(Lille) Retour à Baltimore, connue pour ses violences. Vingt ans après The Wire, le duo George Pelecanos et David Simon se penche à nouveau sur la police de cette ville américaine, avec une minisérie basée sur une histoire vraie.

Publié le 21 mars
Céline LE PRIOUX Agence France-Presse

We Own This City, qui se fonde sur le livre éponyme du journaliste américain d’investigation, Justin Fenton, La ville nous appartient, a été produite par HBO. Elle a été présentée samedi au festival de séries, Séries Mania, à Lille, en France.

Contrairement à The Wire, immense succès critique qui s’inscrit dans la durée — cinq saisons de 2002 à 2008 –, We Own This City sera brève : six épisodes d’une heure.

Elle retrace une gigantesque affaire de corruption au sein de la police de Baltimore, mise à jour dans le sillage des émeutes qui ont suivi la mort en 2015 du jeune Afro-Américain Freddie Gray lors de son interpellation.

« C’est David Simon qui m’a contacté pendant le procès. Il m’a dit : “tu devrais écrire un livre et si tu l’écris, on fera une série basée dessus” », se souvient, dans un entretien à l’AFP, Justin Fenton. Tous deux ont travaillé pour le même journal, le Baltimore Sun, à des époques différentes.

« Sur certains aspects, les choses ont été dramatisées, mais pour certaines scènes, que j’ai regardées en train d’être filmées pendant le tournage, c’était mot pour mot la réalité. C’était incroyable », explique-t-il.

Quand le scandale a éclaté en 2016, Justin Fenton, reporter chargé des affaires criminelles depuis huit ans pour son journal, n’avait rien vu venir.

Et pourtant, pendant des années, une poignée d’officiers d’une unité prestigieuse, opérant la plupart du temps en civil, se sont livrés impunément à du racket et des exactions.

« Comme à la maison »

Ils extorquaient de l’argent et de la drogue, découverts chez des trafiquants, en gardaient une partie pour eux ou la revendaient. Parfois, ils plaçaient eux-mêmes de fausses preuves, des armes notamment, pour faire accuser des gens-en majorité dans des quartiers pauvres à forte population noire-ce qui leur permettait d’afficher de meilleurs résultats devant leur hiérarchie.

Ces policiers « ne craignaient rien ». D’où le titre : « la ville nous appartient », explique Justin Fenton, « ils se sentaient en sécurité » et ne pensaient pas pouvoir être découverts.

Il ne s’agissait toutefois pas d’une affaire de racisme ordinaire : des huit policiers mis en cause, cinq étaient noirs et trois blancs, même si le principal accusé Wayne Jenkins, qui bénéficiait auparavant d’une excellente réputation en raison de sa soi-disant efficacité, était blanc.

Comme l’explique M. Fenton, les agissements des officiers ont duré des années parce que la plupart des victimes rechignaient à se plaindre. C’est compliqué pour un dealer de dire qu’en fait, il avait encore plus de drogue que la quantité saisie, souligne-t-il. Mais, il régnait aussi dans les rangs de la police « une réticence » à croire les rares personnes qui osaient dénoncer leurs actes.

Le comédien américain Jamie Hector, qui joue un policier disparu un jour avant sa citation comme témoin dans cette affaire, a décidé de ne pas rencontrer l’entourage de l’officier. « C’est une situation très délicate. On ne sait pas s’il s’est suicidé ou s’il a été tué », a-t-il expliqué, lors d’un point presse à Lille. Il a donc rassemblé le maximum de matériels sur lui, comme des enregistrements de sa voix, pour s’imprégner du personnage.

Cet acteur, qui incarnait un gros baron de la drogue dans The Wire, a adoré revenir à Baltimore pour tourner We Own This City. « C’était comme si vous étiez à la maison, avec David, George, la vieille équipe. C’était toujours créatif, distrayant et cela restait un défi », a-t-il dit.

Questionné si un tel scandale pouvait de nouveau se produire à Baltimore, Justin Fenton a répondu par l’affirmative. « Les officiers portent maintenant des caméras “corporelles”, ils n’en avaient pas quand c’est arrivé […] Mais des types comme ça trouveront toujours un moyen ».