Ghyslain Tremblay est mort mardi soir dans une résidence pour aînés en perte d’autonomie de Verdun à 68 ans. La Presse a eu la confirmation par La Maison l’étincelle qu’il avait été déclaré positif à la COVID-19 avant sa mort. Il souffrait depuis des années de la maladie d’Alzheimer.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Figure très appréciée du public et du milieu culturel dans les années 80 et 90, vedette de téléromans populaires tels Cormoran, Montréal P.Q. et Le parc des Braves, pour lequel il avait eu un prix Gémeaux en 1986, il était un interprète savoureux d’émissions jeunesse (comme Pop-Citrouille et Les 100 tours de Centour). On se souvient aussi du commentateur hors pair de la Soirée de l’impro à la télévision. Cet amateur et vedette de l’improvisation avait trouvé un rôle fait sur mesure pour analyser les matchs des joueurs de la LNI. Car l’acteur, fin et rusé, était tombé petit dans la marmite du jeu.

Le royaume du jeu

Originaire de Jonquière, Ghyslain Tremblay avait fait ses premières armes sur les planches au Saguenay au tournant des années 60 et 70, avec la crème de la crème des interprètes de sa génération et de sa région : les Rémy Girard, Marie Tifo, Han Masson, Louise Portal, Jean-Pierre Bergeron, Pauline Lapointe…

« On s’est connus adolescents au collège à Jonquière, se souvient Rémy Girard. On a joué ensemble pour une troupe de théâtre amateur qui avait pour nom Les Arlequins. » Tiens, déjà… Arlequin, ce personnage type de la commedia dell’arte est un nom qui lui convenait à merveille ? « Oui, car Ghyslain était un beau clown, un meneur de jeu. Il était un leader à l’époque avec les autres comédiens », ajoute Rémy Girard.

PHOTO FOURNIE PAR TÉLÉ-QUÉBEC

Ghyslain Tremblay dans Les 100 tours de Centour, en 1971

Dans cette région fertile en talents pour les arts, Ghyslain Tremblay sera plus tard un modèle pour de jeunes comédiens qui sont passés aussi par le cégep de Jonquière, dont Dany Turcotte et les ex-membres du Groupe sanguin.

Par la suite, Ghyslain Tremblay a étudié au Conservatoire d’art dramatique et s’est installé à Montréal pour faire de la télévision et de la création théâtrale. En 1978, il a coécrit avec Jean-Pierre Bergeron la comédie fantaisiste Vendredi soir, présentée au Théâtre d’Aujourd’hui. Un beau succès public et critique. « Une pièce très drôle et un moment de réflexion aussi savoureux qu’inattendu », écrivait entre autres La Presse à la création du spectacle dans lequel il partageait la scène avec Jean-Pierre Bergeron et Carole Chatel.

L’acteur doté d’un sens du comique et du « timing » formidable a aussi joué et même produit des pièces au théâtre d’été, dont la comédie légère Un amour de décorateur. « Il a été dans quatre de mes créations estivales, dont Le désir et Les grandes chaleurs, dit l’auteur Michel Marc Bouchard. C’était un grand comique et un acteur d’une générosité exceptionnelle ! Son jeu puissant et son beau côté cabotin provoquaient des réactions dans la salle dès qu’il mettait le pied sur scène. Le public l’adorait ! »

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

Ghyslain Tremblay

Retraite précoce

Atteint précocement de la maladie d’Alzheimer, il avait hélas mis un terme à sa vie professionnelle il y a plus d’une décennie. Or, ses camarades du métier ne l’ont pas oublié. À l’annonce de sa mort, plusieurs d’entre eux lui ont rendu hommage sur les réseaux sociaux et ont souligné la belle vivacité de son jeu, son intelligence, sa finesse, son talent. 

« J'ai eu le bonheur de travailler avec ce petit homme au grand coeur, dit le comédien Michel Forget. Ghyslain était précis comme une montre suisse et d'une générosité désarmante. J'ai eu beaucoup de plaisir à jouer en tournée avec lui. Nous avons parcouru le Québec et - sur chaque région que nous traversions - il avait quelque chose à m'apprendre. [Pour la pièce] Pour un amour de décorateur, Ghyslain a appris à tricoter. Pour Coeur de trucker, il improvisait des répliques géniales qui faisaient mourir de rire les spectateurs.»

Selon Sophie Faucher, Tremblay aurait aimé jouer plus souvent au théâtre et faire davantage de rôles dramatiques (Janette Bertrand est l’une des rares créatrices à lui avoir confié un rôle dramatique au petit écran, celui d’un homme violent dans L’amour qui tue, au côté de Sylvie Léonard). 

« Car Ghyslain avait une vulnérabilité, un désespoir, qu’on sentait poindre sous son masque comique », dit la comédienne et amie qui l’a connu voilà 35 ans. « J’allais souvent le voir à sa résidence de retraite, avant l’interdiction et la COVID-19. Il n’a pas eu une fin de vie facile. C’est triste qu’il parte dans les conditions de la crise actuelle. »