Pour protéger «leurs» derniers éléphants, des habitants du nord du Mali se sont organisés en «brigades de vigilance» contre le braconnage et des GPS ont même été glissés au cou de certains pachydermes.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Dans le Gourma malien, qui inclut les régions de Mopti, Tombouctou et Gao, le nombre des éléphants ne cesse de décroître: ils étaient 550 entre 1972 et 1974, ils ne sont plus que 354 aujourd'hui...

Courant juin, 21 pachydermes y sont morts de soif du fait de la sécheresse.

Mais le danger vient aussi des braconniers, qui convoitent toujours l'ivoire de leurs défenses mais aussi leur viande, très appréciée dans des pays voisins.

«Dès qu'on entend le bruit d'un véhicule, on se dresse pour voir si des braconniers ne tentent pas de s'installer ici pour tuer nos éléphants», assure Ali Ag Rhissa, jeune touareg rencontré devant la tente où il habite avec son épouse et leurs trois enfants, dans la localité malienne de Banzena (région de Tombouctou).

«Nous prenons nos mesures de précautions. Dans cette réserve, les éléphants ne sont plus victimes de braconnage depuis que nous sommes organisés en brigades de vigilance. Mais on n'est jamais assez prudent», affirme, de son côté, l'adjudant-chef des Eaux et forêts Bakary Kamé, arme en bandoulière.

Selon les statistiques officielles, la population d'éléphants du Gourma est composée à 50% de femelles adultes, 13% de mâles adultes, 26% de jeunes et 11% de «très vieux».

Croisés dans le cercle de Douenzta (800 km au nord de Bamako), un troupeau d'éléphants protège dans un premier temps l'éléphanteau du groupe en formant un cercle autour de lui.

Très rapidement, ensuite, deux éléphants arrachent des arbustes, avec leur trompe, avant d'en avaler les branchages...

Ces pachydermes sont réputés être les plus gros d'Afrique et les seuls éléphants nomades au monde.

Pour survivre, ils font chaque année un circuit d'un millier de kilomètres du nord du Mali à la frontière avec le Burkina Faso voisin.

«Pour les protéger des braconniers et les suivre, nous avons pu mettre au cou de certains éléphants un modem GPS. Donc, de manière permanente, nous connaissons leur position», explique Biramou Sissoko, colonel des Eaux et forêt, et coordinateur national du Projet de conservation et de valorisation de la biodiversité du Gourma et des éléphants.

On dit que ces éléphants-là peuvent absorber près de dix litres à chaque «trompée» d'eau et consommer jusqu'à 250 kilogrammes de nourriture par jour. L'eau, la nourriture... Voilà ce qui pousse au nomadisme les éléphants de cette zone en proie à la sécheresse.

Des animaux dotés d'une «intelligence phénoménale», selon les spécialistes. «Il y a quelques mois, explique ainsi l'adjudant chef Bakary Kamé, un éléphant a retrouvé parmi dix enfants celui qui avait osé s'attaquer à un éléphanteau».

Afin de mobiliser et de motiver «les brigades de vigilance», les autorités maliennes assurent une formation aux habitants.

Sur le plan judiciaire, le Mali est par ailleurs en train de durcir sa loi anti-braconnage.

Un projet de Conservation et de biodiversité dans le Gourma est également mis en oeuvre pour protéger le cadre de vie des animaux.

Une fonction d'«animateur de biodiversité» a été créée. «Notre rôle est de d'éduquer, de sensibiliser les populations sur les méfaits du braconnage et de la destruction de l'environnement», explique Amadou Boré, un animateur.

«Quiconque veut venir ici pour s'attaquer aux défenses de l'éléphant, trouvera sur place nos défenses «spéciales»: des fusils», lance-t-il.