L’équipe du Bye bye s’attelle depuis le mois d’août à concocter une cuvée 2020 qui promet d’être riche en actualités. Et pour la première fois dans l’histoire de la revue humoristique de fin d’année, l’équipe d’auteurs sera à la fois sous le signe de la parité, avec quatre autrices à son bord, mais aussi de la diversité, grâce à un groupe d’auteurs et comédiens noirs.

Stéphanie Vallet Stéphanie Vallet
La Presse

Ce ne sont pas les sujets d’actualité qui manquent pour nourrir l’équipe du Bye bye cette année. De la pandémie de COVID-19 en passant par les vagues de dénonciations sur Instagram ou encore l’affaire WE Charity, l’heure sera surtout aux choix déchirants le temps venu de faire le montage final de l’émission de fin d’année.

Afin de traiter des sujets plus délicats comme l’assassinat de George Floyd, le mouvement Black Lives Matter ou plus récemment la controverse à l’Université d’Ottawa autour de l’utilisation du « mot commençant par n », le producteur du Bye bye Guillaume Lespérance et le réalisateur Simon Olivier Fecteau ont décidé de confier à Frédéric Pierre la responsabilité de créer une équipe spéciale d’auteurs et comédiens noirs.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Le comédien Frédéric Pierre est à la tête d’une équipe d’auteurs et de comédiens noirs qui soumet des idées et des textes à l’équipe du Bye bye.

« Dès le mois d’août, on a amorcé notre réflexion autour des sujets qui impliquaient des personnes issues de la diversité. On a décidé d’approcher des créateurs de ces communautés pour nous soumettre des idées, des textes, mais aussi les interpréter. L’équipe en place ne pouvait pas aborder ces sujets-là, car nous n’avions pas ce vécu-là », estime Guillaume Lespérance.

Frédéric Pierre a déjà participé trois fois à titre de comédien au Bye bye, notamment en 2017 pour parodier l’ex-gouverneure générale Michaëlle Jean.

Extrait du Bye bye 2017

« C’est la première fois que je collabore à l’aspect créatif. Je suis bien heureux, j’y vois une coche de plus. Il n’y a pas juste l’envie de traiter de diversité cette année : il y a aussi le souci de laisser des gens de la diversité traiter de la diversité », observe le comédien, qui a fait appel à Bruno Ly, Eddy King, Garihanna Jean-Louis, Preach, Dolino et Richardson Zéphir pour relever le défi.

« J’ai contacté des voix de l’humour noires au Québec en ce moment. Le Bye bye est une revue humoristique de l’année, alors il y a la difficulté de traiter de ces sujets-là avec humour. Ces artistes se débattent déjà tous dans le milieu de l’humour québécois pour trouver des angles. C’est leur expertise. Moi, je chapeaute, je brainstorm, mais je voulais surtout leur donner la parole », précise Frédéric Pierre.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Le producteur du Bye bye, Guillaume Lespérance, voulait s’entourer des voix de la diversité pour écrire les sketches de l’émission de fin d’année.

« Ils vont nous soumettre comme tous les auteurs de l’équipe des idées et on verra ce qu’on va retenir », explique quant à lui le producteur du Bye bye.

Mais pourquoi ne pas avoir engagé d’auteurs issus de la diversité au sein même de l’équipe ? « On approche plein de gens indépendamment de leur genre, de leur orientation sexuelle ou de leur identité. Mais il y avait clairement une sensibilité qu’on n’avait pas. Tout ceci me permet de rencontrer des personnes avec qui je n’avais encore jamais travaillé, de monter un pool d’auteurs. On ne sait jamais où les collaborations peuvent mener ! », précise Guillaume Lespérance.

« L’important, c’est d’apprendre là-dedans et que l’intention soit bonne. Il faut toujours aspirer à faire mieux et c’est un chemin qui est imprécis. C’est important d’évoluer, d’être à l’écoute et de donner la parole. Ce n’était pas juste d’avoir des interprètes, mais aussi des créateurs. Après, ça sera à Frédéric Pierre et sa troupe après le Bye bye de dire comment ils ont trouvé ça ! », lance le producteur.

