Mélanie Demers et Angélique Willkie passent aux aveux dans Confession publique, spectacle présenté au Théâtre La Chapelle. Un métissage de formes, de vies et de visions entre deux artistes multidisciplinaires qui se connaissent bien.

Publié le 30 nov. 2021
Mario Cloutier Collaboration spéciale

Confession publique est un solo auquel Mélanie Demers rêvait depuis longtemps, conçu par et pour elle, mais reporté en raison de la naissance de son fils. Sa dramaturge Angélique Wilkie (La Goddam Voie lactée notamment) lui a permis de renouer avec ce concept de performance-danse-théâtre qu’elle approfondit comme professeure-chercheuse à l’Université Concordia.

« Elle m’a parlé de son travail sur la dramaturgie de l’interprète ou comment un interprète teinte et fait dévier le cours d’une création par sa propre histoire et sa propre culture », explique la chorégraphe.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Mélanie Demers, chorégraphe

Il m’a semblé que Confession publique allait de pair avec cette idée de ce qu’on dévoile sur une scène. Quel personnage devient-on ? De quoi se pare-t-on et de quoi se défait-on ?

Mélanie Demers, chorégraphe

« Le dévoilement de soi est un enjeu fascinant, complète Angélique Willkie. Je connaissais la façon de travailler de Mélanie et je savais que la curiosité que j’avais, elle la partagerait. Il s’agissait de voir comment les articuler ensemble. Le spectacle est la rencontre de nos vérités respectives. Cette friction ajoute à l’intérêt et à la densité du propos. »

C’est le spectacle de qui finalement ? leur demande-t-on.

« Je sens que je me mets autant à nu qu’Angélique, répond Mélanie Demers. On retrouve mes obsessions à travers le matériau de sa vie à elle. Je voulais me laisser guider par Angélique et elle par moi. C’est vraiment un travail à deux et même à trois avec la répétitrice Anne-Marie Jourdenais, comme un liant de nos visions. »

« Nous partageons des réflexions que Mélanie met en forme, poursuit Angélique Willkie. Je génère des mots, Mélanie aussi. En tant que dramaturge, ma lecture c’est que Mélanie tente de travailler avec l’interprète que je suis dans mon entièreté. »

En outre, les deux créatrices sont entourées d’une équipe féminine toute étoiles incluant entre autres Frannie Holder à la musique, Odile Gamache à la scénographie et Elen Ewing aux costumes.

Impureté

Mélanie Demers et Angélique Willkie favorisent en fait « l’impureté » du métissage artistique dans les interstices où se rencontrent plusieurs disciplines. Mélanie Demers vise un « art total », misant sur la théâtralité de la danse, l’importance des mots et de la musique. Justement, Angélique Willkie a tout exploré sur scène durant sa carrière : danse, performance, cirque, chant…

« Quand je parle du spectacle, je dis qu’il y a du mouvement, pas forcément de la danse, précise celle-ci. Ça me permet de m’interroger sur ce dont on parle aujourd’hui quand on parle de danse.

On explore les espaces entre les choses et comment les naviguer. Les définitions imposées par la société ne me correspondent pas en tant qu’artiste et femme noire. C’est une partie importante de notre rencontre à Mélanie et moi. Les zones grises sont d’intérêt.

Angélique Willkie, interprète

Dans ce récit personnel, les « aveux » auxquels le public aura droit traitent autant des forces et des faiblesses de chacune, des sentiments nobles et des pensées plus banales. Une telle plongée en soi ramène à la surface autant de sédiments éclatants que de scories.

« Le fait de monter sur scène comporte quelque chose de noble, de profond, mais quelque chose de vulgaire aussi, estime Mélanie Demers. On dirait que je veux tout dans mes spectacles : les beautés de la pensée et l’humour de toilette. La vie c’est ça, une grande élégance et une grande trivialité. Angélique est toujours sur scène et ne peut pas se dérober au regard. Je me demande donc ce qu’est la relation entre une chorégraphe et une interprète. Il y a des parties d’admiration, d’érotisation, d’amour-haine. Ce sont des relations profondes et marécageuses. »

Et Angélique Willkie avoue : « Les trivialités d’une femme de 60 ans ne sont pas les mêmes que j’avais à 30 ans. Cette création est un cadeau d’anniversaire fait à moi-même. Je bosse fort. À la fin de chaque enchaînement, je suis exténuée. Tout passe par le corps, même le fait de parler. La seule façon de traverser c’est de me laisser traverser. »

Confession publique est présentée jusqu’au 4 décembre au Théâtre La Chapelle. Une rencontre avec les artistes aura lieu après la représentation du 2 décembre.

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