On le sait, le théâtre est en pause forcée. Au-delà des inquiétudes sur son avenir, l’occasion est belle pour faire un pas de côté et réfléchir à l’empreinte écologique et sociale de la pratique théâtrale.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Ces questions sont justement au cœur d’un grand événement numérique organisé par le théâtre anglais du CNA (le Centre national des arts), qui se tiendra en direct mercredi, jeudi et vendredi. Son nom : The Green Rooms : The Earth is Watching… Let’s Act (La Terre nous observe… Agissons maintenant).

Y participeront pas moins de 120 personnes venues de 6 villes canadiennes, ainsi que de Londres et de New York. Dans le lot : des scientifiques, des artistes et des militants, des jeunes et des aînés qui apporteront leur pierre à l’édifice de cette « vaste soupe de création et de réflexion collective », comme l’explique Sarah Garton Stanley. Le public est invité à assister aux échanges (en anglais seulement), mais aussi aux représentations culturelles qui y sont associées, à titre de spectateur.

PHOTO ALEJANDRO SANTIAGO, FOURNIE PAR LE CNA

Sarah Garton Stanley

La metteure en scène et codirectrice artistique du théâtre anglais du CNA est l’initiatrice du projet. Après avoir terminé deux cycles de recherches théâtrales (l’un sur le théâtre autochtone, l’autre sur l’inclusion des artistes vivant avec un handicap ou un problème de santé mentale), elle s’est attaquée, en compagnie de la dramaturge Chantal Bilodeau, à un vaste sujet qui nous concerne tous, artistes comme spectateurs : l’impact environnemental du théâtre, mais aussi la place que cet art accorde à la justice sociale.

« La crise environnementale et les grandes questions sociales, comme la suprématie blanche ou le racisme, sont indissociables, explique Sarah Garton Stanley. La rencontre va nous permettre d’approfondir ensemble ces réflexions. »

Le théâtre lui-même n’est pas épargné lorsqu’il est question d’iniquités, estime Chantal Bilodeau. « Le théâtre est doté d’une structure très traditionnelle qui est alignée sur le capitalisme extrême. »

PHOTO FOURNIE PAR LE CNA

Chantal Bilodeau

Le pouvoir et l’argent sont concentrés dans les mains de très peu de gens, qui sont au sommet de la hiérarchie théâtrale. Et ces derniers proviennent d’une démographie très limitée… Il y a du travail à faire à ce niveau-là.

Chantal Bilodeau, dramaturge et directrice artistique d’Arctic Cycle

Pour changer la donne, notamment d’un point de vue environnemental, plusieurs actions peuvent être entreprises, estiment les co-commissaires de l’événement. Il peut s’agir de repenser les tournées ou de réfléchir aux matériaux utilisés pour les productions. « Il faut trouver des façons de raconter des histoires de manière moins coûteuse pour l’environnement. Le théâtre fait partie du grand puzzle des changements climatiques… », lance Sarah Garton Stanley. Les participants à Green Rooms auront sans doute d’autres idées à explorer. « Des pistes de solution vont être apportées, c’est certain », dit Chantal Bilodeau.

Des répétitions virtuelles

Déjà, Sarah Garton Stanley a travaillé il y a quelques années à l’élaboration d’une salle de répétition théâtrale virtuelle, le CndStudio, qui rassemble par la technologie des créateurs vivant aux quatre coins du pays. Son utilisation permet de réduire l’empreinte carbone en limitant les déplacements par avion, par exemple. « Dans certaines communautés, comme au Nunavut, voyager coûte très cher. Le CndStudio peut faire partie de la solution, car il donne aux artistes des outils et un réseau avec lesquels créer. Je fonde beaucoup d’espoir dans des réseaux comme ceux-là, car ils vont donner une voix à des personnes qu’on n’entend pas au théâtre actuellement. Il y a des gens qui n’ont pas accès au théâtre, pour toutes sortes de raisons, et qui ont des histoires à nous raconter. »

Elle tient toutefois à préciser : cet outil virtuel n’est pas là pour remplacer le théâtre traditionnel. « Il existe toutefois plusieurs façons de raconter une histoire, notamment par l’usage du virtuel. C’est un théâtre différent. Il faut changer notre façon de penser la nature même du théâtre. Est-ce qu’il se fait seulement en salle ? Moi, je dis que non. »

« Il faudrait un nouveau nom pour décrire ce théâtre qui ne se fait pas face à un public en chair et en os. Ce n’est pas de la télé, mais ce n’est pas du théâtre non plus. C’est autre chose », estime Chantal Bilodeau.

Chose certaine, le théâtre, quelle que soit sa nature, fait face à de grands défis pour être plus vert et plus juste, défis auxquels les participants de l’événement The Green Rooms ont bien l’intention de réfléchir.

> Consultez le site des Green Rooms du Centre national des arts