus de précision.