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Des espèces végétales ont disparu du mont Saint-Hilaire

Vue sur le mont Saint-Hilaire... (Photo Martin Chamberland, archives La Presse)

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Vue sur le mont Saint-Hilaire

Photo Martin Chamberland, archives La Presse

STÉPHANIE MARIN
La Presse Canadienne
Montréal

La forêt du mont Saint-Hilaire au Québec, l'une des dernières forêts anciennes dans l'est de l'Amérique du Nord, a perdu bon nombre de ses plantes et arbres au cours des dernières décennies, et sa végétation tend à s'homogénéiser, est-il rapporté dans une récente étude.

Elle aurait perdu environ 70 espèces végétales depuis un recensement fait dans les années 50 : à ce moment, 485 espèces différentes, allant de la bruyère à l'isoète, couvraient ses flancs.

On y retrouvait alors aussi des spécimens plus rares comme des roses, des orchidées, des linnées boréales, des cornouillers du Canada et diverses catégories de fougères.

Plus maintenant.

C'est Paul Maycock, un jeune professeur de botanique de l'Université McGill, qui avait arpenté vers la fin des années 50 le parc naturel du mont Saint-Hilaire, près de Montréal, pour faire une liste de toutes ses espèces. Cette forêt de 1000 hectares appartient à l'Université McGill et est une réserve de biosphère de l'UNESCO.

Tammy Elliott a marché sur ses traces, pendant quatre ans, entre 2012 et 2015.

Alors candidate au doctorat en biologie des plantes à l'Université McGill, elle est aujourd'hui chercheuse postdoctorale à l'Université de Montréal et à l'Université du Cap en Afrique du Sud.

Elle a sillonné le sous-bois du mont Saint-Hilaire avec son collègue Jonathan Davies, maintenant professeur agrégé à l'Université de la Colombie-Britannique.

Faute de retracer bien des espèces végétales, elle les a rapportées comme « perdues ».

« On ne les a pas trouvées, a-t-elle expliqué en entrevue. Et on y a mis de l'effort. »

S'il n'est pas inhabituel que certaines espèces disparaissent dans un habitat et que d'autres y apparaissent - comme ce fut aussi le cas ici - ce qui est préoccupant est le type de variétés en cause, dit-elle.

Car plusieurs de ces espèces disparues présentaient souvent « un intérêt particulier en matière de conservation », parce qu'elles sont des espèces vulnérables qui n'avaient pas de grandes populations au Québec et qui auraient dû être protégées, fait valoir Mme Elliott.

Par exemple, alors que Paul Maycock rapportait que l'if canadien était commun dans cette forêt, « je n'en ai pas trouvé un seul », dit-elle.

Et puis, ces plantes et arbustes ont été « remplacés » par des espèces étrangères au Québec, et à la limite des mauvaises herbes dans certains cas, par ailleurs fort courantes en Amérique du Nord.

« Nos résultats indiquent qu'un processus d'homogénéisation biologique remodèle la flore du parc et qu'il existe un danger d'extinction des espèces indigènes possédant un intérêt sur le plan de la conservation », écrivent les auteurs dans l'étude.

Les résultats de leurs travaux ont été publiés dans la revue scientifique Biodiversity and Conservation le mois dernier.

« C'est préoccupant parce qu'il s'agit d'une aire protégée et les espèces que nous perdons sont celles qu'on aimerait toujours voir à cet endroit », ajoute Mme Elliott.

Selon l'étude, d'autres ont pris leur place comme l'euphorbe, le trèfle, les herbes sauvages, la moutarde et autres, apportées là par le vent, les randonneurs qui affectionnent ce mont ou encore par les sabots des cerfs, est-il souligné. D'autres y vivent désormais en raison du changement du climat, et des espèces qui ne pouvaient survivre dans le passé le peuvent désormais car il fait plus chaud.

La chercheure y a aussi trouvé quelques surprises : un plant de tomate et du blé - à proximité d'un point d'observation du paysage. Peut-être d'un sandwich d'un randonneur, souligne-t-elle.

L'étude avait pour but d'examiner l'évolution de la diversité végétale ainsi que les différents facteurs à l'origine de ces changements : il y a plus d'humains aux alentours du parc en raison du développement agricole et des ensembles résidentiels et plus de cerfs de Virginie dans la zone de partage entre le secteur résidentiel et la forêt, car ces animaux peuvent trouver de la nourriture aux deux endroits, faisant disparaître le sous-étage forestier, est-il écrit.

Pour les auteurs, l'étude montre qu'il est possible de réduire l'homogénéisation biologique de plusieurs façons.

Les visiteurs du parc doivent rester dans les sentiers balisés. La plupart des amateurs de plein air suivent les règles, dit-elle, mais pas tous. Ils peuvent faire plus attention à ce qu'ils apportent dans le parc, notamment en ce qui concerne la nourriture. Et les résidants des quartiers qui ceinturent le mont Saint-Hilaire peuvent être plus attentifs aux plantes qu'ils font pousser dans leur jardin et favoriser les plantes indigènes, est-il suggéré.




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