Pour voir 100 000 véhicules branchables sur les routes du Québec d'ici 2020, il faudra non seulement imposer aux constructeurs une loi zéro émission, mais également promulguer et maintenir des mesures fortes.

Publié le 11 févr. 2016
Sébastien Templier LA PRESSE

Étendre le réseau de recharge

Le Québec est l'un des territoires en Amérique du Nord où le réseau de bornes de recharge est le plus dense et le plus développé. Avec quatre fournisseurs principaux (Le Circuit électrique, RéseauVER, Sun Country Highway et Tesla), la concurrence est même un peu rude. Néanmoins, les efforts vont devoir se poursuivre en ce qui a trait aux bornes de recharge rapide (400 V). Il faudra parvenir à terme à un juste équilibre, sachant que 90 % du temps, les utilisateurs rechargeront leur véhicule à la maison et au travail.

Maintenir les subventions

Les futurs propriétaires d'un véhicule branchable peuvent bénéficier d'une subvention gouvernementale à l'achat qui grimpe jusqu'à 8000 $ pour une voiture tout électrique. Le programme Roulez électrique, qui rembourse aussi l'achat et l'installation de bornes à domicile, est en vigueur jusqu'au 31 décembre 2020 ou jusqu'à épuisement des fonds disponibles. Mais après ? Faudra-t-il encore subventionner ? Depuis 2012, 65 millions en aide financière ont déjà été versés en date du 31 décembre 2015. Il reste 93 millions pour les cinq prochaines années. Suffisant pour encourager ces achats d'ici cette échéance ? Aux prix des véhicules actuels, ce genre d'incitation est très attirant.

Libre accès à la voirie

Comme en Norvège, Sylvain Castonguay réclame que les stationnements soient gratuits en tout temps pour les véhicules branchables et qu'il y ait plus de voies réservées pour ceux-ci. Afin de faciliter les déplacements de ceux-ci, justifie l'ancien directeur technique du Centre national du transport avancé. C'est néanmoins une mesure gouvernementale plus mineure, qui aurait moins ou peu d'impact sur la décision d'achat.

Hausser les taxes sur les carburants

C'est une idée qui revient de temps à autre chez les tenants de l'électricité : hausser la taxation sur les carburants. Réalisable ? À bien y regarder, il n'y a pas tant de marge de manoeuvre que cela. Une seule taxe pourrait être augmentée au Québec, la taxe sur les carburants de 19,2 cents le litre. La taxe sur l'essence de 3 cents le litre appliquée dans le Grand Montréal ne concerne justement que Montréal et sert à financer les transports en commun. À l'échelle du Canada, la taxe d'accise de 10 cents le litre sur l'essence pourrait être augmentée, mais cette décision relève d'Ottawa. Enfin, on doute que les gouvernements fédéral et provincial fassent varier les TPS et TVQ selon les genres de véhicule...

Un accès plus facile

C'est un reproche récurrent qui concerne les constructeurs automobiles : la trop grande rareté parfois des exemplaires de véhicules électriques et la trop grande attente avant qu'ils soient livrés. Les constructeurs doivent produire plus, distribuer plus, mais à condition que la demande soit plus forte. Mais pour qu'elle soit plus forte, ils doivent la stimuler. C'est un peu le chien qui se mord la queue. Une loi zéro émission peut sans doute donner l'impulsion.

Une plus grande communication

Autre remarque qui s'adresse aux constructeurs et à leurs représentants : plusieurs consommateurs ont l'impression que les concessionnaires ne font rien pour convaincre l'acheteur potentiel. Il faut dire que des constructeurs ne font rien pour promouvoir le si peu de modèles branchables qu'ils ont. Les marges étant faibles, voire inexistantes. Président de l'Association des véhicules électriques du Québec, Simon-Pierre Rioux estime que « le vendeur passerait moins de temps à convaincre le client » s'il était mieux formé, plus expérimenté et plus motivé.

Le tout électrique rattrape l'hybride branchable*

De 2014 à 2015

61,4 % à 54,3 %

Évolution des parts de véhicules hybrides branchables

38,6 % à 45,7 %

Évolution des parts de véhicules tout électriques

+ 41 %

Augmentation des immatriculations d'hybrides branchables 

+ 89 %

Augmentation des immatriculations des tout électriques 

3821

Nombre de véhicules tout électriques sur un total de 8367 véhicules branchables au Québec

*Selon le nombre d'immatriculations au Québec au 31 décembre 2014 et au 31 décembre 2015

Sources: SAAQ et AVEQ

GÉNÉREUSE NORVÈGE

Avec un véhicule électrique pour 33 habitants, la Norvège est le pays qui a le plus rapidement adopté cette propulsion verte. Sans imposer une loi zéro émission, mais à coups d'exemptions de taxes et d'avantages pratiques. Une méthode pas forcément exportable.

C'est le constat qu'avait fait il y a un an et demi, à la Conférence de Montréal, un analyste automobile. « Aux États-Unis, compte tenu de la taille du pays, des incitatifs aussi importants que ceux offerts en Norvège ne sont pas envisageables », avait dit Russell Hensley, de McKinsey & Company.

Si la Norvège compte plus de 150 000 voitures électriques sur ses routes à ce jour, c'est parce que leurs propriétaires peuvent se stationner gratuitement en ville, recharger leur auto sans rien payer, circuler en tout temps dans les voies réservées aux bus et emprunter gratuitement les traversiers. Entre autres.

Entre autres, car les avantages fiscaux sont bien plus intéressants pour les automobilistes, mais plus onéreux pour le gouvernement. Exempté de péages autoroutiers, l'automobiliste norvégien branché est aussi exempté de tous frais annuels d'immatriculation. Mais la mesure la plus forte et la plus efficace concerne la voiture elle-même. En Norvège, les voitures électriques sont exemptées de toute taxe lors de leur achat, taxe qui s'élève normalement à 25 % (une des plus lourdes en Europe).

PHOTO ARCHIVES AFP

Vice-président de la Coalition zéro émission Québec, Mario Langlois considère lui aussi que de telles mesures ne sont pas applicables partout. « Pour un gouvernement, c'est coûteux, économiquement et politiquement. Une loi zéro émission l'est beaucoup moins et a un impact indirect sur les vendeurs. »

Un gouvernement ne peut se passer éternellement de recettes fiscales liées à l'automobile, sans compter qu'il doit composer avec la grogne des autres usagers de la route. Alors qu'elle annulera l'exemption des droits d'immatriculation d'ici 2020, la Norvège s'apprêterait à revoir l'exemption de taxes à l'achat.