Une bombe lancée sur un tribunal en Grèce hier. Des colis piégés envoyés dans des ambassades étrangères basées à Athènes en novembre et à Rome au cours des derniers jours. Ces derniers mois et tout particulièrement la dernière semaine, des groupuscules anarchistes, qui ont revendiqué ces attentats ayant fait plusieurs blessés, donnent du fil à retordre aux policiers européens. Que savons-nous de ces mouvements d'extrême gauche? Petit survol.

Laura-Julie Perreault LA PRESSE

Q: Qui sont les groupes impliqués dans les récents attentats perpétrés en Grèce et en Italie?

R: En Grèce, c'est un groupe appelé les «Cellules de feu» qui a revendiqué le 23 novembre dernier, dans une lettre publiée sur le site web d'Indymedia, 14 attentats au colis piégé. Les colis ont été envoyés cet automne à des ambassades basées à Athènes ou à des dirigeants étrangers en Allemagne, en Italie et en France.

En Italie, c'est la Fédération anarchiste informelle qui s'est attribué l'envoi de colis similaires aux ambassades suisse et chilienne de Rome la semaine dernière. Une note à cet effet a été retrouvée dans la représentation diplomatique du Chili. Des explosifs ont aussi été envoyés cette semaine à l'ambassade grecque en Italie.

Q: Les organisations ont-elles un lien entre elles?

R: La police, qui enquête sur les crimes des derniers jours en est convaincue, d'autant plus que dans sa lettre, le groupuscule italien s'est aussi autobaptisé «cellule Lambros Fountas», du nom d'un militant marxiste grec tué lors d'un affrontement avec la police, en mars dernier. Expert du terrorisme en Italie et en Grèce, l'écrivain Dimitri Deliolanes disait cette semaine au Monde que les contacts entre les groupes remontent aux années 90. Dans les deux cas, leur maître à penser est un italien de 73 ans, Alfredo Maria Bonanno. Les deux groupes seraient très proches idéologiquement depuis qu'ils ont assisté ensemble aux funérailles d'Edo Massari, un anarchiste qui s'est suicidé en prison en 1998.

Q: Qui est Alfredo Mario Bonanno?

R: Propriétaire de la maison d'édition Edizioni Anarchismo, Alfredo Bonanno a écrit de nombreux pamphlets anarchistes, dont La joie armée (1997) pour lequel il fut emprisonné, Détruisons le travail (1994) et Le projet insurrectionnel. Ces ouvrages ont inspiré des groupes anarchistes autant en Italie qu'en Grande-Bretagne, en Amérique latine et aux États-Unis. Il a récemment été arrêté pour un vol à main armée qu'il aurait commis avec un complice grec. M. Bonanno a été libéré à cause de son âge, mais son comparse a été condamné à huit ans et neuf mois de prison.

Q: Que réclament les organisations anarchistes?

R: L'organisation grecque a écrit dans des documents que la révolte est pour ses membres «une façon de vivre». M. Deliolanes note qu'ils ne «préconisent pas la révolution» ni le changement de société, mais agissent pour des «questions existentielles». La Fédération anarchiste informelle, pour sa part, a écrit ceci dans la lettre trouvée à l'ambassade chilienne. «Nous avons décidé de faire entendre notre voix avec les paroles et les faits. Détruisons ce système de domination. Vive la FAI, vive l'anarchie». Dans les deux cas, les groupes anarchistes ont demandé la libération d'autres anarchistes détenus ailleurs dans le monde.

Q: La police a-t-elle arrêté certains éléments?

R: Le 17 janvier, 12 membres présumés des «cellules de feu» subiront un procès pour les 14 colis piégés envoyés en novembre.