Le meurtre scabreux d’une femme à Laval au cœur des années 1980 a habité le trio à l’origine de Présumé innocent : L’affaire Michelle Perron. En entrevue, Marie-Claude Savard va même plus loin. « Ça m’a hantée », affirme-t-elle.

Marc-André Lemieux
Marc-André Lemieux La Presse

Dans cette série documentaire réalisée par Sébastien Trahan et offerte sur Crave ce vendredi, Marie-Claude Savard et Sébastien Trudel (Les Justiciers masqués) rouvrent l’enquête sur l’homicide de la femme de Gilles Perron, un réalisateur d’émissions bien connues du grand public, dont Chez Denise, Les démons du midi et Star d’un soir.

Ce crime a passionné le Québec pendant des années. En regardant la série, on comprend pourquoi. Chaque épisode comprend un nombre tellement élevé de rebondissements que s’il s’était agi d’une fiction, on aurait reproché aux scénaristes d’en avoir beurré trop épais.

Marie-Claude Savard se rappelait ce fait divers, d’autant plus que son père connaissait l’accusé. Mais aussitôt qu’elle s’est mise à fouiller, son vague souvenir s’est transformé en véritable obsession.

Étant mère de famille, c’est venu me chercher. Je me suis toujours investie dans mes projets, mais pour celui-ci, les choses ont atteint un autre niveau. J’ai passé des nuits blanches. Je sentais que j’avais le devoir de bien faire les choses.

Marie-Claude Savard

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Gilles Perron, en novembre 1999

Sauvagement poignardée

Les faits sur lesquels repose Présumé innocent : L’affaire Michelle Perron sont survenus le 15 décembre 1987. En pleine tempête de neige, après avoir terminé son quart de travail, Michelle Perron, mariée et mère de trois enfants, est sauvagement poignardée dans son véhicule garé à la Polyclinique de Laval.

Sur place au moment du meurtre, son conjoint devient immédiatement le suspect numéro un.

« C’est une histoire que j’avais suivie intensément quand j’étais plus jeune, révèle Sébastien Trudel. J’ai même fait un travail de cégep là-dessus. Mais replonger là-dedans des années plus tard, ça voulait dire 8000 pages de documents de cour à éplucher. Je n’ai pas fait de nuits blanches, mais j’ai beaucoup rêvé à ça ! »

PHOTO EVE B. LAVOIE, FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Marie-Claude Savard et Sébastien Trudel à l’endroit où Michelle Perron s’est fait poignarder, lors du tournage de Présumé innocent : l’affaire Michelle Perron.

Complémentaires

Ce n’est pas la première fois que Marie-Claude Savard et Sébastien Trudel font équipe. Depuis 2019, ils pilotent – avec Maxim Martin – Ça rentre au poste, l’émission du retour sur Énergie 94,3 à Montréal.

Selon Marie-Claude Savard, ils forment un super duo parce qu’ils sont complémentaires.

« Quand tu travailles au quotidien avec quelqu’un, tu finis par bien le connaître, précise-t-elle. On est diamétralement opposés sur certaines affaires. On mène des types d’entrevues différentes. Je suis plus dans l’écoute, le ressenti. Je suis à l’aise avec les gens qui vivent des drames. Pour sa part, Sébastien est plus dans les faits, la confrontation. »

« Marie-Claude est plus émotive », confirme l’animateur et humoriste.

Un genre toujours aussi populaire

Présumé innocent : L’affaire Michelle Perron s’inscrit dans une vague qui refuse de mourir : celle des documentaires criminels de type « true crime ». Depuis la parution de Making a Murderer sur Netflix en 2015, ce genre continue de grimper en popularité.

« Avant, pour plusieurs personnes, le documentaire, c’était la dernière option, observe Marie-Claude Savard. C’était comme : “Oh mon dieu ! Je n’ai plus rien à regarder. Je vais être obligé de regarder un documentaire !” Aujourd’hui, c’est beaucoup plus mis de l’avant. Sur Twitter, Facebook, je vois souvent passer des messages comme : “J’ai fini telle série documentaire. Je m’en cherche une autre. Vous avez des suggestions ?” Les temps ont changé. »

Sébastien Trahan (Le dernier vol de Raymond Boulanger) acquiesce.

« La forme a changé, souligne le réalisateur. Ce n’est plus du documentaire d’observation comme Jean-Claude Labrecque et Michel Brault nous l’enseignaient. Aujourd’hui, le documentaire s’apparente au film de genre. Dans sa structure. Dans sa manière de raconter l’histoire. Aussi, le documentaire n’a plus besoin d’être hyper informatif. Il peut divertir. Le but, c’est d’interpeller le spectateur comme s’il regardait une série de fiction. »

La boucle bouclée

Accompagnés d’une seule recherchiste, Jannie-Karina Gagné, Marie-Claude Savard, Sébastien Trudel et Sébastien Trahan ont réussi à livrer Présumé innocent : L’affaire Michelle Perron moins d’un an après avoir présenté leur projet à Trinome & Filles, la boîte de production de Face à la rue avec Jean-Marie Lapointe, Mais pourquoi ? avec Maripier Morin, et Pour mes fils, mon silence est impossible avec Isabelle Racicot.

Le trio est parvenu à discuter avec plusieurs acteurs-clés et témoins dans l’affaire, dont Monique Sirois, la maîtresse de Gilles Perron.

Le groupe a également pris contact avec les enfants de Michelle et Gilles Perron, mais ceux-ci ont préféré passer leur tour.

« On est satisfaits à 100 % du travail accompli, résume Marie-Claude Savard. On a fait ce qu’il fallait faire. Je sens qu’on a bouclé la boucle. »

La série Présumé innocent : L’affaire Michelle Perron est offerte sur Crave.