Le bilan avancé de 1600 morts lors de l'attaque des forces armées géorgiennes sur la région séparatiste d'Ossétie du Sud dans la nuit du 7 au 8 août demeurait jeudi invérifiable, alors que circulent depuis plusieurs jours des chiffres contradictoires.

Alexander Osipovitch

La Russie a en grande partie justifié l'entrée de ses troupes en Ossétie du Sud par ce chiffre, et a accusé les autorités géorgiennes de «génocide» sur la population locale, qui compte 70 000 habitants au total. Le chiffre de 2.000 morts a également circulé un temps.

Le président géorgien Mikheïl Saakachvili a réagi en qualifiant ce bilan de «mensonge flagrant», dénonçant une «campagne de désinformation de style soviétique».

Une responsable de l'ONG américaine Human Rights Watch, Anna Neistat, l'a également remis en question, après avoir eu des entretiens avec des médecins de Tskhinvali, la capital» sud-ossète, principale cible de l'attaque géorgienne.

«Cela paraît douteux, trop élevé», a-t-elle déclaré sur les ondes de la radio Echo de Moscou.

«Dans les conflits armés de ce type, le nombre de blessés est trois fois plus élevé que celui des morts. Jusqu'ici on n'a pas entendu parler de 6.000 blessés ou plus», a-t-elle ajouté.

Selon un médecin de l'hôpital de Tskhinvali cité par Human Rights Watch, 44 corps ont été amenés sur place, et 273 blessés y ont été soignés. Selon lui, c'est l'hôpital qui a recueilli la plupart des corps des victimes car la morgue municipale ne fonctionnait plus.

Des enquêteurs dépêchés par le comité d'investigation du parquet général de Russie pour déterminer si un génocide a été perpétré ont de leur côté indiqué avoir identifié 60 corps de civils à Tskhinvali.

«Pour le moment, nous avons identifié 60 corps», a indiqué à l'AFP leur porte-parole, Alexandre Dyrmanov. «C'est difficile de donner un chiffre exact. Beaucoup de gens ont été enterrés dans les jardins» des maisons, a-t-il ajouté.

Un responsable sud-ossète a pour sa part avancé le chiffre de 200 morts, et souligné que ce bilan allait augmenter.

«Nous trouvons constamment de nouveaux cadavres. Jusqu'ici nous en avons identifié 200, et 500 personnes sont encore portées disparues», a déclaré le procureur général du «gouvernement» sud-ossète, Taimuraz Khougaïev à l'AFP dans le village sud-ossète de Khetagourovo.

Le «président» sud-ossète Edouard Kokoïty avait annoncé un chiffre de 1400 victimes dès le 8 août, soit le lendemain de l'assaut géorgien sur l'Ossétie du Sud. Les combats se sont prolongés ensuite plusieurs jours dans la ville.

«Un peu plus de 1400 personnes sont mortes. Cette information sera vérifiée, mais c'est le chiffre approximatif fondé sur des informations de parents» de victimes, avait déclaré M. Kokoïty, selon l'agence Interfax.

Ajoutant à la confusion, le premier ministre russe Vladimir Poutine avait pour sa part évoqué samedi 9 août des «dizaines de morts» et des «centaines de blessés».

Le même jour, la porte-parole des autorités sud-ossètes Irina Gagloyeva avait énoncé un bilan de 1600 victimes, qui a par la suite été repris par le ministère russe des Affaires étrangères.