Ellen DeGeneres était de retour en studio, lundi, pour lancer la 18e saison de son talk-show matinal. Chose promise, chose due : elle a amorcé ce premier épisode avec un monologue d’ouverture consacré à la controverse qui l’a frappée de plein fouet au cours de l'été. Décryptage d’une crise qui n’a pas fini de faire jaser… même ici.

Stéphanie Vallet Stéphanie Vallet
La Presse

La mise au point

« Aujourd’hui, nous amorçons un nouveau chapitre. » Tout juste une heure avant la diffusion de son émission, Ellen DeGeneres a publié lundi sur son compte Twitter ce message qui accompagnait la vidéo du monologue d’introduction de la 18e saison du Ellen DeGeneres Show. Un segment très attendu de près de cinq minutes entièrement consacré à la controverse qui a fait rage pendant l’été quand d’anciens employés ont déclaré dans les médias américains avoir évolué dans un environnement de travail toxique au sein de l’équipe du talk-show.

L’animatrice avait gardé le silence au cours des derniers mois et s’exprimait pour la toute première fois sur le sujet depuis le début de la crise qui a coûté leur emploi à trois des producteurs exécutifs de l’émission.

« J’ai appris des choses qui n’auraient jamais dû arriver, a-t-elle lancé d’entrée de jeu. Je prends ça très au sérieux et je veux dire aux gens concernés que je suis désolée. »

« Il y a eu des articles dans les médias et sur les réseaux sociaux qui disaient que je ne suis pas la personne qu’on peut voir à la télévision, moi qu’on surnomme la “gentille dame” », a blagué l’animatrice de 62 ans avant de poursuivre : « Je suis la femme que vous voyez à la télévision. Mais je suis plein d’autres choses. Parfois je suis triste, je suis fâchée, je suis anxieuse, frustrée, impatiente. Je travaille là-dessus, surtout sur mon impatience. Je suis un work in progress. Et ça ne va pas bien, car ça ne va pas assez vite ! »

Je suis la patronne de 270 personnes qui font en sorte que l’émission soit ce qu’elle est. Je suis si reconnaissante. Tout ce que je veux, c’est que chacune d’entre elles soit heureuse et fière d’y travailler.

Ellen Degeneres

Ellen DeGeneres en a également profité pour annoncer que son DJ maison, Stephen « tWitch » Boss, agissait désormais à titre de nouveau coproducteur exécutif de l’émission.

> Regardez le monologue en entier (en anglais)

PHOTO AMY SUSSMAN, INVISION POUR PETSMART

Collections de pyjamas, de draps ou encore d’accessoires pour chiens, Ellen DeGeneres est une marque qui rapporte.

La controverse vue du Québec

Pour Martine St-Victor, fondatrice de Groupe Milagro Atelier de relations publiques, le monologue d’Ellen DeGeneres tient plus de la mise au point que de véritables excuses. « Elle dit qu’elle est responsable, car l’émission porte son nom. Elle fait son mea-culpa, mais surtout elle se dédouane en disant : “Je ne savais pas.” »

Pour la spécialiste en relations publiques, c’est la rentabilité de l’animatrice qui lui a permis de ne pas perdre son talk-show. « C’est son poids économique qui l’a sauvée. Elle rapporte des millions de dollars et a créé des marques. La première chose que les producteurs et le diffuseur NBC ont sortie quand le scandale a éclaté, c’est leur calculatrice. La cancel culture commence uniquement quand les publicitaires disent qu’ils vont arrêter de te soutenir », indique Martine St-Victor.

Depuis septembre 2003, The Ellen DeGeneres Show a reçu une soixantaine de prix, dont 32 Emmy. L’émission demeure au sommet chez les femmes de 25 à 54 ans et attire plus de 4 millions de téléspectateurs chaque jour. Elle est diffusée au Québec par CTV.

« Ellen DeGeneres n’est pas une ingénue ni une saveur du jour. C’est une animatrice téflon qui est au sommet des cotes d’écoute depuis 17 ans. Elle en a vu plusieurs échouer alors qu’elle tient toujours. La liste des talk-shows qui n’ont pas survécu plus de deux saisons est très longue. La liste dans laquelle se trouve Ellen est courte. Oprah, Donahue, Regis et Kathie Lee », précise la fondatrice de Milagro.

« Le diffuseur et les producteurs doivent être nerveux cette semaine : ils vont surveiller les réactions du public, mais surtout celles des commanditaires. Est-ce qu’Ellen va finir l’année ? Je ne sais pas », conclut Martine St-Victor.

PHOTO CHRIS PIZZELLO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Ellen DeGeneres collectionne les trophées. Elle pose ici aux Golden Globe Awards après avoir reçu le prix Carol Burnett cette année, une récompense visant à honorer une personne qui a contribué de façon remarquable au monde de la télévision.

La crise

Le magazine spécialisé Variety a rapporté à la mi-avril que des membres de l’équipe technique du Ellen DeGeneres Show s’étaient plaints de ne pas être du talk-show tourné du domicile californien de l’animatrice à la suite de la pandémie.

Puis, en juillet, c’est le site BuzzFeed qui a vraiment sonné l’alarme en publiant une enquête basée sur les témoignages d’ex-employés qui alléguaient avoir dû évoluer dans un environnement de travail toxique, tout en ayant été témoins de comportements racistes et d’intimidation.

Des accusations qui visaient directement Ellen DeGeneres ont également fait surface quand l’acteur Brad Garrett, qui a été invité six fois à l’émission, a publié sur Twitter : « J’en connais plus d’un qu’elle a traité de façon horrible. Tout le monde le sait. »

Une enquête sur l’émission a été lancée par WarnerMedia et a abouti au congédiement des producteurs exécutifs, Ed Glavin et Kevin Leman, ainsi que du coproducteur exécutif, Jonathan Norman.

Début août, l’ex-DJ résident de l’émission Tony Okungbowa s’est exprimé au sujet de la controverse sur Instagram. « J’ai reçu des appels m’interrogeant sur le Ellen DeGeneres Show et j’aimerais parler du temps que j’y ai passé. J’étais un talent à l’antenne de 2003 à 2006 et de 2007 à 2013. Bien que je sois reconnaissant de l’opportunité qu’elle m’a offerte, j’ai expérimenté et ressenti la toxicité de l’environnement et je me tiens aux côtés de mes anciens collègues dans leur quête pour créer un lieu de travail plus sain et plus inclusif », a-t-il écrit.

Dans une visioconférence avec son équipe, Ellen DeGeneres aurait déclaré à toutes les personnes travaillant avec elle qu’elle n’était « pas parfaite ».

Elle a également envoyé une lettre dans laquelle elle présentait ses excuses quand les allégations ont fait surface. « Lors du premier jour du Ellen DeGeneres Show, j’ai dit à tout le monde que cela serait un lieu de joie — que personne n’aurait besoin de lever la voix et que tout le monde serait traité décemment. Bien sûr, quelque chose a changé, et je suis triste de l’apprendre. Je suis désolée pour cela. Les personnes qui me connaissent savent que cela ne reflète pas les valeurs de l’émission », avait-elle écrit.

Ellen DeGeneres a reçu le soutien d’artistes comme Katy Perry et Justin Timberlake qui ont tous deux partagé leur expérience positive sur le plateau de l’animatrice.