Le milieu du théâtre est aussi en deuil ce vendredi. Jacques Vézina, un grand bâtisseur du milieu culturel et un ardent défenseur de la création québécoise, est décédé jeudi soir à 72 ans, des suites d’un cancer.

Publié le 22 avril
Luc Boulanger
Luc Boulanger La Presse

« C’est une perte immense, une précieuse expertise pour le milieu qui disparaît », a souligné Marie-Thérèse Fortin jointe par La Presse à Vancouver où elle joue La Détresse et l’enchantement. « Jacques était un penseur, un visionnaire, avec une analyse très fine de l’écologie du milieu du théâtre au Québec », ajoute celle qui a codirigé le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (CTD’A) avec Vézina durant 8 ans.

Pendant près de deux décennies au CTD’A, Jacques Vézina a renforcé le dialogue entre l’artistique et l’administratif. Il a permis de faire plus de place aux compagnies de création, en favorisant un modèle de codiffusion des spectacles. « Il considérait que son travail administratif est aussi artistique. Il gérait bien la maison pour permettre aux artistes de mieux rayonner », illustre Marie-Thérèse Fortin.

« Je suis infiniment reconnaissant de la place qu’il m’a faite au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui ; de celle qu’il m’a permis de prendre surtout, avec beaucoup de liberté, a écrit l’actuel directeur artistique du CTD’A, Sylvain Bélanger, sur Facebook vendredi matin. Il a donné 15 belles années de sa vie au CTD’A. » Vézina a été à la direction du théâtre de la rue St-Denis à partir de 1998, avec René Richard Cyr, jusqu’à 2013.

PHOTO FOURNIE PAR LE CENTRE DU THÉÂTRE D’AUJOURD’HUI

Jacques Vézina avec René Richard Cyr, à la fin des années 1990, sous la marquise du Théâtre d’Aujourd’hui.

Du FTA au CAC

Après avoir étudié en production théâtrale à l’École nationale de théâtre du Canada, Jacques Vézina a fondé avec Marie-Hélène Falcon le Festival de théâtres des Amériques (FTA) en 1985. Outre son rôle majeur avec le Théâtre d’Aujourd’hui, Vézina a été très impliqué au sein de plusieurs associations et compagnies. Il a occupé des postes pour des organismes comme le Conseil des arts du Canada (CAC), où il a dirigé la refonte des programmes de subvention aux arts, de 2015 à 2017. Il a aussi collaboré avec le Centre des auteurs dramatiques (CEAD) et Culture Montréal, où il a fondé les Journées de la culture avec Louise Sicuro.

« Pendant mes premières années au Conseil des arts du Canada, j’ai eu l’immense privilège et bonheur de lui confier l’architecture d’un nouveau modèle de financement qui aura marqué l’histoire de cette institution », a déclaré le directeur et chef de la direction du CAC, Simon Brault, en entrevue à La Presse. « Jacques était un homme attachant, intelligent, curieux, ouvert et drôle. Ses conseils étaient réfléchis et s’appuyaient sur une rigueur intellectuelle exemplaire et sur une expérience dont il savait tirer les leçons avec sagesse et courage. »

M. Brault a souligné l’importance de son appui aux artistes de la relève et à la transmission du savoir aux nouvelles générations de gestionnaires culturels. Ce que confirme le témoignage de Vincent de Repentigny, codirecteur général du Prospero, via Facebook. « Jacques Vézina a ouvert toutes grandes les portes du Théâtre d’Aujourd’hui pour permettre au [festival] OFFTA de prendre racine. J’étais très jeune et inexpérimenté. J’ai découvert la force et la sagesse, l’écoute et l’intelligence, de cet homme admirable. Jasmine [Catudal] et moi produisions un évènement d’envergure internationale pour la première fois. Jacques a assuré la direction administrative de ce vaste projet. »

Le sens du bien commun

Ces hommages qui déferlent vendredi, au lendemain de son décès à l’Hôtel-Dieu, ne surprennent guère son ami Simon Brault : « Jacques était éternellement jeune et il était toujours partant pour se lancer dans une nouvelle aventure pour redonner au monde la dignité, la justice et l’avenir sans lesquels la vie n’a pas tellement de sens. Il avait la conscience du bien commun, de l’histoire et de la responsabilité individuelle qui nous incombe d’y contribuer avec tout ce que nous avons et avec tout ce que nous sommes. »

Jacques Vézina laisse, entre autres, dans le deuil sa conjointe Michèle Laliberté, sa fille Delphine et ses trois petits-enfants.