Claude Desrosiers en est conscient: le fait d'avoir eu en main le scénario des 12 épisodes d'Aveux avant de commencer à tourner est un privilège. Et ceux qui ont suivi la série écrite par Serge Boucher - qui nous arrive mardi en DVD - le savent: le réalisateur a utilisé ce privilège à bon escient, tirant le meilleur d'un texte déjà fort.

Sonia Sarfati LA PRESSE

«Une partie de l'attrait de cette série était qu'elle soit fermée», note Claude Desrosiers - qui a été parmi ceux qui ont été échaudés par la fin brutale (et imposée) de Vice caché. «Tout est livré en 12 épisodes, ça ne s'étire pas et ça m'a permis de donner à l'ensemble une signature encore plus singulière. J'ai tourné la série comme un long métrage, j'ai pu lui donner une couleur, un trait unique.»

Il a ainsi beaucoup travaillé avec le sous-texte, ne se contentant pas de mettre en images les mots et actions (d)écrits dans le scénario. Cela débouche sur des scènes très signées, en effet. Sans paroles. Les personnages y vaquent à des occupations ordinaires. Leurs échanges, survenus avant ou après ce qui est montré, sont entendus en voix hors-champ. Le contraste, le décalage entre les actions et les paroles disent plus, bien plus, que les seuls mots.

«C'était une manière d'explorer l'aspect multicouche du texte et des personnages de Serge», explique le réalisateur, bien conscient que tel signe distinctif n'aurait pu se retrouver au petit écran il y a quelques années. «Mais les codes ont beaucoup évolué et les téléspectateurs prennent plaisir, maintenant, à ces signatures différentes.» À preuve: les fidèles de l'émission C'est juste de la TV ont décerné la Zapette d'or à Aveux.

Aux yeux de Claude Desrosiers, comme à ceux de bien des observateurs de ce qui se fait au petit écran, Six Feet Under a marqué le début d'un changement des mentalités. Le début d'un temps nouveau, quoi. Plus original. Moins conventionnel. Moins formaté. Faisant plus confiance au téléspectateur. «Les séries télévisées sont à présent plus prises au sérieux. Elles sont perçues comme un lieu qui peut être artistiquement intéressant et dont le contenu peut être pertinent», continue Claude Desrosiers.

Il a d'ailleurs eu une preuve supplémentaire de la chose le week-end dernier, lorsque les deux premiers épisodes d'Aveux ont été présentés au premier Festival Série Mania, à Paris. Un événement qui s'adresse non pas à des représentants de l'industrie, mais bien à des mordus du petit écran, curieux de découvrir ce qui se fait ailleurs. Ainsi, Brannon Braga a présenté Flash Foward; Hagai Levi, In Treatment; et Serge Boucher et Claude Desrosiers, Aveux.

«Le public est resté après la projection, pour discuter avec nous, poser des questions. En France, ils sont fascinés par les séries québécoises, tournées de manière moins classique que les leurs», raconte le réalisateur qui a, aussi, beaucoup réfléchi, pensé, la distribution de la série. «Je désirais une parenté d'acteurs et ne pas nécessairement piger parmi les acteurs les plus connus.»

Travaillant depuis longtemps dans le milieu, il sait que certains comédiens ont des affinités, des façons de faire qui les font se rejoindre plus qu'en surface. Il parle ici de Maxime Denommée, Benoît McGinnis, Catherine Proulx-Lemay, Évelyne Brochu, Steve Laplante. «Ils dégagent la même chose, évoluent dans des eaux semblables.» Il devient ainsi crédible, bien au-delà de la fiction, d'imaginer que la vie, la vraie, les amènerait à se rencontrer. Et de ses vétérans - Guy Nadon, Danielle Proulx, Marie-Ginette Guay - il dit qu'ils sont «des Ferrari». Bonheur et ivresse de se mettre, d'une certaine manière, à leurs commandes.

D'ailleurs, il l'avoue: Aveux est une belle expérience pour lui. Et pour bien des téléspectateurs.