Nomadland et The Crown sont sortis grands vainqueurs du premier grand gala de l’année, lequel célèbre les artisans à la fois du cinéma et de la télévision. Borat Subsequent Moviefilm et la série canadienne Schitt’s Creek se sont aussi distingués dans les catégories consacrées aux comédies et aux films musicaux.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Tina Fey était installée au Rainbow Room à New York. Amy Poehler a coanimé la soirée depuis la grande salle de bal du Beverly Hilton Hotel à Los Angeles, lieu habituel de la tenue de la cérémonie des Golden Globes. Des places distanciées ont été offertes à des travailleurs essentiels du réseau de la santé plutôt qu’aux vedettes, restées chez elles. Dans ces circonstances très particulières, marquées par quelques moments un peu flottants, le gala s’est quand même déroulé plutôt rondement, avec, plusieurs l’ont rappelé, cette conscience des évènements historiques ayant marqué la dernière année.

Du côté cinéma, Nomadland a reçu le Golden Globe du meilleur film dramatique, et Chloé Zhao a obtenu celui de la meilleure réalisation, dans une catégorie où l’on comptait trois réalisatrices, une première.

« J’aime ce métier parce qu’il me donne la chance d’apprendre des autres et d’apprendre aussi la compassion des uns envers les autres », a-t-elle déclaré.

Évoquant un certain mode de vie, né de la nécessité de survie dans un monde axé sur la performance, le récit de Nomadland fait écho à une conception mythique de l’Amérique, sans toutefois verser dans une vision idyllique. Ce film, déjà lauréat du Lion d’or à la Mostra de Venise l’an dernier, prendra l’affiche au Québec le 9 avril.

Sans grande surprise, le Golden Globe du meilleur film dans la catégorie comédie et film musical est allé à Borat Subsequent Moviefilm, un film tourné clandestinement pendant la pandémie. Sacha Baron Cohen a aussi été sacré meilleur acteur. « Mais Donald Trump conteste l’élection et affirme que plusieurs morts ont voté, ce qui est très impoli envers les membres de la HFPA ! », a-t-il lancé après avoir remercié la « covedette » Rudy Giuliani, « un génie de comédie ! ».

Andra Day s’est distinguée dans une catégorie très relevée, celle de la meilleure actrice dans un film dramatique. Son extraordinaire performance dans The United States vs. Billie Holiday lui a valu l’honneur. Très émue, la chanteuse, qui en est à son premier rôle principal au cinéma, a évidemment évoqué l’esprit de la célèbre interprète de Strange Fruit.

PHOTO FOURNIE PAR NBC, ASSOCIATED PRESS

Renée Zellweger a remis le Golden Globe du meilleur acteur à titre posthume à Chadwick Boseman.

Autre moment émouvant : ce Golden Globe du meilleur acteur, remis à titre posthume à Chadwick Boseman. Dans Ma Rainey’s Black Bottom, l’acteur s’est jeté à corps perdu dans la colère d’un musicien talentueux, dont les ambitions étaient mises à mal dans une société encore ségrégationniste. Dans ce tout dernier rôle, l’acteur a livré l’une des performances les plus puissantes de sa trop courte carrière. Son épouse a accepté le prix en son nom.

Daniel Kaluuya a obtenu le Golden Globe du meilleur acteur de soutien grâce à sa performance dans Judas and the Black Messiah. Dans cet excellent film de Shaka King, l’acteur se glisse dans la peau de Fred Hampton, le leader du mouvement Black Panther dans l’Illinois, brutalement assassiné en 1969 lors d’un assaut mené par le FBI et les forces policières de Chicago.

« J’ai tout donné, a déclaré l’acteur. Il faut un village pour faire un film. J’espère qu’on ne retiendra pas seulement la façon dont il [Fred Hampton] est mort, mais aussi ce qu’il a accompli dans sa vie. »

Le Golden Globe de la meilleure actrice de soutien a été attribué à Jodie Foster pour sa performance dans The Mauritanian. Visiblement très surprise, l’actrice a tenu à remercier Mohamedou Ould Slahi, ce prisonnier de Guantánamo dont l’histoire est relatée dans le film de Kevin Macdonald.

