À quelle heure on est mort ? est la fusion de deux versions de la même pièce : celle qui aurait dû être présentée en 2020, n’eût été la pandémie, et celle qui renaît maintenant au Quat’Sous. Une résurrection engendrée par l’amour du théâtre et de la vie.

Mario Cloutier Collaboration spéciale

Le metteur en scène Frédéric Dubois réorganise avec À quelle heure on est mort ? le collage des textes de Réjean Ducharme préparé par Martin Faucher en 1988. Le spectacle qu’il devait monter avec Gilles Renaud et Louise Turcot l’an dernier est revu et corrigé par les témoignages enregistrés des deux vétérans en écho au jeu des nouveaux interprètes Bozidar Krčevinac et Marie-Madeleine Sarr.

Toute la pièce est synonyme de reconstruction. Les voix de Gilles Renaud et de Louise Turcot rappellent le deuil vécu lors de l’abandon du projet à la veille d’être présenté en 2020. Le couple revient expliquer à la fin comment cette perte, malgré tout, représente quelque chose de positif dans leur vie d’artiste.

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Bozidar Krčevinac et Marie-Madeleine Sarr

Symboles de renouveau également, les interprètes Bozidar Krčevinac et Marie-Madeleine Sarr ont reçu leur diplôme de l’École nationale de théâtre en pleine pandémie. Quant au metteur en scène Frédéric Dubois, il avait déjà travaillé ce texte en 2013 au Théâtre Denise-Pelletier. Le spectacle célèbre donc la victoire du théâtre sur les vicissitudes planétaires du moment.

Doigt d’honneur

Dans ce récit fragmenté, les personnages Mille Milles et Bérénice-Chateaugué, issus des romans Le nez qui voque et L’avalée des avalés, sont deux ados qui s’aiment et qui font un doigt d’honneur au monde adulte capitaliste. Il souhaiterait mourir alors qu’elle l’entraîne dans son imparable instinct de vie. Ainsi, ils jouent à la « mariée », font semblant de fumer, disent n’être ni hommes ni femmes et récitent des poèmes de Nelligan.

Réjean Ducharme nous a laissé une œuvre irriguée par l’amour et, lors de la première mercredi, il était tout aussi clair que le public demeure amoureux de ce verbe qui allie le sublime au quotidien, la poésie à la langue québécoise.

Une salle bondée, doit-on ajouter, en raison de l’assouplissement des mesures sanitaires.

Le décor d’Anick La Bissonnière et de Julie Charrette évoque le bric-à-brac d’un terrain de jeux d’enfants. Les éclairages sautillants intermittents de Renaud Pettigrew servent à créer tant la menace de panne de courant que l’atmosphère d’une discothèque. Et les costumes d’hiver de Linda Brunelle forcent les interprètes à livrer une performance athlétique.

Mais si la mise en scène de Frédéric Dubois est alerte, les interprètes fougueux, les effets comiques assumés et les entrevues avec Gilles Renaud et Louise Turcot avantageusement placées dans le récit, on comprend moins les nombreuses répétitions de certains passages, qui n’ajoutent rien à l’appel du renouveau et à l’hommage rendu à Ducharme, au théâtre et à la vie. Ce dont, il est vrai, tout le monde a besoin en cette période singulière de l’histoire.

À quelle heure on est mort ?

D’après le collage de Martin Faucher, à partir de l’œuvre de Réjean Ducharme

Mise en scène de Frédéric Dubois

Avec Bozidar Krčevinac, Marie-Madeleine Sarr et la participation de Gilles Renaud et de Louise Turcot.

Théâtre de Quat’Sous, Jusqu’au 30 octobre

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