Michel Tremblay a déjà dit qu’il écrivait du théâtre pour que « ses mots soient criés sur une scène » et des romans « pour chuchoter à l’oreille du lecteur ». Alors que la rentrée actuelle s’annonce très éclatée et multiplateforme, qu’en est-il de l’écriture pour la scène ? La Presse a demandé l’avis de François Archambault et de Michel Marc Bouchard.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Cette semaine, la pièce Pétrole, thriller politique sur les changements climatiques écrit par François Archambault, est publiée aux éditions Atelier 10. Elle fait aussi l’objet d’une captation audionumérique en ligne sur le site de Duceppe (on peut acheter des forfaits livre et captation).

D’ici mai 2021, la Fabrique culturelle et la Scène nationale du son, nouveau diffuseur spécialisé dans la fiction audionumérique sur le web, réaliseront pour leur part sept créations sonores pour diverses plateformes. Le projet a été lancé la semaine dernière avec une baladoémission du Peintre des madones, de Michel Marc Bouchard, sur une musique originale signée Klô Pelgag, en coproduction avec le Théâtre du Nouveau Monde. Ça se poursuit cet automne et au cours de l’hiver avec des textes de Sébastien Ricard (Pour en finir avec octobre ?; Jean-Marc Dalpé (La Queens) et Fabien Cloutier (Pour réussir un poulet), entre autres auteurs dramatiques.

On s’est demandé si ces « formes nouvelles » — le radiothéâtre existait bien avant le numérique et le cathodique — interpellaient les auteurs dramatiques et leur donnaient envie de se « réinventer ». Est-ce, comme l’avancent certains, la meilleure façon de faire rayonner les arts vivants ?

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Michel Marc Bouchard

« Je pense que ce genre de projets est très bien pour revisiter des œuvres anciennes, mais si vous me demandez si je vais écrire une nouvelle pièce pour un balado ou pour la radio, ma réponse est non, dit Michel Marc Bouchard. Pour moi, ça reste une mesure temporaire. Et je trouve ça paradoxal de mettre les mots vivant et numérique dans la même phrase. »

Production en Italie

Après avoir vu une vingtaine de ses pièces annulées à travers la planète au printemps dernier, l’auteur des Feluettes est heureux d’apprendre que le Théâtre national de Naples ira de l’avant avec la production italienne de son drame Les manuscrits du déluge, du 14 au 31 octobre.

De son côté, François Archambault se réjouit de voir que Pétrole, pièce pour 12 comédiens sur laquelle il travaille depuis 2017, verra le jour sous une forme audionumérique. Toutefois, l’expérience reste une étape avant sa création ultime ; Pétrole sera créée en 2021 chez Duceppe, sous la direction d’Édith Patenaude, lorsque les conditions sanitaires le permettront.

Archambault doute que l’avenir du théâtre soit numérique… et solitaire. « Au théâtre, le spectateur fait du chemin par rapport à l’individu qu’il est dans la société. C’est important que ça reste une expérience commune pour conserver une cohérence sociale. La première chose qui m’a frappé au début de ma carrière [avec Cul-sec, en 1995], c’est de voir les réactions aux antipodes dans une même salle. Les gars riaient à chaque réplique, tandis que les filles réagissaient différemment. Certaines étaient fâchées par son propos. Ça provoquait de bonnes discussions dans les couples après le spectacle. Le théâtre sert aussi à provoquer ce genre de choses. »

Qu’est-ce qui manque le plus ces jours-ci aux auteurs de théâtre ? « Les captations sonores ou numériques sont des œuvres figées dans le temps, explique Michel Marc Bouchard. Tandis que les spectacles sont différents d’un soir à l’autre ; ils bougent selon l’énergie du public et des acteurs. C’est une rencontre dans laquelle le public nous regarde et on le regarde nous regarder. »

François Archambault pense lui aussi que cette énergie qui circule entre le public et les œuvres contribue à nourrir les auteurs. Et que celle-ci explique, en partie, l’immense succès de certaines œuvres au Québec, comme celui de sa pièce Tu te souviendras de moi, créée à La Licorne en 2014. Le film d’Éric Tessier tiré de la pièce d’Archambault devait sortir en mars dernier. Depuis, le producteur attend le moment opportun pour lancer son film dans le plus grand nombre de salles au Québec. « En termes de création, c’est un peu frustrant de ne pas pouvoir rencontrer le public. Quand un auteur de théâtre écrit, il cherche ce rapport unique et immédiat entre la scène et la salle », conclut Archambault.

