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De la vitesse et du mazout

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Éric Lessard
Cyberpresse

Les derniers 24 heures ont offert une première dépression de type Grand sud aux marins du Vendée Globe : des vitesses de 40 noeuds (75 km/h) toute la nuit, bref la première d'une longue série de gros coups de vent austral qui aura permis aux marins de s'amuser ferme.

L'accalmie était de retour ce matin, mais le vent se relèvera en cours de journée pour d'autres émotions. Du même coup, le groupe de tête passera la longitude du cap de Bonne-Espérance et le Grand sud s'ouvrira dès lors sur l'Océan Indien.Pour le prochain mois, la navigation se fera donc cap à l'est sur cet anneau de mer des 40èmes Rugissants et des 50èmes Hurlants où aucune parcelle de terre ne peut ralentir le vent qui forme les houles les plus puissantes de la planète.

Seul l'oeil moqueur des albatros accompagnera les navigateurs pour les 30 prochains jours (jusqu'au cap Horn) dans la partie la plus virile de l'aventure.

Depuis hier, les échanges pour la position de tête se succèdent sans cesse.

Sébastien Josse (BT) était le meneur jusqu'en fin d'après-midi alors que Yann Éliés (Generali) a pris la baguette afin de diriger l'orchestre durant la nuit pour finalement voir Loïck Peyron (Gitana) prendre la commande du peloton avec maintenant 45 milles d'avance sur ses deux amis.

Avec 40 noeuds de pression sur la toile, les skippers ont manifestement poussé leurs machines à fond dans ce chassé-croisé complètement dingue avec pour accompagnement le son aigu et distinctif généré par les quilles et les safrans vibrant sous la haute vitesse.

Résultat? Une série de records de vitesse instantanée qui résume bien la journée d'hier.

Michel Desjoyeaux (Foncia) 10e, dorénavant à 40 milles de Roland Jourdain (Veolia), a enregistré 30,44 noeuds de vitesse instantanée pour battre le record de vitesse absolue depuis la naissance de Foncia.

L'ami Mich s'est par contre fait deux belles peurs en se retrouvant à faire des plantés de bâtons qui ont stoppé Foncia de manière nette et brusque. Desjoyeaux n'a pas eu le choix d'enlever un peu de charbon dans la chaudière afin de préserver son pur-sang.

Ceci dit, les skippers étant ce qu'ils sont, tel un enfant qui débarque du manège, Desjoyeaux expliquait ce matin :

« Avec de la belle mer, bien rangée, il y a moyen d'aller à 35 noeuds... j'ai hâte. »

Yann Éliés (Generali) était totalement épuisé ce matin.

Il avoue avoir remis à plus tard ses changements de voile vu son épuisement. Il s'est retrouvé sur un plateau marin qui a eu comme résultat, dans 40 à 45 noeuds de vent, de soulever la vague déjà forte (de 7 à 8 mètres) et de la rendre, selon ses mots, « tout à fait énorme ».

La priorité est donc à la récupération et au sommeil pour le petit nouveau du Vendée Globe. Il doit se préparer à reprendre le collier alors que la petite accalmie de ce matin fera place de nouveau à du gros temps et un retour aux vents moyens de 45 noeuds dès le début de l'après-midi.

Jean Le Cam (VM Matériaux), maintenant 6e à 127 milles de Peyron, dit de son côté que de se taper 40 à 45 noeuds de vent dans une nuit très peu lumineuse rend le sport nautique pas mal sportif et du même coup vulgarise très bien le phénomène de partir en surf sur la grande houle du sud!

« J'ai fait des pointes de vitesse à 28 noeuds au GPS, dit-il. Sous pilote bien sûr. Une chance que nous les avons ces pilotes sinon nous aurions peur. C'était vraiment chaud. Tu sais quand la houle te prend par l'arrière et que tu sens le bateau partir complètement dans le vide rendu en bas, c'est fou comme choc et comme sensation. »

Vincent Riou (PRB) soigne ses bobos de marin solitaire.

À la suite de son départ en vrac d'avant-hier, le pied du marin le fait souffrir. Il a contacté son médecin personnel et tente de minimiser ses déplacements sur PRB. Au menu pour les prochains jours : garder le contact dans le groupe de tête et continuer de reposer son pied afin d'accélérer la guérison.

