(Los Angeles) Alors que la bataille fait rage aux États-Unis autour du droit à l’interruption volontaire de grossesse, réalisatrices et actrices sont montées au créneau au festival de Sundance pour alerter sur les graves dangers que les avortements clandestins font courir aux femmes et à la société.

Publié le 25 janvier
Andrew MARSZAL Agence France-Presse

Le long métrage Call Jane et le documentaire The Janes sont tous deux consacrés au collectif créé dans les années 1960 à Chicago pour aider les femmes à trouver des médecins pratiquant des IVG, sévèrement punies à l’époque.

Le film français L’événement, d’Audrey Diwan, qui suit le parcours du combattant d’une jeune femme souhaitant mettre un terme à sa grossesse non désirée dans la France de 1963, a également été présenté au prestigieux festival du film indépendant avant sa sortie aux États-Unis.

« J’ai connu cette époque et, croyez-moi, nous n’avons pas envie de revenir en arrière », a lancé Sigourney Weaver, vedette de Call Jane, vendredi dernier lors de la présentation du film.

« J’espère que nous allons mobiliser la jeune génération qui a toujours eu cette possibilité » d’avorter et « l’a peut-être considérée comme acquise. Il faut remettre l’accent sur les femmes elles-mêmes », a insisté l’actrice.

Le festival de Sundance coïncide cette année avec le 49e anniversaire de la jurisprudence « Roe v. Wade », qui fonde le droit à l’avortement aux États-Unis et dont l’avenir est désormais suspendu à une décision de la Cour suprême.

Ce droit est régulièrement remis en cause par des lois locales adoptées dans certains États américains républicains qui restreignent l’accès à l’IVG.

Les défenseurs des droits des femmes redoutent que la Cour suprême, dominée par des juges conservateurs dont trois ont été nommés par Donald Trump, ne revienne prochainement sur ce cadre légal.

Pour Phyllis Nagy, la réalisatrice de Call Jane, il était « urgent » de « raconter une histoire sur des femmes qui permettent à d’autres femmes de s’émanciper, avec humour et une touche de légèreté ».

« C’est un sujet important […] Ces choses sont extrêmement indispensables pour que notre droit de choisir ne disparaisse pas complètement », estime-t-elle.

« On pensait avoir gagné »

PHOTO FILIPPO MONTEFORTE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

La réalisatrice de L’événement, Audrey Diwan, lors de l’obtention du Lion d’or à la Mostra de Venise en septembre dernier.

Le collectif « Jane » est apparu aux États-Unis à la fin des années 1960, dans la foulée du mouvement pour les droits civiques et contre la guerre du Vietnam. Il est resté actif jusqu’à la légalisation de l’IVG en 1973.

Ses bénévoles, en grande majorité des femmes, organisaient des permanences téléphoniques, mettaient à disposition leurs appartements pour les opérations et utilisaient la voiture familiale pour transporter les femmes enceintes vers le lieu de l’IVG.

Certaines de ces « Janes » ont même fini par apprendre à effectuer elles-mêmes une IVG.

« Ce sont des femmes sans lesquelles je n’aurais jamais eu les libertés dont j’ai pu jouir toute ma vie », souligne l’actrice Elizabeth Banks, l’une des nombreuses vedettes de Call Jane.

Une douzaine de ces militantes sont interviewées dans le documentaire HBO The Janes, présenté lundi à Sundance.

Parmi elles figure Heather Booth, qui a lancé le collectif après avoir dû trouver en catastrophe un médecin pour aider la sœur d’une amie victime de pulsions suicidaires après être tombée enceinte.

« Le simple fait de parler d’avortement était considéré comme une tentative de crime », se souvient-elle.

Lorsque la jurisprudence « Roe v. Wade » a été adoptée, plusieurs militantes des Janes avaient été arrêtées et inculpées.

« On pensait que c’était fini […] On pensait avoir gagné », raconte une autre militante, identifiée seulement comme « Jeanne ».

Tiré du roman autobiographique d’Annie Ernaux, L’événement a été célébré l’an dernier au festival de Venise où il a remporté le Lion d’or.

Le film dépeint non seulement les dangers, légaux et médicaux, des avortements clandestins, mais aussi le rejet, la solitude et parfois la honte des femmes ayant dû passer par cette épreuve.

« Ce que j’attends, ce n’est pas seulement de montrer le film à des gens qui sont d’accord avec moi, mais à ceux qui ne le sont pas et de demander “comment réagissez-vous ? », explique dimanche à l’AFP Audrey Diwan.

« C’est une chose de dire “Je suis contre l’avortement”, mais acceptez-vous qu’un être humain doive passer par un tel parcours ? ».

Dans la France des années 1960, « si vous aidiez quelqu’un à avorter, vous pouviez finir en prison », rappelle la réalisatrice. « Je le souligne parce que je sais que malheureusement, c’est encore le cas aujourd’hui dans d’autres pays ».