Normand Provencher LE SOLEIL

Un conte cruel. C’est ainsi que Carole Laure qualifie son troisième long-métrage, La capture, une incursion au cœur des ravages de la violence conjugale.

En entrevue au Soleil, l’ex-muse de Gilles Carle, révélée en 1973 par La mort d’un bûcheron, explique que son indignation face à ce tragique phénomène de société lui imposait d’en faire un film.

«J’étais horrifiée et habitée par toutes ces histoires de violence conjugale dans les journaux. Lorsque j’ai commencé à écrire le scénario, Amnistie internationale en avait d’ailleurs fait le thème de sa campagne.»

La cinéaste s’est plongée dans des rapports de toutes sortes, mais aussi dans la lecture des livres du psychiatre Boris Cyrulnik. «Pour lui, les traumatismes vécus au sein de la famille sont les plus difficiles à surmonter. Qu’un inconnu vous tape dessus sur la rue, c’est une chose, mais que ce soit votre père qui le fasse, c’est très dur à avaler.»

Pour son troisième long métrage, après Les fils de Marie et CQ2 (Seek You Too), Carole Laure a privilégié une «fiction poétique et personnelle». Rose (Catherine de Léan) kidnappera son père violent (Laurent Lucas) et le gardera prisonnier dans un appartement dans le but de comprendre ses actes déments, mais aussi pour l’amener à changer. Sa mère (Pascale Bussières), complètement brisée par des années de violence, sera tenue dans l’ignorance.

«Je fais le portrait d’une femme qui subit, et d’une autre plus sauvage, plus instinctive, explique la réalisatrice. Elle a sa propre violence, Rose, d’avoir vécu tout cela, mais aussi de voir sa mère et son frère pris encore dans ce merdier. Sa rage est un peu l’énergie du film. Au lieu de faire comme au cinéma américain, et de traduire tout cela par des rafales de violence, paf! paf! paf!, elle essaie de lui inculquer la beauté, elle le caresse, lui fait jouer de la musique classique, lui dit de belles choses. Le père ne change pas, c’est Rose qui change à mesure que le film avance.»

L'audace de Pascale Bussières

À la lecture du scénario de La capture, c’est l’audace de Carole Laure qui a poussé Pascale Bussières à accepter le rôle difficile d’une mère complètement détruite par un conjoint violent.

«J’aimais l’idée que la fille kidnappe son père pour régler ses comptes avec son enfance brisée, raconte la comédienne. L’enlèvement est presque de l’ordre du fantasme, décalé par rapport à la réalité. Pour moi, c’est une sorte d’allégorie, une façon de dire qu’il est possible de renverser la vapeur, de rompre avec cet héritage infernal et briser le cycle de la violence.»

Seule cette jeune femme, Rose (Catherine de Léan), une fois dans la vingtaine, trouvera la force de confronter son bourreau. Pas tant par idée de vengeance que pour comprendre.

«Elle lui demande une explication. Elle veut comprendre son mutisme. Car la violence est souvent la conséquence de notre incapacité à dire les choses et à exprimer notre douleur autrement.»

Le personnage incarné par la comédienne se terre plutôt dans le silence, incapable de prendre sa vie en main. «Elle subit une double humiliation, explique-t-elle. D’abord dans sa dignité de femme et d’être humain, ensuite, lorsqu’elle constate que sa fille va probablement s’en sortir mieux qu’elle.»

Rien de mieux qu’une actrice pour en diriger une autre, croit Pascale Bussières. C’est ce qui est arrivé sur le plateau de La capture. «Moi et Carole n’avons pas eu besoin de se dire longtemps les choses. Elle a l’instinct d’une actrice. En même temps, Carole est très sûre de ses choix, elle ne baigne pas dans le doute.»