Il se passe quelque chose de très beau dans la création théâtrale au Québec. Depuis quelque temps, un courant fort de spectacles documentaires a la cote. Ils sont créés par de jeunes artistes qui secouent les codes de leur art, avec des œuvres qui soulèvent de brûlantes questions de société. Et font appel autant aux spectateurs qu’aux citoyens dans la salle.

Luc Boulanger
Luc Boulanger La Presse

En tête de cette tendance actuelle, il faut mentionner les spectacles de la compagnie Porte Parole, tels que J’aime Hydro, Sexy béton, L’assemblée ou Tout inclus (en coproduction)… S’y ajoute désormais Rose et la machine, création de Maude Laurendeau, qui partage la vedette avec Julie Le Breton chez Duceppe depuis la semaine dernière.

Rose et la machine raconte la réalité de Maude Laurendeau, jeune maman de deux filles, dont l’aînée, Rose, est autiste. La pièce s’inscrit ainsi dans la veine des autres récits documentaires de Porte Parole.

Or, cette fois, au lieu de partir du général pour aller vers le particulier, la créatrice part de son histoire intime et personnelle pour aborder un enjeu de société plus vaste.

On la suit dans ses démarches pour comprendre l’état de sa fille, alors qu’elle continue d’accomplir son rôle de mère aimante, rassurante. De l’annonce du diagnostic d’un trouble du spectre de l’autisme (TSA) à ses rencontres avec des spécialistes du système de santé et des intervenants en milieu scolaire.

Dans l’excellente mise en scène d’Édith Patenaude, Laurendeau joue chacune des étapes de ses démarches et fait apparaître les gens qu’elle a croisés sur son chemin. Tous les personnages secondaires (43) sont interprétés avec brio par la comédienne Julie Le Breton — qui est aussi la belle-sœur de Laurendeau dans la vie. Le texte est basé sur des extraits de rencontres et entrevues qu’elle a réalisées au fil des ans.

Les deux actrices évoluent dans un décor de blocs et de modules disposés sur l’ensemble de l’espace scénique. Cette scénographie signée par le très doué Patrice Charbonneau-Brunelle évoque à la fois des jeux d’enfants et les cases imposées par la société.

Des larmes de joie

En cours de route, l’actrice a dû s’endurcir pour faire face à un système déshumanisé, tout en affrontant ses propres peurs ; car la mère réalisera qu’elle entretient elle aussi des préjugés face à la différence. Au milieu de sa course folle, un évènement inattendu viendra tout changer : la pandémie. Avec le confinement et la fermeture de l’école primaire que fréquente Rose depuis quelques mois, les choses changent. Pour le mieux.

Loin du conformisme social, la différence de Rose devient une originalité, non plus un problème. L’auteure propose alors une réflexion sur la place de la neurodiversité dans nos sociétés de performance.

À la fin, au moment du salut, les deux actrices n’ont pu retenir leurs larmes (de joie), sans doute soulagées par les applaudissements nourris. Mais aussi par l’humanité et la chaleur que le théâtre procure au grand désordre de nos vies. Après sa traversée du désert avec Rose, cette mère courage réalise enfin qu’elle ne sera plus jamais seule.

Rose et la machine

Rose et la machine

De Maude Laurendeau. Dramaturgie d’Annabel Soutar. Production Porte Parole.

Chez Duceppe, Jusqu’au 18 décembre

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