C'est à deux roues que le Québec pourrait faire sa marque dans le milieu des véhicules électriques.

Publié le 22 févr. 2013
Pierre-Marc Durivage LA PRESSE

La Lito Sora, une moto à la mine patibulaire de style bobber, en est à ses derniers kilomètres d'essais, quelque part sur les routes poussiéreuses du Texas. Mais c'est à Longueuil qu'elle a été conçue et fabriquée, par une équipe entièrement québécoise.

«J'ai d'abord pensé lancer une entreprise de voitures électriques, mais ça s'est révélé beaucoup trop complexe en frais et en tests de toutes sortes, a indiqué Jean-Pierre Legris, fondateur de Lito Green Motion. J'ai donc eu l'idée de créer une moto électrique, surtout qu'il n'y avait rien de tel sur le marché au moment où l'on a commencé à travailler là-dessus, à la fin de 2008.»

Les sociétés américaines Brammo et Zero commençaient alors la conception de leurs propres produits, des motos légères destinées au grand public. Lito vise plus haut. «Nous avons choisi le haut de gamme parce que les véhicules électriques séduisent pour l'instant une clientèle à l'affût des dernières tendances et qui est prête à payer pour ne pas faire de compromis sur la performance. On se voit un peu comme la Tesla des motos», a précisé M. Legris.

À 43 000$ la moto, on est conscient chez Lito de s'adresser à une clientèle aisée. Selon M. Legris, les caractéristiques techniques de la Sora justifient ce prix, surtout quand on les compare à ce qui a été offert jusqu'à ce jour sur le marché de la moto électrique. La Sora peut atteindre une vitesse maximale de 175 km/h, alors que son autonomie est de 300 km à une vitesse urbaine moyenne de 45-50 km/h. Elle file de 0 à 100 km/h en 4,5 secondes.

Son ensemble de piles lithium-ion-polymère de 12 kWh est rechargé en 8 à 10 heures sur une prise standard de 110V; à l'aide d'un chargeur rapide, le temps de recharge peut s'effectuer en moins de deux heures.

Caractéristiques inédites

La plus proche concurrente de la Sora, la Brammo Empulse, affiche pour le tiers du prix des performances similaires, mais son autonomie est réduite de moitié, ce qui la confine à la ville et sa banlieue. Il faut donc plus qu'une autonomie prolongée pour accepter de débourser autant d'argent et c'est pourquoi Lito a mis le paquet en investissant plus d'un million en recherche et développement. L'entreprise de Longueuil a notamment obtenu la collaboration du designer Martin Aubé et de chercheurs de l'Institut du Transport avancé du Québec, du Centre d'innovation en microélectronique du Québec, d'Alcoa Innovation et de l'École des hautes études commerciales.

La Sora - le mot veut dire «ciel» en japonais - offre ainsi de nombreuses caractéristiques inédites. Le pilote a le choix de trois modes de conduite: le mode performance, qui offre un maximum de puissance et de couple à la poignée droite, le mode promenade, qui limite les accélérations intempestives, et le «Safe range system», qui calcule automatiquement l'énergie nécessaire pour se rendre à la destination programmée par le conducteur dans le GPS de l'ordinateur de bord. Ainsi, plus le point d'arrivée est éloigné, plus la puissance sera limitée puisque le mandat de l'ordinateur sera d'éviter à tout prix la panne sèche. Quitte à rouler à 20 km/h s'il le faut... Ce rassurant dispositif, sur le point d'être breveté, pourrait d'ailleurs être vendu à d'autres constructeurs de véhicules électriques.

Autre innovation intéressante, un siège électrique qui permet de changer la position de conduite du pilote, même si la moto est en marche. Le motocycliste peut donc avoir le choix d'une multitude de positions, de la selle basse propre aux motos custom à la position relevée des motos sportives.

La Sora retient les services d'une boîte à variation continue, ce qui lui permet d'offrir de bonnes accélérations sans compromettre la vitesse de pointe, de même qu'un système de freinage régénératif et un ordinateur de bord à écran tactile.

Est-ce que tout ça est suffisant pour assurer le succès de la Sora? Manifestement, oui: «Notre clientèle est confirmée. La demande est incroyable, on a reçu plus de 800 demandes d'essais, plus de 80 demandes de distribution de quelque 50 pays, a assuré M. Legris. Nous avons donc franchi l'étape des études de marché, la réception est unanimement positive.»

Lito vise au départ une production de petite série de 50 à 100 véhicules par année. «Si tout va bien, on aimerait passer à 500 véhicules en 2013 et nous nous ajusterons à la demande par la suite», a dit M. Legris, lucide. Les premières livraisons se feront à la fin de l'année, d'abord en Europe et aux États-Unis et peu de temps après au Canada.