L'automobile ne passionne pas tout le monde. Mais seulement quelques constructeurs le reconnaissent implicitement. Ceux-là ont créé une gamme, voire une marque «à bas prix» ou «bon marché», selon la perception que l'on en a.

Éric Lefrançois LA PRESSE

La conception que l'on s'en fait importe peu aux constructeurs. L'important est qu'il y ait un profit à tirer. Et profit il y a, sans quoi des marques comme Dacia, Datsun (maintenant la «sous-marque» de Nissan) et prochainement - qui sait? - Seat et Citroën n'existeraient pas ou plus.

Ces produits «low cost» comme on se plaît à les appeler, connaissent beaucoup de succès; et pas seulement auprès des premiers acheteurs à qui on les destinait au départ. Des consommateurs plus pragmatiques, pensent certains. Plus désintéressés, présument d'autres. Qu'importe: tous se disent séduits par ces véhicules à la technologie surannée, mais financièrement abordable.

Doit-on en conclure que l'ère de l'auto toujours plus chic, plus «branchée» et plus raffinée tire - déjà - à sa fin? Pourtant, le prix des autos n'a pas augmenté autant que celui d'autres biens de consommation. D'ailleurs, à caractéristiques techniques comparables, le prix de détail aurait même baissé.

D'autres intérêts

Sans que l'on s'en rende vraiment compte, il s'est produit une sorte de fracture entre les consommateurs et l'automobile. Dans leur communication marketing, les marques s'adressent à de «jeunes adultes urbains, instruits et branchés» (la Paceman essayée en page 13 en témoigne), mais, en réalité, plus d'un acheteur sur deux sera âgé de plus de 40 ans.

À mesure que l'on monte en gamme et en équipement, l'âge moyen du client augmente inévitablement. Mais cette clientèle dite «mature» change. Elle y songe à deux fois avant d'engloutir ses économies dans ce modèle de luxe et bardé de toutes les options disponibles. En fait, elle préfère souvent réduire ce poste de dépenses, pour s'offrir quelque chose d'autre. Ce que font les jeunes d'ailleurs.

En fait, jeunes et moins jeunes s'entendent sur ce point. Tous préfèrent équiper leur salle de séjour du téléviseur le plus sophistiqué qui soit ou acquérir du matériel informatique dernier cri plutôt que de se précipiter sur la dernière nouveauté exposée chez les concessionnaires... Même si elle est équipée de la mécanique le plus écologique qui soit ou des dispositifs de sécurité les plus avancés.

Cette tendance s'observe un peu partout dans le monde et a donné naissance à une catégorie d'automobiles à bas prix. Un phénomène que l'on n'observe pas encore au Canada ni aux États-Unis. Pourquoi donc? Ne serions-nous pas intéressés, nous aussi à revoir notre budget auto à la baisse? Dans ce cas, devrions-nous souhaiter que les constructeurs maintiennent certains modèles sur le marché plus longtemps pour les offrir à de meilleurs prix encore? En êtes-vous vraiment certain? Alors que diriez-vous de revoir la Chevrolet Cobalt chez les concessionnaires? L'idée n'est pas emballante, c'est vrai, mais si ce modèle était aujourd'hui offert à l'état neuf pour moins de 10 000 $? N'y songeriez-vous pas deux fois avant de dire «non, merci» ? Je connais personnellement des familles contraintes à s'approvisionner sur le marché de l'occasion qui ne refuseraient pas pareille offre. Mais vous?