C’est tout un défi que Frédéric Pierre et ses acolytes devront relever puisqu’ils devront trouver un angle humoristique à des sujets sensibles de l’actualité, se faisant ainsi sans le vouloir les porte-étendard de la diversité culturelle.

« Je ne le porte pas sur mes épaules seul, on est une équipe, confie Frédéric Pierre. Nous n’avons pas les mêmes opinions sur tout. Il y a de la diversité au sein même de notre équipe, alors ça enlève une certaine pression individuelle. On agit en tant que collectif. Ça paraît dans nos brainstorms, dans la méthode de travail : on se relance, l’un n’est pas d’accord. Il y a une vraie diversité d’opinions sur ces sujets-là entre nous. Ça allège la pression. On a bien sûr en tête l’appréhension de comment les communautés recevront ça. Mais le Bye bye vient tout le temps avec ben de la critique après ! C’est correct, on le savait dès la première réunion », ajoute le comédien.

Une parité historique au sein de l’équipe

Au cours des 20 dernières années, on peut aisément compter sur les doigts d’une seule main le nombre de femmes qui ont fait partie de l’équipe d’auteurs du Bye bye. Cette année, l’émission compte à son bord quatre autrices — Florence Nadeau, Justine Philie, Caroline Allard et Julie Beausoleil — et quatre confrères masculins — Benoit Pelletier, Yves Pelletier, Yan Bilodeau et Julien Tapp.

En 2019, le Bye bye s’était d’ailleurs fait reprocher son générique exclusivement masculin. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé d’engager des femmes, précise Guillaume Lespérance, qui a essuyé trois refus l’an dernier.

Sollicitée en 2019, Justine Philie n’avait alors pu se joindre à l’équipe. « Mon automne ne me le permettait pas l’an dernier. C’est beaucoup de travail pour beaucoup de gens fâchés », blague-t-elle d’entrée de jeu.

L’autrice humoristique, qui signe les textes de Mariana Mazza, Rue King ou Caméra café, se réjouit de faire partie d’une équipe aussi diversifiée.

« Quand je suis arrivée dans le métier en 2016, il y avait encore peu de filles. J’étais presque tout le temps toute seule, sauf sur Piment fort avec Korine Côté. Mais c’est de moins en moins fréquent. Il n’y avait pas un gros bassin et je pense que c’est aussi en lien avec le fait que les femmes avaient du mal à être engagées par le passé, alors elles s’orientaient vers la jeunesse ou la fiction plutôt que sur les plateaux de variétés où il y avait peu de femmes autrices », explique Justine Philie.

Au-delà de la parité, le réalisateur et comédien du Bye bye Simon Olivier Fecteau se réjouit surtout de la diversité de points de vue qu’il retrouve autour de la table lors des réunions d’équipe.

« La position politique de chacun se fait vraiment plus remarquer que leur genre. L’industrie évolue, la société aussi. On s’assure surtout qu’ils ont du talent ! J’aime ça quand on est entourés des deux sexes et de différentes générations, car la réflexion est plus complexe », lance le réalisateur.

Une position que Justine Philie partage également, même si elle admet qu’un point de vue féminin peut parfois être nécessaire pour faire avancer la réflexion sur certains sujets.

« Le plus important, c’est d’avoir une variété de points de vue. Mais il y a quelque chose de sain dans la parité. Quand j’ai fait Revue et corrigée au Rideau Vert, on était aussi paritaires », précise l’autrice d’humour, qui n’a pas particulièrement adhéré, comme certains critiques l’an dernier, au sketch « Mes poils » du Bye bye 2019.

Bye bye 2019

« Je ne pense pas que des femmes seraient arrivées avec la même idée. Je pense qu’elles auraient eu plus de réflexion sur ce sujet-là précisément. Ça aurait sûrement apporté une nuance. Mais il y a aussi des auteurs masculins que je connais qui auraient pu dire : on rate la cible. Ce n’est pas juste parce qu’il manquait une présence féminine autour de la table. Ils auraient aussi pu tomber sur une fille bien d’accord avec eux ! Moi, j’aurais levé un flag, c’est certain ! Il aurait fallu avoir une discussion sur le message du courant Mai poils, disons », conclut-elle.