Les téléséries médicales québécoises font souvent pitié en comparaison avec leurs équivalents du Canada anglais ou des États-Unis. Une question de budget, évidemment. Pas de scénario.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Prenez Épidémie à TVA. Trois ou quatre figurants meublent la salle d’attente des urgences. La caméra, qui filme le même corridor où s’assoit systématiquement le ministre de la Sécurité publique (Guillaume Cyr), montre toujours les mêmes médecins, joués par Julie Le Breton, Gabriel Sabourin, Mélissa Désormeaux-Poulin et Mani Soleymanlou. Et une seule infirmière incompétente (Sandrine Bisson) assure à peu près tous les quarts de travail.

PHOTO FOURNIE PAR VRAK

Distribution de Transplant (Transplanté), nouvelle télésérie médicale diffusée à CTV et à Vrak

Prenez maintenant la nouvelle série Transplant, du même producteur qu’Épidémie (Datsit Sphère), mais tournée en anglais pour le réseau CTV. Un étage d’hôpital complet a été construit de toutes pièces dans un hangar des studios MTL Grandé. Des dizaines et des dizaines de malades, cordés sur des chaises droites, poireautent avant d’être soignés. Et il y a plein de civières, de salles d’examen, des équipements médicaux sophistiqués et du personnel de soutien à la tonne.

C’est injuste de comparer Épidémie à Transplant, qui a bénéficié d’un budget cinq fois plus important, mais c’est la réalité actuelle. Le Québec bricole ses émissions avec des fonds de tiroir et s’en sort, tout de même, de façon admirable.

Avec ses 28 millions de dollars pour 13 épisodes d’une heure, Transplant s’approche de la valeur de production de gros canons comme Grey’s Anatomy, The Good Doctor ou Chicago Med. Pas étonnant que NBC Universal y ait injecté des sous en espérant une distribution à l’échelle internationale.

Vous verrez Transplant en anglais le mercredi 26 février à 21 h sur CTV, tandis que Vrak relaiera la version doublée au Québec le même jour, mais à 22 h, sous le nom de Transplanté. Le service Crave de Bell Média offrira Transplant/Transplanté le lendemain.

Le titre Transplanté fait référence à un médecin syrien de 29 ans, Bashir Hamed (Hamza Haq, vu dans Quantico), qui a fui la guerre pour s’installer à Toronto avec sa petite sœur de 12 ans, Amira.

Sans permis d’exercice ontarien, Bashir bosse dans un restaurant libanais. Un soir comme bien d’autres, un camion en perte de contrôle s’encastre dans la vitrine du boui-boui. Les réflexes d’urgentologue de Bashir ressortent alors en une demi-seconde, où il sauve notamment un client de la mort en lui perçant le crâne avec une Black & Decker électrique. Sans blague, ça se passe exactement comme vous l’imaginez.

Cette séquence catastrophe du premier épisode, où Bashir réanime quasiment la Ville Reine au complet avec une paire de ciseaux et une perceuse, est tirée par les cheveux. Il ne faut pas trop s’y attarder, car elle ne reflète pas l’esprit général de Transplant.

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Laurence Leboeuf, qui incarne la résidente Magalie Leblanc dans Transplant (Transplanté), se double elle-même en français dans la version traduite.

Revenons au client trépané. Il ne s’agit pas d’un client ordinaire, mais bien du chef du centre de traumatologie du York General Hospital, l’un des meilleurs hôpitaux de Toronto. L’acte de menuiserie médicale de Bashir lui vaudra, vous l’aurez deviné, son premier poste de médecin dans un établissement de santé canadien.

Bashir travaillera avec la résidente Magalie Leblanc (Laurence Leboeuf, qui se double elle-même en français, Dieu merci) pour résoudre des cas compliqués. La perfectionniste Magalie et l’instinctif Bashir apprendront énormément l’un de l’autre. Vous reconnaîtrez aussi dans les salles d’opération l’actrice Ayisha Issa, qui a longtemps incarné la méchante Bouba dans Unité 9. Elle joue ici la chirurgienne June Curtis, femme réservée et compétitive.

Transplant ne révolutionne pas la série médicale. C’est efficace, accrocheur et assez prévisible. C’est aussi très « canadien » dans toute la diversité qu’elle affiche. Le volet immigration – et celui des préjugés envers les Arabes – sort toutefois Transplant de la zone conventionnelle explorée par ce type d’émission.

Cette télésérie se déroule à Toronto, mais a entièrement été fabriquée au Québec. Plusieurs épisodes ont été réalisés par Érik Canuel et Alain Desrochers.

Quelques chiffres télévisuels

Dimanche soir, La voix de TVA s’est maintenue à 1 952 000 téléspectateurs, ce qui a eu un effet d’entraînement sur La vraie nature (1 021 000). À Radio-Canada, Tout le monde en parle a été suivi par 1 041 000 fans et Vlog (1 000 000) a décroché une audience similaire à TVA. Vendredi soir, deux autres émissions de TVA ont frôlé le million, soit Ça finit bien la semaine (902 000) et Le tricheur (925 000). Samedi, En direct de l’univers est demeuré au sommet (915 000).

Avec toute la panoplie de séries et de services internationaux (Netflix, Amazon Prime, Disney +), c’est quand même rassurant de voir que les Québécois consomment énormément de télé d’ici.