PHOTO FOURNIE PAR NBC, REUTERS

Rosemund Pike a mis la main sur le Golden Globe de la meilleure actrice dans une comédie ou un film musical grâce à sa composition dans I Care a Lot.

Dans une catégorie où la révélation de Borat Subsequent Moviefilm, Maria Bakalova, était donnée favorite, Rosemund Pike a mis la main sur le Golden Globe de la meilleure actrice dans une comédie ou un film musical grâce à sa composition dans I Care a Lot, un film de J Blakeson.

The Trial of the Chicago 7 a valu à Aaron Sorkin le Golden Globe du meilleur scénario, et Minari, un film américain tourné principalement en coréen, a obtenu le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère.

Soul, une production du studio Pixar, a été sacré meilleur long métrage d’animation et a aussi été récompensé dans la catégorie de la meilleure trame musicale (signée Trent Reznor, Atticus Ross et Jon Batiste). The Life Ahead, adaptation italienne de La vie devant soi, s’est de son côté inscrit au palmarès grâce à la chanson Io sì (Seen).

The Crown devant tous les autres

La série The Crown, qui en est à sa quatrième saison, a reçu quatre trophées : meilleure série dramatique, meilleure actrice (Emma Corrin), meilleur acteur (Josh O’Connor) et meilleure actrice de soutien (Gillian Anderson). Schitt’s Creek, qui a triomphé à la soirée des Emmy Awards l’an dernier, a aussi été célébré par les membres de la presse étrangère installée à Hollywood. En plus du prix d’interprétation attribué à Catherine O’Hara, la série canadienne, créée par Dan Levy et Eugene Levy, a obtenu le Golden Globe de la meilleure série dans la catégorie consacrée aux comédies et aux productions musicales.

Le Golden Globe du meilleur acteur dans une minisérie a été décerné à Mark Ruffalo, grâce à sa performance dans I Know This Much Is True. Jason Sudeikis, vedette de Ted Lasso, a été désigné meilleur acteur dans une série comique ; John Boyega, meilleur acteur de soutien grâce à la série Small Axe ; et Anya Taylor-Joy (The Queen’s Gambit), meilleure actrice dans une série limitée. The Queen’s Gambit a aussi été sacrée meilleure série limitée.

Un avant-goût des Oscars ?

On dit souvent qu’en amorçant la saison des galas, la cérémonie des Golden Globes annonce la couleur de la prochaine soirée des Oscars. Cela peut parfois être vrai, surtout pour les catégories d’interprétation. L’an dernier, quatre des six actrices et acteurs primés ont aussi ajouté une statuette dorée à leur collection quelques semaines plus tard. Mais il faudra quand même attendre le verdict des différentes associations professionnelles (Screen Actors Guild Awards, Directors Guild Awards, Writers Guild Award, etc.) avant de pouvoir se faire une idée plus franche. D’autant qu’en cette année très particulière, la course s’annonce beaucoup plus ouverte.

Il convient aussi de rappeler que les sélections de la Hollywood Foreign Press Association (HFPA), qui chapeaute la soirée des Golden Globes, sont attribuées sur un mode différent. Les catégories d’interprétation dans un premier rôle tout autant que celle du meilleur film sont doublées (films dramatiques d’un côté, les comédies et films musicaux de l’autre). Aussi, un film tourné dans une autre langue que l’anglais peut seulement être cité dans la catégorie réservée aux films de langue étrangère et devient non éligible pour le Golden Globe du meilleur film. Aux Oscars, Minari ne peut concourir dans la catégorie du meilleur film international, car aucun film américain n’y est admis, mais pourrait très bien venir brouiller les cartes dans toutes les autres catégories, comme l’a fait Parasite, de Bong Joon-ho, l’an dernier.

Cela dit, l’annonce des finalistes aux Oscars aura lieu seulement le 15 mars. Les membres de l’Académie ont encore le temps de porter une plus grande attention aux productions que la HFPA a inscrites à son tableau d’honneur. En seront-ils inspirés ? Réponse dans deux semaines.