Non, non, non. Il ne s’agit pas d’une 459e analyse de la gestion de la COVID-19 au pays d’ABBA, des polars de Stieg Larsson et des étagères Billy.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Il s’agit plutôt d’une recommandation d’une surprenante comédie dramatique suédoise, offerte en anglais et en français sur Netflix : Amour et anarchie (Love & Anarchy). C’est vraiment très bon et juste assez osé. Et ça nous fait voyager dans les rues de Stockholm à peu de frais.

Amour et anarchie suit Sofie, une cadre bobo-scandinave, mère de deux enfants de catalogue IKEA, qui décroche un boulot de consultante dans une poussiéreuse maison d’édition. Son mandat : négocier le virage numérique de cette entreprise vraiment pas 2.0. Insta quoi ? Instagram, ne ralentissez pas le groupe, merci.

PHOTO ULRIKA MALM, FOURNIE PAR NETFLIX

Sofie de la série Amour et anarchie (Love & Anarchy)

Au bureau, Sofie croise Max, un technicien informatique plus jeune, qui ravive en elle une audace qu’elle croyait éteinte par sa prenante vie familiale et professionnelle, ainsi que la routine installée avec son mari réalisateur de pub semi-hipster.

Sans rien divulgâcher, Max surprend Sofie en train de se masturber en milieu de travail. Hon ! Max immortalise le moment avec son portable. Si Sofie souhaite que la photo compromettante disparaisse, ou qu’elle ne fuite pas sur le serveur interne de l’entreprise, elle doit manger avec Max. Un chantage léger, mais un chantage quand même.

PHOTO ULRIKA MALM, FOURNIE PAR NETFLIX

Max et Sofie de la série Amour et anarchie (Love & Anarchy)

Ce repas marque le début d’une série de défis et de paris que se lanceront Sofie et Max pendant les huit épisodes de 30 minutes d’Amour et anarchie. Plus la série progresse, plus les enjeux se corsent et plus les conséquences du jeu entre Sofie et Max deviennent « graves ».

Pourquoi Sofie, une femme de carrière ambitieuse, accepte-t-elle de flirter avec le danger d’une façon quasi juvénile ? Voilà une comédie intelligente qui a parfois des airs de The Office, mais avec des personnages à vélo portant de gros pulls et des tuques Acne Studios (aaah, la Scandinavie !).

Négos corsées pour Xavier Dolan

Les négociations pour le premier projet télé de Xavier Dolan, soit l’adaptation de la pièce de théâtre La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé, ont été corsées et compliquées, me dit-on. Toute une saga, en fait.

Bell Média et sa plateforme numérique Crave ont été dans la course jusqu’à tout récemment pour obtenir cette minisérie prestigieuse du cinéaste québécois, avant que les pourparlers n’achoppent sur des questions de sous, eh oui.

« Nous étions en discussion avec Xavier sur ce projet, mais nous n’avons pas réussi à nous entendre, principalement sur le budget », a confirmé Michaël Majeau, chef principal des communications chez Bell Média.

Pourtant, la somme proposée par Bell Média à Xavier Dolan et à sa fidèle productrice, Nancy Grant, était substantielle, me dit-on. Le Club illico de Vidéotron, qui a finalement mis le grappin sur cette série trophée, aurait-il offert plus de fric pour boucler la transaction à l’arraché ?

Il y a encore du flou dans cette affaire. Par exemple, Xavier Dolan et Nancy Grant ont-ils parlementé en parallèle avec Bell et Québecor, deux ennemis jurés, pour faire grimper les enchères ? En télévision, c’est peu courant comme tactique. Règle générale, un producteur propose ses trucs à un groupe médiatique ciblé (TVA, Radio-Canada ou Bell) et après un refus, il frappe aux autres portes. La productrice Nancy Grant et le Club illico n’ont pas répondu à des demandes d’entrevue mardi.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Julie Le Breton faisait partie de la distribution originale de la pièce de Michel Marc Bouchard, La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé. Elle reprendra son rôle dans la série.

Thriller psychologique présenté au TNM l’an dernier, La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé met en vedette la distribution originale de la pièce, soit Julie Le Breton, Magalie Lépine-Blondeau, Patrick Hivon et Éric Bruneau. Xavier Dolan jouera aussi dans la série, de même que Julianne Côté. Diffusion prévue : en 2022 sur Club illico et Canal+, un important partenaire de production. Le tournage démarre au printemps.

Écrite par le dramaturge Michel Marc Bouchard (l’auteur de Tom à la ferme, adapté au cinéma par Xavier Dolan), cette histoire raconte le retour de la réputée thanatologue Mireille Larouche (Julie Le Breton) dans son village natal au Lac-Saint-Jean pour y embaumer sa propre mère. Mireille a coupé les ponts avec ses trois frères il y a 30 ans après un évènement extrêmement traumatisant (pas de divulgâcheur ici). Revoir tous ces gens de son passé ravivera des souvenirs douloureux, évidemment.

Le titre pour la distribution internationale a déjà été trouvé : The Night Logan Woke Up. Logan, c’est le Laurier de la version en français.

Radio-Canada aurait également été un diffuseur intéressant pour La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé. Et pourquoi le diffuseur public n’a-t-il pas été inclus dans les discussions ? Tentative d’explication, ici. Il y a quelques années, Xavier Dolan aurait proposé à Radio-Canada une autre idée de télésérie, qui n’avait rien à voir avec La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé.

Le courant n’aurait pas passé entre Xavier Dolan et l’ancienne patronne de la tour, Louise Lantagne (aujourd’hui présidente de la SODEC), qui aurait exigé d’importants changements au projet. Xavier Dolan l’aurait quasiment pris comme une insulte.

Depuis cette rencontre catastrophique, d’autres cadres de Radio-Canada ont tenté de courtiser Xavier Dolan. En vain. Dans la tête du jeune créateur (Mommy, Matthias et Maxime), c’était fini, kaput, terminé pour son avenir professionnel à Radio-Canada.