L'Action démocratique du Québec perd son capitaine. Mais Mario Dumont n'a pas été le seul chef de l'ADQ. Il y a 15 ans, c'est Jean Allaire qui avait pris les rênes de la toute nouvelle formation. Aujourd'hui, cet avocat à la retraite continue de prodiguer ses conseils et de participer aux congrès du parti - y compris les congrès des jeunes. Entretien avec un fidèle de la première heure.

Mis à jour le 28 févr. 2009
Isabelle Hachey LA PRESSE

Q- Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, a remis sa lettre de démission cette semaine. Après la dégelée des élections du 8 décembre, où l'ADQ a vu fondre le nombre de ses députés de 41 à 7, son départ était-il inévitable?

 

R- Après une telle raclée, c'était difficile pour lui de rester. Il a tiré des conclusions de façon intelligente. Je pense que ce qui l'a frappé, c'est un sondage indiquant qu'il était moins populaire que le parti lui-même. Ç'a été une goutte d'eau dont il n'avait pas besoin! Le résultat de ces élections a été un jugement sévère sur des députés sans grande expérience qui se sont retrouvés à former l'opposition officielle, une position très inconfortable à l'Assemblée nationale. Ce n'est pas là qu'on gagne ses épaulettes.

Q- Mario Dumont a-t-il une part de responsabilité dans cette débâcle? On l'a dit trop populiste, trop porté sur la «clip». Cela a-t-il fini par jouer contre lui aux yeux de la population?

R- Je ne crois pas que cela lui ait nui auprès de la population. Un moment donné, les médias ont commencé à nous apposer des étiquettes. Celle de la droite, celle du roi de la clip pour Mario. Ils ont commencé à le caricaturer dans ce sens-là, à faire croire aux gens que nos députés étaient des minus. Or, à ma grande surprise, je découvre des gens très qualifiés, bardés de diplômes, mais ils n'ont pas eu l'occasion de se faire valoir.

Q- Mario Dumont et vous avez fondé l'ADQ en 1994, deux ans après avoir claqué la porte du Parti libéral. Rappelez-nous dans quelles circonstances est né le parti?

R- L'ADQ est né des travaux du Groupe Réflexion Québec, que j'avais mis sur pied en 1993 avec Mario Dumont, des jeunes, des professeurs, des responsables d'organisation, des chefs d'entreprise. Ç'a été un laboratoire d'idées. Puis le Groupe Réflexion Québec est devenu le Groupe Action Québec. En mars 1994, on a tenu notre premier congrès, et j'ai été élu chef de l'ADQ. Malheureusement, quelques semaines après, j'ai eu des problèmes cardiaques, et comme je voulais continuer d'être grand-père, j'ai dû arrêter. À partir de là, Mario Dumont a pris la tête de l'ADQ. Il a très bien fait pendant 15 ans. Mais aux élections de 2007, j'ai eu peur. Je me suis dit: «Ayayaye, dans l'opposition avec un tel nombre de députés sans expérience...» J'avais réellement des craintes. Et je pense que Mario Dumont les partageait.

Q- L'ADQ est-elle aujourd'hui à la croisée des chemins?

R- Nous avons reçu une sévère raclée, c'est clair. Mais d'autres partis ont subi des défaites crève-coeurs, et ils se sont réorganisés. Depuis 15 ans, chaque année, on prédit notre disparition. Mais nous ne sommes jamais disparus. Cette fois, nous changeons de chef. C'est évidemment un tournant. Mais nous sommes issus d'un groupe d'idées et il faut revenir à nos sources, justement, en développant de nouvelles idées. Par exemple, les politiciens ne prennent pas leurs responsabilités quant à la propriété et la commercialisation de l'eau potable. À mon avis, c'est une richesse nationale, mais on ne fait rien là-dessus. Maintenant que nous ne sommes plus dans le brouhaha de l'opposition, les membres de l'ADQ doivent remplir à nouveau le réservoir d'idées qui a fait le succès du parti. Et ils trouveront un chef pour répandre ces idées-là.

Q- L'ADQ répond-elle aussi à un besoin au Québec, celui de représenter la droite au sein de notre société?

RLa gauche et la droite, c'est un peu artificiel. Oui, il y a des idées de gauche. Québec solidaire, c'est très à gauche. Je respecte ce parti, et tant mieux si un de ses membres a été élu, parce que ça prend ça. Mais la droite... Moi, je ne me considère pas comme un homme de droite. Dans ma jeunesse, j'étais considéré comme un homme de gauche. Avec l'âge, je suis plus centre, ou centre droit, ou centre gauche à certains moments. L'ancien président socialiste François Mitterrand gouvernait à gauche, mais aussi à droite de temps en temps. Je ne dis pas que ces concepts ne veulent plus rien dire, mais ils sont beaucoup moins significatifs qu'avant.

Q- L'ADQ est pourtant le parti le plus à droite du spectre politique au Québec?

R- Quelques membres sont à droite. Mais c'est une étiquette qu'on nous accole, comme si l'on voulait nous injurier. Pourtant, même si je ne me considère pas à droite, ces gens-là ont le droit d'exister. Toutefois, ce n'est pas ça l'important. Ce que la population veut, c'est éviter que la politique québécoise ne soit qu'un échange bien aimable de pouvoir entre le Parti libéral et le PQ à tous les quatre ou huit ans. Il faut un troisième parti, l'ADQ, qui puisse arbitrer les uns et les autres. N'oubliez pas qu'on a encore 18-20% de soutien. C'est beaucoup. Les gens sont enthousiastes et veulent continuer.

Q- On dit souvent que l'ADQ est le parti d'un seul homme. Mario Dumont a même changé le nom officiel du parti pour ADQ/Équipe Mario Dumont. Avec le recul, était-ce une erreur de sa part?

R- Au moment où cela s'est fait, c'était peut-être une bonne chose. Mais on n'aurait pas dû continuer. On ne peut pas identifier un parti à une personne, c'est un danger. Lorsque la personne s'en va, comme c'est le cas, il faut s'arranger pour compenser par d'autre chose. Et ça, ce sont les idées nouvelles.

Q- L'ADQ se remettra-t-elle du départ de son chef?

R- Oui. L'ADQ est là pour rester. Et si ce n'était pas le cas, ce serait un désastre démocratique. Cela priverait la population d'un choix important.