L'idée n'est pas nouvelle. Des athlètes qui prennent la pose dans un calendrier sexy pour mousser la popularité de leur sport et récolter des sous au passage. Est-ce une raison pour ne pas en parler? Pas quand ça permet de découvrir des filles dynamiques qui dominent leur discipline!

Pierre-Marc Durivage LA PRESSE

Difficile de rester de glace devant le calendrier Ladies Class. Les filles sont belles, les photos léchées, les poses étudiées. Toutefois, contrairement aux calendriers classiques qui ornent les murs de garages, ateliers et autres repaires traditionnellement masculins, les motos ici ne sont pas des accessoires de pose, pas plus que les filles ne jouent le rôle de faire-valoir pour une nouvelle bécane. Les mannequins de Ladies Class sont en fait de véritables pilotes et les motos sont celles-là mêmes qu'elles enfourchent tous les week-ends sur les sentiers et circuits du Québec.

«L'idée m'est venue des autres calendriers d'athlètes, avoue Karine Geoffrion, jeune femme d'affaires de 24 ans qui est aussi pilote en enduro-cross depuis 10 ans. Ça existait déjà, mais aucun ne s'était consacré uniquement aux filles qui font du deux roues. Je voulais ainsi donner toute la place à l'enduro et au motocross.» En effet, Mme Geoffrion a déjà participé au calendrier MX Girls, qui fait aussi place aux filles qui roulent en VTT. La prochaine édition du calendrier MX Girls devrait être disponible plus tard en avril.

«Surtout, je ne voulais pas de potiches qui sont dans le calendrier simplement parce qu'elles sont jolies, enchaîne Karine Geoffrion. Je veux entretenir l'image de femmes déterminées, qui dégagent force et puissance. Je veux m'éloigner du cliché des calendriers de motos classiques.»

Bien entendu, personne n'est dupe. De belles filles sexy qui font du motocross, c'est diablement accrocheur. «Bien sûr que c'est vendeur, j'en suis très consciente, affirme en rigolant la jeune femme diplômée en marketing. Tous les gars aimeraient ça avoir une copine qui va rider avec eux! On a bien du fun avec ça, c'est sûr.»

Mais la priorité de celle qui a été sacrée championne 2011 chez les dames au Championnat d'enduro-cross provincial du Canadian Motorsport Racing Corporation (CMRC) est de profiter de la visibilité du calendrier pour aider la carrière sportive des filles qui participent au projet. «Quand elles vont voir les concessionnaires de leur région, ça leur donne une belle carte de visite qui peut leur permettre d'aller chercher d'autres commanditaires», enchaîne Karine Geoffrion, elle-même mannequin à ses heures.

«C'est une belle manière de se faire connaître. Et les commanditaires aiment avoir de la visibilité, surtout que le calendrier se promène un peu partout au Québec», reconnaît de son côté Alexandra Raymond, championne provinciale chez les dames en motocross au CMRC.

Les deux premières moutures du calendrier ont été vendues à 2000 exemplaires, mais l'édition 2013-2014 s'est écoulée à 3500 exemplaires, ce qui a forcé Karine Geoffrion à retourner en impression. Malgré la popularité croissante du calendrier, ce n'est que la première étape dans la mission que la jeune pistarde s'est donnée de faire connaître son sport. Dès cette année, le calendrier est accompagné d'une vidéo accessible en ligne qui montre les dessous des sessions de photos. L'an prochain, chacune des filles retenues pour le calendrier 2014-2015 aura droit à sa propre vidéo, filmée par une équipe de tournage qui les suivra à chaque course de la saison 2013. Karine Geoffrion veut ainsi s'éloigner du simple concept de calendrier pour se rapprocher de plus en plus d'une véritable équipe de course dédiée aux femmes. «Ça pourrait donner un coup de pouce à toutes les filles qui font du motocross et pas seulement à celles qui sont dans le calendrier», souhaite-t-elle.

Des projets plein la tête, Karine Geoffrion compte notamment solliciter des filles d'ailleurs au Canada et pense même à diversifier les activités de Ladies Class. À sa demande, je reste discret là-dessus, mais il y a quelque chose qui me dit qu'on pourrait en reparler bientôt...

Photo fournie par Les Productions Karine Geoffrion

Karine Geoffrion a été vice-championne en enduro-cross au FMSQ de 2007 à 2010.

Alexandra Raymond

19 ans



Granby, Québec

Championne Motocross, CMRC Femme Inter 2012

«J'étais un peu craintive au début, je ne voulais pas trop montrer mon corps, je voulais que ce soit plus simple. En fait, c'était ma condition pour le faire. Mais Karine m'a bien appuyée, elle tenait à ce que je participe au projet.»

Alexandra veut non seulement récidiver avec son titre québécois, elle vise aussi le championnat canadien, qu'elle compte disputer en entier en 2013. À long terme, son rêve serait d'aller rouler chez les pros, aux États-Unis.

Diplômée en esthétique, elle se consacre actuellement à temps plein à la moto. Mais elle prend les moyens pour y arriver: «Ça prend beaucoup d'entraînement, les courses sont plus longues au niveau national, elles durent de 20 à 25 minutes. Il y a davantage de stress, ça demande plus d'énergie. Mais j'ai beaucoup d'expérience; je fais de la moto depuis l'âge de 5 ans et j'ai suivi plusieurs cours tout au long de ma carrière. C'est un sport dangereux, ça prend énormément de concentration. Il n'y a pas de place pour les partys, j'ai beaucoup de sacrifices à faire, c'est un choix de vie.»

Photos fournies par Les Productions Karine Geoffrion

Félicia Robichaud

17 ans

Cornwall, Ontario

Championne enduro-cross, FMSQ Dames Pro 2012

«C'est Karine qui m'a approchée pour faire le calendrier. J'étais surprise de sa proposition, mais j'ai trouvé ça intéressant. Ça m'a permis d'attirer des commanditaires qui n'auraient autrement pas été intéressés à m'appuyer.»

Poussée vers l'enduro-cross par son père dès l'âge de 7 ans, Félicia a toujours poursuivi dans cette discipline. Si bien qu'elle a accumulé les titres et devrait figurer, si tout va bien, au sein de l'équipe canadienne féminine à l'International Six Days of Enduro, une compétition que d'aucuns considèrent comme les «Olympiques de la moto» et qui se déroulera en Sardaigne à la fin du mois de septembre.

La jeune Franco-Ontarienne, qui fait partie de l'écurie KTM Canada, compte aussi faire quelques courses aux États-Unis cet été. Mais elle estime avoir encore du temps devant elle: «L'expérience est très importante en enduro-cross parce que les courses sont longues et tu dois conserver un rythme très constant, en évitant les pièges, soutient la jeune fille qui complète ses études secondaires. Aux États-Unis, toutes les filles ont au moins cinq ans de plus que moi.»

Photos fournies par Les Productions Karine Geoffrion