Au lendemain de la conclusion des 76es Régates de Valleyfield, on jette un coup d'oeil aux machines qui font le spectacle chaque année devant des dizaines de milliers de spectateurs dans la baie Saint-François. Le pilotage de ces engins capables de filer sur l'eau à plus de 250 km/h a déjà été comparé par l'ancien pilote de Formule 1 Niki Lauda à celui d'une «F1 dans un champ fraîchement labouré». Ça nous donne une idée.

Pierre-Marc Durivage LA PRESSE

L'aérodynamisme d'un hydroplane est bien plus proche de celui d'un avion que de celui d'une voiture de course. En fait, le design de l'embarcation est fait pour qu'elle vole au-dessus de l'eau, de façon à ce que seule l'hélice du moteur soit en contact avec l'eau. À vive allure, l'air s'engouffre dans le tunnel formé par les deux pontons du catamaran, ce qui soulève le bateau, réduisant la friction avec les vagues.

Aussi technique que cela puisse paraître, construire un bon hydroplane relève moins de la science que de l'expérience. Claude Bergeron a été pilote pendant plus de 20 ans et il conçoit encore aujourd'hui des hydroplanes figurant dans plusieurs catégories nord-américaines. «Ça ne fonctionne pas nécessairement au premier coup de crayon, assure celui qui est propriétaire d'un atelier de réparation de bateaux à Valleyfield. Avec mon collaborateur Paul Pigeon, on fait des modifications, on expérimente, bien souvent en fonction des commentaires des pilotes. On contrôle, par exemple, le débit d'air qui passe sous le bateau en modifiant la forme des ailerons avant contrôlés par les pilotes, mais ça reste difficile car la turbulence à la surface de l'eau est très importante.»

L'efficacité sur le circuit passe aussi par le choix de la bonne hélice en fonction des conditions de vagues, mais c'est aussi le rôle du pilote de bien interpréter les conditions, qui sont constamment changeantes.

«On peut courser sans risque et coller le bateau à la surface, mais pour aller plus vite, il faut savoir planer au-dessus de l'eau, explique Marc Théoret, pilote Grand Prix et fils du légendaire Robert Théoret, cinq fois champion mondial de la discipline. Mon père m'a appris à écouter ce qu'il appelle notre sixième sens, qui permet de sentir le bateau quand il est juste assez «light», et qui nous avertit quand on va trop loin.» Car, comme l'indique Claude Bergeron, un courant d'air imprévu peut soulever l'embarcation d'un seul coup.

Comme un hydroplane n'a pas de freins, faire tourner l'embarcation exige du pilote beaucoup de force en raison de la force G encaissée dans les virages - dans la catégorie F1, les pilotes peuvent virer autour d'une bouée à 160 km/h, ce qui se traduit par une pression latérale de 4,5 G; c'est davantage qu'en Formule 1 «terrestre».

Piloter un hydroplane serait-il ainsi plus difficile que d'autres sports motorisés? «C'est différent, analyse Marc Théoret, trois fois vice-champion canadien au cours des quatre dernières saisons. Mais j'ai déjà piloté en karting, et je n'ai jamais eu la frousse d'échapper mon véhicule. En bateau, on a toujours peur de rester coincés sous l'eau.»

Habitacles solides



Les hydroplanes sont néanmoins sécuritaires. Leur structure est généralement faite de bois, de carbone, de kevlar, de fibre de verre et de résine époxy. L'habitacle fermé est renforcé d'une cage de sécurité en acier laminé, protégeant le pilote en cas d'accident. Ce dernier porte un gilet de sauvetage, une ceinture de sécurité en six points et un casque auquel est rattaché un masque à oxygène. Dans les catégories de pointe, un coussin gonflable se déploie en cas de collision pour garantir une meilleure flottaison de l'embarcation.

Malgré la popularité des Régates de Valleyfield, la course d'hydroplanes demeure une discipline de niche, et la fabrication des embarcations est essentiellement artisanale, si bien que Claude Bergeron songe à bientôt cesser ses activités. «C'est d'abord et avant tout une passion, on ne fait pas ça pour l'argent», affirme celui qui ne fabrique jamais bien plus qu'un hydroplane par année.

Mais comme Claude Bergeron a déjà commencé à vendre certains de ses moules il y a quelques années, il ne partira pas sans avoir laissé ses connaissances en héritage.

1,5 L Stock

Catégorie d'introduction, très agile, on y trouve plusieurs très jeunes pilotes.

> Type d'embarcation: hydroplane

> Longueur: minimum 4,11 m, maximum 5,54 m

> Largeur: 2,84 m

> Poids: 374 kg (sans le pilote)

> Moteur: quatre cylindres Toyota 1587 cc

> Vitesse maximale: 152 km/h

Photo fournie par les Régates de Valleyfield

Bolide de la classe 1,5 L Stock 

2,5 L Stock

Catégorie de transition qui utilise les mêmes coques qu'en 1,5 L.

> Type d'embarcation: hydroplane

> Longueur: minimum 4,11 m, maximum 5,54 m

> Largeur: 2,84 m

> Poids: 466 kg (sans le pilote)

> Moteur: quatre-cylindres Ford 2300 cc

> Vitesse maximale: 160 km/h

Photo fournie par les Régates de Valleyfield

Embarcation de la catégorie 2,5 L Stock

Hydro 350

Catégorie intermédiaire, très compétitive car il est encore possible d'y jouer des coudes.

> Type d'embarcation: hydroplane

> Longueur: minimum 4,88 m, maximum 6,22 m

> Largeur: 3,12 m

> Poids: 692 kg (sans le pilote)

> Moteur: Chevrolet V8, 358 po3

> Puissance: 390 chevaux

> Vitesse maximale: 220 km/h

Photo fournie par les Régates de Valleyfield

Embarcation de la catégorie Hydro 350 

Formule 1

Puissants et incroyablement légers, ces bateaux à moteur hors-bord sont le nec plus ultra en sports motorisés nautiques. Ils peuvent manoeuvrer sans peine autour des bouées et atteignent néanmoins des vitesses rivalisant avec les machines de GP.

> Type d'embarcation: hydroplane hors-bord

> Longueur: minimum 7,32 m, maximum 7,92 m

> Largeur: 3,81 m

> Poids: 390 kg

> Moteur: Mercury Marine V6 deux-temps 2,5 L

> Puissance: 425 chevaux (290 ch à l'hélice)

> Vitesse maximale: 240 km/h

> Accélération 0-100 km/h: 2 s

Photo fournie par les Régates de Valleyfield

Embarcation de la catégorie Formule 1 

Grand Prix

Catégorie reine à Valleyfield, ces machines commandent le respect et sont réservées aux pilotes expérimentés car ici, les erreurs de jugement ne pardonnent pas.

> Type d'embarcation: hydroplane

> Longueur: minimum 7,32 m, maximum 7,92 m

> Largeur: 3,81 m

> Poids: 1293 kg

> Moteur: Chevrolet V8468 po3 avec compresseur volumétrique

> Carburant: méthanol

> Puissance: 1400 chevaux

> Vitesse maximale: 280 km/h

Photo fournie par les Régates de Valleyfield

Embarcation de la catégorie Grand Prix