Le 31 décembre 2013, l’Australien Karm Gilespie a été arrêté à l’aéroport de Canton pour trafic de drogue. Il est devenu, il y a quelques jours, le dernier étranger sur la liste des condamnés à mort en Chine.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

« Bienvenue à 2013. J’ai l’intention de faire compter chaque jour, un pas à la fois », écrivait sur Facebook, un an exactement avant son arrestation, l’homme maintenant âgé de 56 ans. Pendant plus de six ans, ses amis se sont questionnés sur le silence soudain de Karm Gilespie – Craig, de son véritable prénom –, décrit dans les médias australiens comme un homme aux multiples projets. Son arrestation en Chine avait été gardée secrète.

M. Gilespie a tenu un rôle dans une série policière australienne dans les années 90, avant de parcourir les écoles avec un one-man-show. Le père de famille avait ensuite délaissé le jeu pour l’entrepreneuriat et les conférences de motivation il y a quelques années.

À la fin de l’année 2013, il planifiait de se rendre en Thaïlande avec sa nouvelle amoureuse, selon des amis. Les autorités ont trouvé 7,5 kg de métamphétamine dans ses valises à l’aéroport, ont rapporté les médias chinois.

Sur fond de tensions

« Ce n’est pas inhabituel pour la Chine de condamner quelqu’un à mort pour trafic de stupéfiants : [les autorités] ont mené des campagnes importantes contre la drogue, a dit à La Presse John H. Blume, directeur du Cornell Death Penalty Project. Le moment est un peu suspect, par contre. »

L’annonce de la condamnation à mort survient alors que les relations entre Pékin et Canberra sont tendues. Le gouvernement australien a provoqué l’ire de la Chine en demandant une enquête sur les origines de l’épidémie de COVID-19, avant l’imposition de restrictions et de droits de douane sur les exportations australiennes.

La Chine a nié un lien entre la condamnation et la relation entre les deux pays.

L’événement n’est pas sans rappeler les condamnations à mort de deux Canadiens l’an dernier, Robert Lloyd Schellenberg et Fan Wei, aussi accusés de trafic de stupéfiants au milieu de frictions entre le Canada et la Chine après l’arrestation à Vancouver de Meng Wanzhou, dirigeante de Huawei.

« Pourquoi ils rendent ça public, il faut se poser la question. Ce n’est pas possible d’affirmer qu’il y a un lien, mais on peut avoir des soupçons », a estimé M. Blume. Le professeur de droit à l’Université Cornell, dans l’État de New York, a lui-même été en contact avec nombre d’avocats et d’universitaires chinois travaillant sur la peine de mort au fil des années. Si certaines condamnations à mort sont par la suite transformées en peines de prison, c’est loin d’être une garantie, même pour les étrangers.

En tête de liste

La Chine compterait chaque année des milliers d’exécutions et de condamnations à mort, selon Amnistie internationale, qui place le pays en tête de liste pour les peines capitales dans le monde. « La Chine considère que c’est un secret d’État et ne divulgue pas ses chiffres », a expliqué à La Presse France-Isabelle Langlois, directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone. Les déductions et l’information glanée permettent cependant à l’organisme d’avancer que les condamnations à mort y sont nombreuses.

Les crimes passibles de la peine de mort vont des meurtres au trafic de drogue en passant par des vols et des crimes économiques.

« En ce qui concerne les prisonniers plus politiques, habituellement, on va perdre la trace de ces personnes quand il s’agit de Chinois », a déploré Mme Langlois, qui a précisé que l’organisme ne se penchait pas sur la culpabilité des prisonniers, mais sur la peine.

Karm Gilespie a 10 jours pour porter sa cause en appel.

– Avec The Australian, The Sydney Morning Herald, Agence France-Presse