(Caracas) L’opposant vénézuélien Juan Guaidó est parvenu mardi à prêter serment comme président du Parlement en forçant le passage jusqu’au perchoir, une victoire « symbolique » sur le chavisme, puisque Nicolas Maduro continue à exercer le pouvoir.

Guillaume DECAMME
Agence France-Presse

Cette journée houleuse a été marquée par des actes de violence aux abords du Parlement envers des diplomates et des journalistes.  

Des diplomates européens et du Japon qui comptaient assister à la séance ont été pris pour cible par des « colectivos » et certains « durement frappés », a indiqué une source diplomatique sous couvert de l’anonymat.  

Les « colectivos » sont des groupuscules fidèles au pouvoir chaviste que l’opposition qualifie de « paramilitaires » violents.

Juan Guaidó a, lui, réussi à forcer le passage que lui bloquait une haie de forces de l’ordre casquées devant le Parlement et à se frayer un chemin jusqu’au perchoir… qu’occupait jusqu’à ce moment-là Luis Parra, un rival de l’opposition qui revendique, lui aussi, la présidence de l’Assemblée.

« Nous sommes bien là », a déclaré Juan Guaidó qui a ensuite prêté serment comme président de l’Assemblée nationale, fort de sa réélection par cent députés d’opposition dimanche.

« Au nom du Venezuela, je jure de remplir les devoirs de président par intérim », a-t-il ajouté, la main droite levée.

Car Juan Guaidó se prévaut de son statut de président du Parlement pour continuer de revendiquer celui de président par intérim, que lui reconnaissent près de 60 pays, et mener son « combat » contre Nicolas Maduro.

« C’est pas une caserne, ici ! »

Il accuse l’héritier du défunt Hugo Chavez (1999-2013) d’être un « usurpateur » depuis l’élection « frauduleuse » de 2018 qui lui a permis de se maintenir au pouvoir.  

Il tente de l’évincer depuis un an, avec le soutien de l’administration Trump. Sans succès, jusqu’à maintenant. Nicolas Maduro a toujours la haute main sur l’armée et jouit du soutien de la Russie, de la Chine et de Cuba.

Quelques heures après sa prestation de serment, il a appelé à ses compatriotes à manifester contre Nicolas Maduro jeudi, vendredi et samedi, dans l’espoir de raviver les manifestations populaires qui drainaient des centaines de milliers de Vénézuéliens début 2019, avant de s’effilocher au cours des mois.

La prestation de pouvoir de Juan Guaidó mardi n’a pas « grand chose à voir avec le pouvoir », relève le politologue Luis Vicente Leon.  

Dans son bras de fer avec l’opposition, le pouvoir chaviste a privé l’Assemblée nationale de tous ses pouvoirs législatifs il y a trois ans. Ses décisions sont systématiquement annulées par la Cour suprême.

La valeur réelle de Juan Guaidó, ajoute Luis Vicente Leon, est « celle du symbole de lutte et d’unité » de l’opposition, très divisée, notamment sur l’opportunité de participer aux élections législatives qui doivent avoir lieu cette année.

Mardi, en arrivant au Parlement, Juan Guaidó a tenté de donner l’image d’une opposition unie face « au dictateur » Nicolas Maduro.

Arrivé dans la matinée aux grilles du Parlement, qui ne compte qu’une seule chambre au Venezuela, l’opposant et plusieurs dizaines de députés ont buté sur une haie de gardes casqués qui l’empêchaient de passer.

« C’est pas une caserne, ici ! », leur a lancé Juan Guaidó avant, une demi-heure plus tard, de parvenir à forcer le passage et se frayer un chemin jusqu’au perchoir pour prêter serment.

« Clown raté »

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo l’a aussitôt « félicité » pour sa réélection « légitime ». Et le département d’État a affirmé qu’en cas d’arrestation de Juan Guaidó, Washington prendrait des mesures « qui vont bien plus loin » que celles prises jusqu’ici contre le pouvoir chaviste, dont des sanctions économiques.

Ces propos ont fait réagir M. Maduro, qui a traité le chef de la diplomatie américaine de « clown raté » et l’a accusé de « monter le spectacle, la clownerie ».

Alors que Juan Guaidó quittait le Parlement, une grenade lacrymogène a été lancée dans sa direction, selon un photographe de l’AFP.  

Des journalistes et le Syndicat national des travailleurs de la presse ont aussi affirmé que la presse avait été agressée par des « colectivos ».

La journée de dimanche avait déjà été marquée par un face-à-face vigoureux entre Juan Guaidó et les forces de l’ordre.

Des policiers et des soldats avaient empêché Juan Guaidó de rallier le Parlement où il comptait être réélu à la présidence de l’hémicycle. Il avait alors tenté, en vain, d’escalader les grilles du bâtiment.

Pendant ce temps, dans l’hémicycle, Luis Parra se proclamait nouveau président de l’Assemblée nationale à la faveur d’un vote à main levée et avec le soutien des élus loyaux au président Nicolas Maduro, bien qu’il affirme être dans l’opposition. Il revendique 81 votes sur 150 députés présents.  

Juan Guaidó avait alors organisé une séance parallèle dans les locaux d’un journal où cent députés d’opposition lui avaient apporté leur suffrage.