(Venise) Pendant que la Mostra n’en avait que pour Dune, le cinéaste chilien Pablo Larraín a proposé sa vision de l’histoire tragique de la princesse Diana, où il a offert à Kristen Stewart l’occasion d’une réelle composition. Le film est irrévérencieux, à mille lieues de ce que nous avons pu voir dans la série The Crown.

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Nous sommes prévenus avant même l’arrivée du générique. Spencer, en lice pour le Lion d’or, est une « fable inspirée d’une vraie tragédie ». Si le cadre dans lequel se déroule le long métrage a réellement existé, tout ce que Pablo Larraín a voulu y inclure relève néanmoins de l’imagination. Il fallait sans doute aller dans ces zones imaginaires pour traduire le profond mal-être d’une femme en quête d’authenticité, complètement coincée dans un système où, lui dit même la reine à un moment donné, elle n’est qu’une « devise ».

« J’ai voulu faire un film que ma mère pourrait enfin aimer. J’en ai fait tellement qui ne lui ont pas plu ! a déclaré le cinéaste, à qui l’on doit notamment No, Neruda et Jackie. Diana était évidemment une femme très belle, dans tous ses aspects, mais j’ai voulu savoir comment une femme issue d’un milieu aussi privilégié, liée à la monarchie et à l’aristocratie, pouvait être quelqu’un d’aussi normal. »

Un regard d’entomologiste

On attendra l’avis de la mère du cinéaste, mais il n’est pas dit que la vision étrange et irrévérencieuse qu’il propose fera l’unanimité. En cela, Spencer se démarque totalement de la série The Crown. Un peu comme si Larraín empruntait le regard d’un entomologiste qui tombe sur une espèce vraiment bizarre. Et qui souhaite l’étudier en profondeur.

Plus j’en apprenais sur Diana, plus le mystère s’épaississait. Ce mystère, allié à son magnétisme, constituait un axe parfait pour un film.

Pablo Larraín

Quand, en cette année 1991, Diana se rend à Sandringham House, dans le Norfolk, seule au volant de sa voiture, elle se perd en cours de route, au point de se rendre dans un café pour demander son chemin à des clients médusés. Pendant ce temps, le cinéaste montre aussi comment les employés de service préparent la maison pour les célébrations de Noël. Pendant un bon moment, Diana, toujours en retard pour tout, se retrouve d’ailleurs complètement isolée. Il nous faudra patienter avant de voir, brièvement, les autres membres de la famille royale. Qui l’attendent.

PHOTO JOEL C RYAN, ASSOCIATED PRESS

Pablo Larraín et Kristen Stewart ont posé pour les photographes avant de se prêter à l’exercice de la conférence de presse. Spencer est en lice pour le Lion d’or de la 78e Mostra de Venise.

Portant à l’écran un scénario de Steven Knight (Burnt, Allied), Pablo Larraín fait écho au profond désarroi de la jeune femme en faisant de Sandringham House un endroit lugubre au possible, dirigé par un majordome (Timothy Spall) dont on ne sait trop quel rôle il joue vraiment. Le fameux dîner de Noël, où toute la famille royale est enfin réunie, y compris Diana, se déroule ainsi dans une ambiance des plus sinistres, personne n’osant prendre la parole. On préfère jeter des regards inquisiteurs sur celle dont Charles divorcera bientôt. Et Diana commence aussi à comparer son destin à celui d’Anne Boleyn – elle en a même des visions –, dont Henri VIII, à qui elle était mariée, a ordonné la décapitation.

À la recherche d’authenticité

Spencer n’est pas un drame biographique classique ; il offre à Kristen Stewart l’occasion de proposer une réelle composition. L’actrice se tire d’ailleurs assez bien d’affaire dans un rôle où l’on sent quand même parfois un peu trop le travail fait sur la voix, le rythme du phrasé, l’accent, la posture. Cela dit, l’actrice a su évoquer le désarroi intérieur d’une femme qui, pourtant, savait tellement bien comment être empathique.

À cette époque, Diana se sentait complètement isolée. Elle cherchait désespérément à trouver de l’authenticité dans un environnement où toute l’énergie était mise sur autre chose. Diana ne pouvait rien cacher. Le cœur de cette femme était ouvert.

Kristen Stewart

On a souvent dit de Lady Di qu’elle était l’une des femmes les plus photographiées du monde et, même si sa situation n’est bien sûr pas la même, Kristen Stewart a certainement pu s’identifier à cet aspect, elle dont les faits et gestes ont été scrutés à la loupe par les médias à l’époque de Twilight.

« Tu sais que les rumeurs qui circulent sont complètement fausses, mais tu ne peux rien faire pour rectifier le tir, a-t-elle déclaré. On peut alors facilement se sentir coincé. Ce film ne donne aucune nouvelle information et ne prétend pas connaître quoi que ce soit. Il imagine plutôt un sentiment, sans aucune intention malicieuse. »

Distribué par la société Entract Films au Québec, Spencer prendra l’affiche en salle le 5 novembre.