Auteur en résidence à La Licorne depuis deux ans, Simon Boudreault avait envie d’aborder le thème du marketing dans une comédie grinçante qui nous ferait réfléchir. Il voulait aussi aborder le contrôle de notre image en société. Puis, il est tombé sur un article sur les placements de produits à l’épicerie, le grand souci de leur présentation sur les étagères. « Et j’ai réalisé que ce n’est pas juste des produits qu’on met en marché aujourd’hui, mais aussi des individus », dit-il. Il venait de trouver le titre de sa nouvelle pièce.

Luc Boulanger
Luc Boulanger La Presse
Stéphanie Morin
Stéphanie Morin La Presse

Avec Je suis un produit, l’auteur s’attaque donc à cette ère de l’image à tout prix, de l’image fabriquée et omniprésente sous le règne des réseaux sociaux. Bien sûr, le marketing, la mise en scène de soi, cela existait bien avant Facebook et Instagram. Mais de nos jours, plus aucune sphère de la société n’y échappe.

« En affaires, en politique, avec nos vies privées, tout le monde se construit une identité sociale, une personnalité montée de toutes pièces, avance Boudreault. Et ce que j’aime avec l’écriture, c’est de mettre en lumière des traits de nos contemporains, sans jugement ni moral. »

L’auteur de Comment je suis devenu musulman et D pour Dieu est également fondateur de la compagnie Simoniaques, qui produit le spectacle présenté à la Grande Licorne. Boudreault signe aussi la mise en scène et dirige Éric Bernier, Catherine Ruel, Alexandre Daneau, Louis-Olivier Maufette et Houda Rihani, actrice marocaine très connue dans son pays d’origine et qui fait son baptême sur les planches du Québec.

L’histoire tourne d’ailleurs autour de son personnage, Jihane, immigrante marocaine dans la quarantaine qui n’arrive pas à trouver un emploi au Québec.

Musulmane non pratiquante et non voilée, elle est considérée comme « une minorité pas assez visible » par des employeurs qui veulent donner à leur entreprise une image fabriquée de la diversité. Et s’acheter une bonne conscience.

« Jihane va donc décider de porter le voile pour passer une entrevue d’emploi dans une boîte de marketing, explique Simon Boudreault. Elle se fait aussitôt engager, mais le président va utiliser le talent de sa nouvelle employée pour reconquérir son ancien amant, entrepreneur renommé qui s’est mis la communauté arabe à dos après avoir tenu des propos racistes à la télévision. Bref, tout le monde fait les choses pas toujours pour les bonnes raisons. »

Avec Je suis un produit, l’auteur et metteur en scène aborde des sujets délicats de l’actualité. « Je trouve qu’on nous met de plus en plus dans de petites cases. Chaque personne se referme sur elle selon sa culture, son sexe, son âge et tous les préjugés en découlant. » Mais sous le revers de l’humour. « Je viens de l’improvisation et j’aime la comédie. Pour moi, la comédie est un grand genre. On peut désamorcer bien des conflits avec le rire », conclut-il.

À la Grande Licorne, du 23 novembre au 18 décembre.

Consultez le site de la Grande Licorne

Aussi à l’affiche

Proust pour les nuls

PHOTO FOURNIE PAR OMNIBUS

Sylvie Moreau a écrit et mis en scène un spectacle consacré à Marcel Proust.

Grande amatrice de la littérature de Marcel Proust, Sylvie Moreau est de retour sur la scène du Monument-National avec Dans la tête de Proust (pastiche, collage et fabulations), spectacle en reprise qu’elle a écrit et mis en scène. Pendant 90 minutes, cinq interprètes (dont Sylvie Moreau, Jean Asselin et Pascal Contamine) dépoussièrent Proust pour nous faire mieux connaître l’homme comme son œuvre. On retrouve l’écrivain d’À la recherche du temps perdu dans sa chambre parisienne, entouré d’une galerie de personnages au verbe agile, sortis directement des pages noircies par le génie. Du 17 au 20 novembre.

Consultez le site du théâtre du Monument-National

Lorca en mouvement

PHOTO JUAN DAVID PADILLA VEGA, FOURNIE PAR EZDANZA

Le spectacle Lorca allie danse et art du cirque.

Le poète espagnol Federico García Lorca est au cœur d’une création hybride alliant danse contemporaine et art du cirque, présentée par l’ensemble Ezdanza en collaboration avec les Grands Ballets canadiens de Montréal. La vie et l’œuvre du poète servent de trame de fond à Projet Lorca, spectacle pour six interprètes imaginé par le chorégraphe d’origine mexicaine Edgar Zendeja. Il sera présenté au Studio-Théâtre des Grands Ballets, à l’Édifice Wilder Espace Danse, du 18 au 20 novembre.

Consultez le site de l’ensemble Ezdanza

Jonathan : voler autrement

PHOTO JERICK COLANTES, FOURNIE PAR LA LICORNE

Le chorégraphe Luca « Lazylegz » Patuelli

Présentée à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, la pièce Jonathan : la figure du goéland rassemble sur scène six interprètes, dont certains ayant des handicaps physiques, comme Luca « Lazylegz » Patuelli, qui signe ici les chorégraphies. Le texte, écrit et mis en scène par Jon Lachlan Stewart, s’interroge sur les limites parfois imposées à notre corporalité et sur la capacité de chacun à bifurquer — ou non – d’une route qui semble déjà tracée. Cette création, présentée en français et en anglais, est librement inspirée du roman de Richard Bach, Jonathan Livingston le goéland. Du 23 novembre au 11 décembre.

Consultez le site du Théâtre Denise-Pelletier

La Licorne en formule 5 à 7

PHOTO FOURNIE PAR LE THÉÂTRE BISTOURI

Simon Landry-Désy, Carolanne Foucher et Simon Lacroix partagent la scène dans Manipuler avec soin.

Signe d’un retour à une certaine « normalité », les populaires 5 à 7 théâtraux de La Licorne renaissent de leurs cendres pandémiques avec la présentation de Manipuler avec soin. Cette pièce en un acte, écrite par Carolanne Foucher et mise en scène par Pascale Renaud-Hébert, raconte l’histoire de Josianne, jeune femme qui décide de se faire poser une alarme corporelle pour la guider dans ses relations amoureuses. Mais que faire quand la technologie se détraque ? À noter : une bière sera servie, mais pas de bouchées, COVID-19 oblige. Du 16 novembre au 17 décembre.

Consultez le site de La Licorne

Hervé Bouchard : du roman à la scène

PHOTO FOURNIE PAR LE THÉÂTRE AUX ÉCURIES

Maxime Brillon incarne Jacques Mailloux dans la pièce Plein Tube.

Les dramaturges Maxime Brillon et Charlotte Gagné-Dumais ont relevé le défi d’adapter pour la scène, et sans en changer la moindre virgule, Mailloux, premier roman singulier de l’auteur Hervé Bouchard. Le résultat, intitulé Plein Tube, est présenté sur la scène du Théâtre Aux Écuries. On y fait la rencontre de Jacques Mailloux (incarné par Maxime Brillon), qui raconte dans l’ordre ou le désordre des fragments de son enfance. Un monologue cathartique où il est question de famille, de mensonges, de hockey et de la mort. Du 16 au 20 novembre.

Consultez le site du Théâtre Aux Écuries