Parions qu'il en a pour quelques semaines puisque naviguer en solitaire sur un 60 pieds avec 50 noeuds de vent dans le Grand sud, ce n'est vraiment pas comme un séjour dans un sanatorium...

Quelques précisions sur les problèmes de gazole dans le cockpit du Canadien Derek Hatfield (Spirit of Canada) qui navigue en 23e position avec 1384 milles de retard sur Peyron.

Je dois faire un mea Culpa et des excuses aux lecteurs : bien que les ennuis de Hatfield soient bel et bien de nature pétrolière, il s'agit plutôt d'un nettoyage complet de Spirit of Canada qui est au programme, suite aux informations complémentaires reçues hier.

Hatfield est passé à pleine vitesse sur une nappe de mazout dérivant et son Spirit of Canada est passé du rouge et blanc au beige et brun.

Le bateau est entièrement recouvert de mazout (intérieur et extérieur) et le Canadien n'avait pas assez de mots pour expliquer sa désolation devant l'irresponsabilité environnementale de certains armateurs qui lors de fuite de fioul de leurs cargos s'assurent de ne pas en souffler mot aux autorités.

La mer est sale et nous en reparlerons sûrement avant la fin de l'odyssée.

Hatfield fonctionne sur un petit budget, soit environ 25% du budget des grandes équipes sur ce Vendée, et il ne bénéficie d'aucune équipe à terre dans son tour du monde.

Le milieu de la voile étant une grande famille, Mike Golding (Ecover) avait donné du nettoyant à Hatfield en cas de problème et le Canadien pourra complètement nettoyer son bateau enduit de pétrole gluant.

« Merci à Mike, je lui en dois une! », dit-il.

Il en doit aussi une à l'équipe technique de Bahreïn Team Pindar de l'Anglais Brian Thompson qui lui avait donné un coup de pouce afin de pouvoir réparer son mât aux Sables d'Olonne à la suite de ses avaries de mât au départ.

Sans cette aide, le Canadien serait hors course depuis longtemps.

Preuve qu'il existe encore de la confrérie dans le sport de haut niveau.

Les positions + retard sur le 1er (milles nautiques)

1- Loïc Peyron-FRA (Gitana Eighty)

2- Sébastien Josse -FRA (BT), 44

3- Yann Eliès-FRA (Generali), 58

4- Armel Le Cléac'h-FRA (Brit Air), 68

5- Jean-Pierre Dick-FRA (Paprec-Virbac), 87

6- Vincent Riou-FRA (PRB), 123

7- Jean Le Cam-FRA (VM Matériaux), 127

8- Mike Golding-GB (Ecover), 128

9- Roland Jourdain-FRA (Veolia Environnement), 128

10- Michel Desjoyeaux-FRA (Foncia), 171

11- Marc Guillemot-FRA (Safran), 191

12- Dominique Wavre-SUI (Temenos), 260

13- Brian Thompson-GB (Team Pindar), 445

14- Samantha Davies-GB (Roxy), 506

15- Bernard Stamm-SUI (Cheminée Poujoulat), 631

16- Dee Caffari-GB (Aviva), 663

17- Arnaud Boissières-FR (Akena Verandas), 695

18- Steve White-GB (Toe in Water), 725

19- Jonny Malbon-GB (Artemis), 793

20- Rich Wilson-USA (Great American), 941

21- Una Basurko-ESP (Pakea Bizkaia), 1339

22- Jean-Baptiste Dejeantly-FRA (Maisonneuve), 1349

23- Derek Hatfield-CAN (Spirit of Canada), 1384

24- Raphaël Dinelli-FRA (Océan Vital), 1528

25- Norbert Sedlacek-AUT (Nauticsport), 1617

26- Jérémie Beyou-FRA (Delta Dore), Abandon

27- Alex Thompson-GB (Hugo Boss), Idem

28- Kito de Pavent-FRA (Groupe Bel), idem

29- Marc Thiercelin-FRA (DCNS), idem

30- Yannick Bestaven-FRA (Aquarelle.com), idem




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