Je roule à 70 km/h. Sous mes pneus, une mince couche de neige recouvre une étendue de glace vive. Devant moi, l'obstacle approche invariablement. Je ne saurai qu'au dernier instant de quel côté me diriger pour l'éviter. C'est la dérobade. Rassurez-vous, l'obstacle est fait de cônes, il n'y a pas de fossé, et aucun véhicule n'arrive à contresens.

Pierre-Marc Durivage LA PRESSE

Bienvenue à l'École de contrôle automobile Claude Bourbonnais, sur la surface gelée du Lac des Deux Montagnes, à Vaudreuil-sur-le-Lac. Les sensations sont grisantes à souhait, mais ici, on apprend à conduire sur la neige et la glace, pas à faire du rallye - quoique ça peut être une bonne base, on s'en doute!

C'est à l'hiver 2008 - celui qui nous a laissé des quantités records de neige - que l'ancien coureur automobile a eu l'idée de créer son école hivernale. «Je regardais tout le monde se péter la gueule sur la route quand je me suis dit que je pouvais faire quelque chose, que mes connaissances pourraient sans doute aider quelqu'un, quelque part, s'est dit l'ancien pilote de course. Sur la route, il y a des gens qui conduisent depuis 30 ans et qui ont passé tout ce temps à guider une auto sans trop de pépins. Un jour, ils se retrouvent en grosse glissade à 90 km/h et n'ont aucune idée quoi faire. Je donne des formations de pilotage depuis 1999 et je peux vous dire que 95% de la population ne sait pas contrôler un véhicule.»

Pendant la formation, au volant de son propre véhicule, tous systèmes de stabilité électronique désactivés, Claude nous enseigne essentiellement une chose: conserver la traction coûte que coûte, la perdre le moins longtemps possible et la recouvrer le plus vite possible.

«J'ai déjà eu un gros accident sur la glace noire et je m'aperçois que j'ai fait à peu près tout ce que je ne devais pas faire!» nous a dit Olga à la fin de la formation de quatre heures. La Montréalaise de 49 ans estime donc avoir appris énormément: «Je ne connaissais rien de la conduite avant d'arriver ici, a-t-elle reconnu. Par exemple, j'ignorais tout de la bonne position de conduite à adopter, je ne savais pas que je devais regarder au loin et balayer la route du regard. C'est clairement un avantage de suivre un cours comme celui-là. Ça donne le goût d'être meilleur. En fait, je le recommande à tout le monde, surtout ici au Québec.»

Louis Pauzé, un homme d'affaires montréalais de 58 ans, va plus loin: «Ça devrait être obligatoire! s'est-il exclamé entre deux exercices. C'est comme pour les pneus d'hiver; c'est impensable que l'on ait attendu si longtemps avant de les rendre obligatoires au Québec!»

Claude Bourbonnais souhaiterait bien sûr que tous les automobilistes suivent une formation du genre. Il caresse d'ailleurs l'idée de démarrer sa propre école de conduite qui intégrerait une formation de conduite sur la glace. Mais il demeure réaliste: «Les gens qui viennent ici veulent suivre une formation du genre, a-t-il affirmé. En fait, vendre l'idée à ceux qui ne sont pas sensibilisés est un travail de longue haleine. Pour bien du monde, un cours de conduite hivernale est soit considéré comme un luxe ou bien c'est quelque chose à quoi ils n'ont jamais pensé, leur vie étant déjà bien remplie, avec le travail, les enfants, etc.»

Il n'y a pas de doute que c'est un 200$ bien investi. Mais, quatre heures, une fois dans sa vie, est-ce suffisant? «Oui, ça fait une grosse différence, soutient Claude Bourbonnais. En dedans de toi, l'ordinateur doit être allumé. C'est une question de centièmes de secondes, tu dois faire les corrections aussi vite que possible. D'accord, on est moins précis avec le temps, mais au moins on aura appris quoi faire avec le volant. Au lieu de simplement guider sa voiture sur la route, on devient un meilleur conducteur.»

Les secrets de la conduite sur glace

Savoir conduire une voiture sur une surface glacée ou enneigée est un art en soi, mais on peut l'apprendre. Claude Bourbonnais a accepté de partager ses secrets.





Informations: www.claude-bourbonnais.com