(New Delhi) Les secrétaires américains des Affaires étrangères et de la Défense, Mike Pompeo et Mark Esper, ont entamé lundi à New Delhi une visite de deux jours pour conforter l’alliance américano-indienne contre la Chine dans la région.

Agence France-Presse

Pendant ces entretiens annuels, ils doivent discuter avec les ministres indiens des Affaires extérieures Subrahmanyam Jaishankar et de la Défense Rajnath Singh des moyens de « travailler ensemble pour contrer les menaces posées par le Parti communiste chinois », a expliqué mercredi dernier M. Pompeo.

M. Pompeo a eu un premier échange et un dîner avec son homologue indien qui a noté dans un tweet que les relations entre les deux pays « s’accroissent de manière substantielle dans tous les domaines ».

Les deux ministres ont discuté de « questions de sécurité régionale » et de collaboration sur un vaccin contre la COVID-19, selon le Département d’État.

L’Inde, qui rejoint en janvier le Conseil de sécurité de l’ONU pour deux ans, « sera le partenaire le plus déterminant pour les États-Unis dans la région indo-Pacifique […] pendant ce siècle », avait affirmé de son côté Mark Esper mardi dernier.

Il a également loué « la plus grande démocratie du monde, un pays très compétent avec des gens talentueux qui font face, chaque jour, à l’agression chinoise dans l’Himalaya ».

Les tensions entre l’Inde et la Chine, qu’un conflit frontalier ouvert a opposées en 1962, se sont accrues en juin avec leur première confrontation meurtrière depuis 45 ans, qui a fait 20 morts côté indien et un nombre inconnu de victimes dans les rangs chinois au Ladakh (Nord de l’Inde).

En septembre, les deux puissances nucléaires se sont rejeté la responsabilité de tirs à leur frontière, les premiers depuis 1975. Elles ont acheminé des dizaines de milliers de soldats dans cette région himalayenne où l’hiver arrive.

L’Inde a demandé aux États-Unis des équipements pour le froid. La question pourrait être soulevée durant les entretiens, selon des responsables.

Partager le renseignement

Les deux pays devraient signer un accord de partage du renseignement géospatial, ouvrant la voie à l’apport par les États-Unis d’une technologie sophistiquée pour les missiles, selon des responsables.

M. Esper discutera également d’une coopération militaire accrue qui pourrait comprendre du partage de renseignement, davantage de manœuvres communes et des ventes d’armement, y compris peut-être d’avions de chasse américains F-18.

Après New Delhi, M. Pompeo va poursuivre sa tournée pour une « région indo-Pacifique libre et ouverte », du nom de la stratégie américaine pour endiguer l’expansionnisme chinois.

Il se rendra au Sri Lanka, dont le président Gotabaya Rajapaksa est proche de la Chine, mais devrait « jouer le jeu » d’être courtisé par différentes puissances, estime Aparna Pande, directrice de l’Initiative on the future of India and South Asia à l’Hudson Institute.

M. Pompeo ira ensuite aux Maldives, où il sera le premier secrétaire d’État à venir depuis 2004, puis en Indonésie alors que Washington vient d’annoncer l’envoi de patrouilleurs des garde-côtes dans le Pacifique pour contrer les activités « déstabilisantes » de Pékin dans des zones de pêche disputées en mer de Chine méridionale.

M. Pompeo sera de retour aux États-Unis le 30 octobre, juste avant l’élection présidentielle du 3 novembre.

« À une autre époque, l’Inde aurait pu se plaindre de la présence des États-Unis dans l’océan Indien. Aujourd’hui, elle ne veut plus les voir partir », observe Tanvi Madan, directrice de The India Project à la Brookings Institution.

Pékin, qui a annoncé lundi des sanctions contre des entreprises, personnes et entités américaines impliquées dans un projet de vente d’armes à Taïwan, avait riposté la semaine dernière aux propos de MM. Pompeo et Esper.

« Faire de la Chine un rival comme le font les États-Unis est une grave erreur de jugement stratégique », avait déploré mercredi Zhao Lijian, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, rejetant toute velléité d’hégémonie de son pays.