Consultez le site de Duceppe

Consultez le site de la Scène nationale du son

Les (autres) combats d’Ali

PHOTO SIMON GIROUX, ARCHIVES LA PRESSE

Didier Lucien

La vie du légendaire du boxeur Muhammad Ali a aussi été marquée par des luttes contre la ségrégation raciale et la guerre du Viêtnam. Avec la lecture de M’appelle Mohamed Ali, de l’auteur congolais Dieudonné Niangouna, la compagnie La Sentinelle souhaite interroger en profondeur la condition de l’acteur noir, en offrant la scène du Quat’Sous à un chœur composé de sept interprètes noirs de Montréal, dont Didier Lucien.

Au Quat’Sous les 24 et 25 septembre.

Consultez le site du Quat’Sous

Ensemble... malgré tout

PHOTO URBI ET ORBI

Hubert Lemire, cocréateur de l’œuvre Ensemble

Après Le NoShow en 2014, la compagnie DuBunker revient à Espace Libre avec une œuvre très interactive, Ensemble, dans laquelle chacun répond à l’éternelle question de la pandémie : comment se passe ton confinement ? La création est signée Maxime Beauregard-Martin, François Bernier et Hubert Lemire. À noter, les performances prévues au parc Walter-Stewart auront désormais lieu au théâtre, afin de suivre les directives de l’arrondissement de Ville-Marie, depuis que Montréal est passée en zone orange.

> Consultez la page d’Espace Libre

Le retour de Danse Danse

PHOTO FOURNIE PAR DANSE DANSE

Nelken de Pina Bausch, dont la présentation dans le cadre de Danse Danse a été annulée

Pour combler le report du spectacle Nelken, de Pina Bausch, Danse Danse présentera une performance extérieure basée sur la séquence chorégraphique de la mythique compagnie allemande, avec les interprètes de l’École de danse contemporaine de Montréal et de l’École supérieure de ballet du Québec. Premier arrivé, premier servi, car la capacité est fixée à 150 personnes maximum.

Sur l’esplanade de la Place des Arts le 27 septembre à 16 h.

Consultez le site de Danse Danse

Paroles inédites

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Luce Pelletier

Dans le cadre de l’an 2 de son Cycle des Territoires féminins, le Théâtre de l’Opsis et sa directrice, Luce Pelletier, explorent des paroles inédites en produisant That Moment — Le pays des cons, œuvre « outrageuse » de Nicoleta Esinencu, figure importante de la nouvelle scène théâtrale d’Europe de l’Est. Mme Pelletier en signe aussi la mise en scène. Les billets partent vite dans cette salle intime.

À la salle Fred-Barry, jusqu’au 17 octobre.

Consultez le site du théâtre Denise-Pelletier

Je suis mixte à Québec

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Mathieu Quesnel et l’acteur Benoit Mauffette, à La Licorne

Après avoir ravi le public de La Licorne, à Montréal, la jouissive pièce Je suis mixte est présentée au Périscope à Québec, où l’équipe célébrera sa 50e représentation. Écrit et mis en scène par Mathieu Quesnel, ce témoignage-spectacle juxtapose l’univers de deux hommes (joués par Yves Jacques et Benoit Mauffette) qui vont devoir apprivoiser les multiples désirs et pulsions qui les habitent. L’excellent duo partage la scène avec le compositeur et musicien Navet Confit.

Au Périscope jusqu’au 10 octobre.

> Consultez le site du Périscope