Avec plusieurs spectacles annulés ou reportés Dieu sait quand, le pire scénario est en train de se concrétiser pour le milieu du théâtre qui voit se profiler à l’horizon un sombre, très sombre mois de janvier.

Mis à jour le 5 janvier
Stéphanie Morin
Stéphanie Morin La Presse
Luc Boulanger
Luc Boulanger La Presse

En effet, plusieurs théâtres ont annoncé mercredi l’annulation de toutes les représentations de leur premier spectacle de 2022. On se rappellera que devant la montée fulgurante des cas de COVID-19, le gouvernement québécois a ordonné le 20 décembre dernier la fermeture de toutes les salles de spectacle, pour une durée indéterminée.

Au Théâtre du Nouveau Monde, la pièce Lysis, qui met en vedette Bénédicte Décary dans le rôle-titre, devait être jouée du 11 janvier au 5 février. La direction a plutôt décidé d’annuler les représentations prévues cette saison. « Artistiquement, cette décision est crève-cœur », a lancé la metteuse en scène Lorraine Pintal. « On a annoncé la nouvelle aux acteurs mardi, ce qui a créé une onde de choc. C’est un rendez-vous qu’on attend depuis 2020. Seulement, on ne voulait pas repousser inutilement la décision de reporter le spectacle. Les rumeurs qu’on entend, c’est que la situation ne s’améliorera pas avant le début février. » 

Celle qui porte aussi les chapeaux de directrice artistique et générale du TNM a ajouté : « Nous allons tout faire pour reprendre ce spectacle. Pas question de l’enterrer. Malheureusement, la saison prochaine est déjà pleine avec les spectacles annulés en 2021. On vise le printemps 2024. » D’ici là, l’équipe du TNM compte offrir en webdiffusion un laboratoire documentaire sur cette pièce d’envergure où 17 interprètes et musiciennes devaient partager la scène. Une décision quant à la tenue des Trois sœurs de Tchekhov, qui doit être présentée du 17 février au 5 mars dans une mise en scène de René Richard Cyr, sera quant à elle prise au début du mois prochain.

Chez Duceppe, on ampute également le premier spectacle de la saison d’hiver. La direction nous a confirmé l’annulation de la pièce Salle de nouvelles, avec entre autres Denis Bernard. « Nous travaillons cependant à la reprogrammer », nous a dit la directrice générale de la compagnie, Amélie Duceppe.

Idem au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, où la pièce Les filles du Saint-Laurent ne prendra pas l’affiche le 18 janvier comme prévu. « C’est devenu évident qu’on ne pourrait pas présenter la pièce en janvier ou février », a indiqué Sylvain Bélanger, directeur artistique et codirecteur général.

Nous allons étudier différents scénarios pour reprendre le spectacle à des dates futures. Est-ce que ce sera dans quatre mois ou dans deux ans ? Impossible de le dire pour l’instant.

Sylvain Bélanger, directeur artistique et codirecteur général du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui

Au Prospero, les deux premières semaines de représentations du spectacle Solstice d’hiver, mis en scène par Joël Beddows, qui devait débuter le 11 janvier, ont également été annulées mercredi. Les représentations du 25 au 29 janvier sont toutefois maintenues pour le moment. L'âge du consentement, présenté dans la salle intime du théâtre à partir du 25 janvier, est également maintenue jusqu'à nouvel ordre.

Enfin, l’Opéra de Montréal a aussi annoncé mercredi l’annulation de sa production de La Traviata. Les représentations devaient avoir lieu à la salle Wilfrid-Pelletier du 29 janvier au 6 février.

« À la suite des récentes annonces du gouvernement face à la détérioration de la situation, nous constatons que la production d’œuvres de grande envergure telles que La Traviata, qui implique près de 250 artistes, artisans et techniciens, comporte des risques non négligeables pour la santé de ceux-ci. En effet, il nous serait impossible d’assurer adéquatement la santé et la sécurité de l’ensemble des parties prenantes lors des répétitions qui devaient débuter cette semaine. », a affirmé par communiqué Patrick Corrigan, directeur général de l’Opéra de Montréal.

Le statu quo pour certains

Du côté de La Licorne, la compagnie attend les directives du gouvernement avant d’annuler la production de Deux femmes en or. « Si on reprend, même le 8 février, on fera trois semaines de représentations », nous a signifié la relationniste du Théâtre de la Manufacture, Ginette Ferland.

Même son de cloche au Théâtre du Rideau Vert, où la direction attendra le 14 janvier pour prendre une décision concernant la pièce Long voyage vers la nuit, mise en scène par Yves Desgagnés. La date de la première a toutefois été repoussée du 25 janvier au 8 février.

Au Théâtre Denise-Pelletier, c’est aussi le statu quo pour l’instant, explique le directeur artistique Claude Poissant. « Aucune décision drastique n’a été prise et les spectacles prévus, soit Le poids des fourmis et Les Plouffe, ne sont ni reportés ni annulés. Ils sont prêts à être présentés. On ne veut pas avancer trop rapidement et prendre des décisions qu’on pourrait regretter. »

Quant à l’Espace Go, la direction attendra le début de la semaine prochaine avant de prendre une décision sur la création d’UBU, Les 10 commandements de Dorothy Dix. La compagnie pourrait jouer à partir de la mi-février. Le spectacle doit être aussi présenté au CNA en mars et à Paris en juin.

Avec la collaboration de Dominic Tardif, La Presse